Une ONG épingle le niveau d’émissions d’un modèle diesel de Renault

Renault Espace

La nouvelle Renault Espace présentée au Salon de l'Automobile à Paris. [Thibault Le Mer/Flickr]

La Renault Espace diesel peut avoir un niveau d’émission d’oxydes d’azote allant jusqu’à 25 fois le niveau autorisé, quand on le mesure à moteur chaud et non froid, a affirmé une association allemande de protection de l’environnement.

L’association allemande écologiste Deutsche Umwelthilfe (DUH) a pointé du doigt les niveaux d’émissions d’oxydes d’azote (Nox) du nouvel Espace de Renault, quelques semaines après le scandale des émissions truquées de Volkswagen

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« Nous avons fait des tests avec la Renault Espace diesel, car elle avait déjà dévoilé dans d’autres tests des niveaux réels d’émission effrayatestents. (…) Toutes les variations dans les conditions préalables des tests avec un moteur chaud au lieu de froid ont mené à des valeurs d’émissions à des niveaux que nous n’avions encore jamais mesurés », a assuré Jürgen Resch, directeur de l’ONG, lors d’une conférence de presse à Berlin.

Six tests menés par l’Université de sciences appliquées de Berne, en Suisse, ont fait ressortir des niveaux d’émission de 13 à 25 fois supérieurs aux 80 mg/km autorisés, un test faisant même étant d’émissions à plus de 2.000 mg/km.

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« Nous n’avons pas vu des émissions à un tel niveau depuis la fin des années 1980, avec l’adoption de limites européennes d’émission. Il est incroyable que des voitures soi-disant modernes, qui polluent l’air ainsi, soient sur les routes », a estimé, lors de la conférence de presse de la DUH, Axel Friedrich, expert des transports.

Contestation de Renault

Renault, de son côté, a indiqué qu’il contestait les conclusions de la DUH et affirmé que l’Espace, « comme tous ses véhicules commercialisés, respecte les réglementations en vigueur ».

Dans un communiqué, le constructeur français a aussi estimé que « les procédures d’essai utilisées par l’Université de Berne ne sont pas toutes conformes à la réglementation européenne et présentent des variations importantes de résultats qui, comme indiqué dans le rapport, nécessitent +des mesures complémentaires+ et ne sont donc pas conclusives ».

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Le groupe au Losange a toutefois précisé qu’il mettait « tout en oeuvre pour comprendre le détail de ces résultats. D’autant plus qu’en août 2015, l’organisme allemand indépendant ADAC a testé le modèle Espace et publié que ce dernier respectait la norme ».

Scandale Volkswagen

Dès septembre, peu de temps après que le scandale Volkswagen de logiciels permettant de tromper les contrôles anti-pollution n’éclate aux États-Unis, la Deutsche Umwelthilfe avait affirmé avoir « des indices détaillés sur des manipulations des émissions » chez plusieurs constructeurs autres que VW et Audi. Ce qu’avaient énergiquement réfuté aussi bien Daimler que BMW.

En octobre, l’association avait aussi épinglé l’Opel Zafira diesel, affirmant que dans certaines situations de conduite, le niveau d’émission de NOx était 17 fois plus élevé que ce qu’autorise la norme européenne Euro 6. Des accusations réitérées mardi par la DUH.

Réclamant des tests véritablement « indépendants » sur les émissions polluantes des voitures, l’association a regretté que ni les constructeurs ni les autorités ne répondent à ses accusations. « La question de la transparence est centrale (…) Ce sont les constructeurs qui sont responsables », a estimé M. Friedrich.

Lobby anti-diesel

De son côté, pointant du doigt un « lobby anti-diesel », le président de la fédération automobile allemande VDA, Matthias Wissmann, a au contraire affirmé mardi, devant des journalistes à Berlin, que les institutions réalisant les tests d’émissions étaient indépendantes et ne se laissaient pas influencer, rappelant que les outils de mesure allaient être améliorés avec l’apparition de techniques de mesure en conduite.

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La semaine dernière, la Deutsche Umwelthilfe a déposé des plaintes dans les villes allemandes de Wiesbaden, Darmstadt (ouest) et Munich (sud), leur reprochant un niveau d’oxydes d’azote trop élevé dans l’air mettant en danger la santé des habitants.

Réactions

« Alors que le groupe PSA Peugeot Citroën annonçait hier un partenariat avec l’ONG Transports & Environnement pour mesurer les émissions émises par ses véhicules, on découvre aujourd’hui que l’un des modèles de Renault dégage des émissions très largement supérieures aux seuils premières normes européennes mises en place dans les années 90 » a regretté Karima Delli, porte-parole du Groupe Vert en charge des transports au Parlement européen.