La politique sur le climat pourrait faire les frais de la sortie du Royaume-Uni de l’UE

  

La crainte augmente à Bruxelles, car la politique sur le climat pourrait devenir un jeu politique en cas de référendum sur l’adhésion à l’UE, après que le premier ministre britannique, David Cameron, a manifesté hier (23 janvier) son intention d’organiser un référendum sur ce sujet.

 

Le Parti pour l'indépendance du Royaume-Uni (UKIP), lié à l'aile droite eurosceptique du Parti conservateur de David Cameron, a lancé une pétition le 21 janvier pour suspendre les objectifs de l'UE sur le climat et l'énergie.

 

Empêcher une fuite de carbone, arrêter de « gaspiller de l'argent » dans des mesures unilatérales sur le climat, réduire les prix de l'énergie et accroître la sécurité énergétique en autorisant une utilisation accrue de carburant fossile constituent les objectifs affirmés de cette pétition. Ils sont largement partagés par l'aile droite conservatrice et les industries énergivores en Europe.

 

>> Lire : L’industrie affirme que la législation de l’UE sur le climat empêche la relance

 

L'initiative de l'UKIP pourrait ne par récolter le million de signatures nécessaires pour lancer un processus d'élaboration des politiques de l'UE, mais elle a tiré la sonnette d'alarme : le changement climatique pourrait entrer dans le débat du Royaume-Uni sur l'Europe par la petite porte.

 

« Je ne pense pas que la législation sur l'environnement soit l'une des priorités principales de David Cameron à propos de l'UE, mais elle pourrait certainement être victime de dommages collatéraux si le Royaume-Uni quittait [l'UE] », a déclaré Graham Watson, un eurodéputé libéral-démocrate.

 

« Il existe certainement un ordre du jour, qui s'est introduit dans certaines sections du Parti conservateur, qui soutient que nous devrions ignorer le climat et simplement continuer à [nous] faire de l'argent à tour de bras », a-t-il ajouté. « Les partisans d'une sortie de l'UE tendent également à vouloir s'appuyer sur une économie fondée sur le carburant fossile plutôt que de se tourner vers l'énergie verte. »

 

Tom Spencer, un ancien combattant et eurodéputé conservateur, a reconnu que la politique sur le changement climatique serait « l'une des victimes » de la perturbation qui accompagnerait la sortie du Royaume-Uni de l'UE.

 

Des défenseurs de l'environnement à Bruxelles pourraient également être perdants si la Grande-Bretagne quittait l'UE.

 

Ligne de conduite ferme sur le climat

 

Le Royaume-Uni a généralement adopté une ligne de conduite plus ferme sur le climat que d’autres États membres, pour des raisons allant de la qualité scientifique de son bureau météorologique à la destruction de son industrie charbonnière dans les années 1980.

 

Même si Londres a affaibli la législation proposée par l'UE sur le forage en Arctique et les sables bitumineux, elle a fait pression en faveur de réductions supplémentaires des objectifs d'émission de dioxyde de carbone et à partir du 1er avril, elle mettra également en place un prix minimum pour le carbone.

 

Le Royaume-Uni s'est aligné sur les États membres qui appellent à un report de plus de 1,2 milliard de crédits carbone afin de consolider le marché du carbone de l'UE en déroute.

 

Isaac Valero, le porte-parole de Connie Hedegaard, la commissaire en charge de l'action pour le climat, a déclaré que la politique de l'UE sur le climat révélait la manière dont un continent uni pouvait servir au mieux les intérêts de la Grande-Bretagne.

 

« Le Royaume-Uni est une force motrice pour façonner positivement l'ordre du jour européen sur le climat », a-t-il déclaré à EurActiv dans un courriel. « Partenaire proactif et fiable, le Royaume-Uni apporte beaucoup d'expérience et d'enthousiasme à nos politiques sur le climat. »

 

Au sein du Parti conservateur au pouvoir au Royaume-Uni, davantage de pouvoirs reviendraient toutefois à des personnalités politiques telles que le chancelier de l’Échiquier, George Osborne, et à l'aile eurosceptique, qui doute tout autant de la science du climat et que du fédéralisme.

 

Vrais croyants

 

« Les militants dans le domaine des affaires publiques, ceux qui nient [le changement climatique], les entreprises pétrolières et de produits chimiques, ont tous tenté d'établir un lien entre l'euroscepticisme et le climatosceptiscisme, en affirmant que ces idées étaient fausses et dépassées », a déclaré M. Spencer, proeuropéen.

 

« Des députés des partis de centre-droit en Europe ont été la première cible de la campagne de déni au cours de ces trois dernières années, une tentative délibérée de cultiver l'idée selon laquelle si vous êtes eurosceptiques, si vous croyez vraiment au marché libre, vous ne voudriez pas payer pour toutes ces choses coûteuses et supposées », a-t-il poursuivi.

 

Peu après son élection, David Cameron a déclaré aux fonctionnaires du ministère de l'énergie et du changement climatique qu'il souhaitait être à la tête « du gouvernement le plus écologique de l'histoire ».

 

Le ministre de l'environnement de l'époque, Chris Huhne, avait indiqué qu'il souhaitait aller « plus loin et plus vite qu'avant » dans la lutte contre le changement climatique, mais il a ensuite été contraint de quitter son poste en raison d'un scandale à propos d'un excès de vitesse.

 

L'idée de M. Cameron est sincère, mais entravée par un manque de pouvoir de son parti, selon Jules Peck, un conseiller environnemental du premier ministre actuel, et pourtant dans l'opposition.

 

« Une majorité du parti que David Cameron doit combattre se moque éperdument de l'Europe et du changement climatique », a-t-il indiqué à EurActiv. « Nous, les écologistes, pensons que la politique de l'environnement et la meilleure chose à propos de l'Europe, mais le problème est qu'il s'agit exactement de ce que le Parti conservateur n'aime pas : la politique de l'environnement. »

 

M. Peck était le directeur de la commission de David Cameron sur la qualité de la vie. Il a coécrit le projet du Parti conservateur pour une économie verte en 2007.

Prochaines étapes: 
  • 1er avril 2013 : le gouvernement britannique introduira un prix minimum pour le carbone
  • 2017 : la Grande-Bretagne organisera un référendum sur son adhésion à l'UE si David Cameron est réélu
Liens externes: 

 

Commission européenne

Partis politiques britanniques

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