L'Europe de l'Est amadouée à Durban pour accepter une réduction de 30 % des émissions

  

Lors du sommet de Durban sur le climat le mois dernier, il a été proposé que les Etats membres d'Europe de l'Est puissent économiser quelque 3,2 milliards d'euros de crédits carbone non utilisés à condition qu'ils acceptent de revoir à la hausse l'objectif de réduction des émissions de 20 à 30  %.

La présidence danoise voit le compromis proposé d'un œil positif et pourrait porter cette initiative à l'attention des chefs d'Etats et de gouvernement européens.

« La question des unités de quantité attribuée [UQA] est prise en compte mais nous devons également nous pencher sur d'autres questions, notamment pour fixer nos objectifs de réduction de CO2 pour 2030. Ces questions sont toutes étroitement liées », a déclaré à EurActiv le ministre danois du climat et de l'énergie, Martin Lidegaard.

« Nous ne savons pas dans quelle mesure nous pourrons avancer sur la question des UQA lors de notre présidence, mais il s'agit évidemment d'une question qui mérite notre attention », a-t-il déclaré.

Cette proposition a été présentée dans une note d'orientation très technique d'une page (« ébauche pour le report des UQA ») lors du sommet sur le climat qui s'est déroulé à Durban en Afrique du Sud le 9 décembre dernier.

« Si l'une des parties revoit ses ambitions à la hausse de façon individuelle ou collective, le nombre d'unités de quantité attribuée à transférer [...] pourrait être accru », peut-on lire dans cette note.

Plusieurs Etats se sont opposé à cet accord, mais « il existe une explication très claire : les pays qui s'opposent à la mise en œuvre d'objectifs européens [de réduction de CO2] plus ambitieux sont ceux qui s'opposent au stockage des UQA », a déclaré à EurActiv Stig Schjølset, analyste de marché chez Point Carbon.

« Ce compromis devrait être appliqué, il est conforme au mode d'élaboration des politiques européennes », a-t-il ajouté.  

Un diplomate originaire de l'un des pays de l'Est affectés par cet accord a déclaré sous le couvert de l'anonymat que son gouvernement n'était pas en faveur de cette proposition.

Crédits excédentaires

Chaque UQA permet d'émettre l'équivalent d'une tonne métrique d'équivalent-dioxyde de carbone.

Les Etats de l'ancien bloc soviétique ont été submergés par les crédits carbone lorsque leurs industries très polluantes se sont effondrées avec la chute du communisme.

La question des 3,1 milliards de crédits excédentaires de la première période d'engagement de Kyoto devrait être examinée lors des négociations de l'ONU sur le climat, qui se dérouleront à Doha en décembre 2012.

L'UE devrait cependant présenter sa seconde série d'objectifs contraignants auprès de l'organisme de l'ONU sur le changement climatique quelques mois auparavant, en mai.

Selon certains experts, imposer de nouveaux objectifs de réductions de CO2 avant cette date reviendrait à faire preuve d'un optimisme exagéré, dans une Europe obnubilée par la crise de la dette.

Selon Point Carbon, les négociations récentes ont vu émerger la proposition d'inclure entre 5 et 10 % de la totalité des UQA dans tous les accords conclus avec l'Europe de l'Est, avec une valeur de 3,2 milliards d'euros aux prix du marché actuels, et ce dans le cadre d'une seconde période d'engagement de Kyoto. 

Afflux de crédits carbone

Certains défenseurs de l'environnement se sont toutefois montrés inquiets quant au fait qu'un afflux de crédits carbone pourrait permettre aux pays d'atteindre leurs objectifs sans pour autant réellement diminuer leurs émissions.

« Je soutiens l'idée de racheter les crédits excédentaires des pays d'Europe de l'Est en échange de leur engagement à surpasser l'objectif de 20 %, mais cette initiative ne doit pas mener à une situation où une grande quantité de crédits excédentaires est réintroduite dans le système et crée une faille importante », a déclaré à EurActiv le porte-parole de Greenpeace, Joris de Blanken.

D'autres chiffres diffusés par l'organisation suggèrent aux dirigeants de l'ancien bloc soviétique de mettre en avant les crédits excédentaires comme une sorte de patrimoine national.

Prochaines étapes: 
  • 9 mars 2012 : réunion des ministres européens de l'environnement.
  • Mai 2011 : l'UE devrait communiquer les détails de la seconde période d'engagement de Kyoto à la Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique.
  • Déc. 2012 : sommet de l'ONU sur le climat à Doha, au Qatar. Une décision devrait être prise sur l'avenir des UQA.
  • 2015 : l'accord sur la feuille de route pour un nouveau pacte de CCNUCC devrait être conclu.
  • 2020 : signature du nouvel accord de la CCNUCC.
  • 2020 : L'UE devrait atteindre ses objectifs d'augmentation de 20 % de la part des énergies renouvelables dans le bouquet énergétique, de réduction des émissions de CO2 de 20% par rapport aux niveaux de 1990, et d'augmentation de l'efficacité énergétique à hauteur de 20%. Ce dernier objectif est fixé sur la base du volontariat.
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