Lien entre le réchauffement climatique et l’année la plus pluvieuse en Angleterre

  

Des climatologues éminents établissent une corrélation entre le réchauffement climatique et l’annonce de l’Office météorologique du Royaume-Uni (Met) hier (3 janvier) selon laquelle 2012 était l’année la plus pluvieuse jamais enregistrée en Angleterre.

Les chiffres de l'Office météorologique révèlent qu'en raison de données saisonnières légèrement plus élevées en Écosse et au pays de Galles, le Royaume-Uni dans son ensemble avait connu le deuxième été le plus humide jamais enregistré.

Quatre des cinq années les plus humides au Royaume-Uni ont été enregistrées depuis 2000. Cette statistique correspond aux attentes des climatologues qui modélisent les conséquences d'un réchauffement climatique.

« [Ce phénomène] ne concerne pas que la Grande-Bretagne. D'autres parties du nord de l'Europe et de l'Amérique deviennent plus humides et le changement climatique y contribue », a déclaré Kevin Trenberth à EurActiv lors d'un entretien téléphonique depuis le National Center for Atmospheric Research à Boulder, dans le Colorado.

M. Trenberth a reçu plusieurs prix pour ses recherches scientifiques, dont le prix Nobel de la paix en 2007 pour ses travaux en tant qu'auteur principal du quatrième rapport d'évaluation des risques du Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat de l'ONU (GIEC).

« Dans l'ensemble, les latitudes moyennes et hautes [ont enregistré] une augmentation des précipitations liée au réchauffement climatique et le fait que l'air puisse contenir plus d'humidité accélère le cycle hydrologique », a-t-il expliqué.

Selon M. Trenberth et plusieurs scientifiques, l'augmentation de l'humidité dans l'air peut également provoquer de fortes tempêtes comme l'ouragan Sandy, même si de telles conséquences sont difficiles à prévoir.

« Avec le changement climatique, il faut réellement s'attendre à une intensification globale des chutes de pluies intenses », a déclaré Gabriele Hegerl, une experte de l'influence du changement climatique sur les précipitations à l'université d'Édimbourg.

Mme Hegerl, qui est également une auteure du GIEC, a déclaré à EurActiv que le phénomène avait déjà été observé à l'échelle mondiale.

Même si certains doutent planent sur la hausse de la variabilité des averses et des inondations, des augmentations de fortes précipitations enregistrées « peuvent être attribuées aux gaz à effet de serre et au changement climatique anthropomorphe », a-t-elle ajouté.

8 000 maisons et entreprises inondées

Selon les données de l'Office météorologique, au moins 8 000 foyers et entreprises britanniques ont été inondés en 2012. Au cours de cette année, 1 337,3 mm de pluie ont été enregistrés, soit quelques 6,6 mm en moins que le record établi en 2000.

L'Office météorologique a indiqué que ses recherches préliminaires laissent penser que la nature de ces précipitations changeait également, car les fortes averses étaient de plus en plus fréquentes.

« Nous observons une tendance de pluies plus extrêmes dans le monde entier, dans des pays comme la Chine et l'Inde, et maintenant potentiellement ici, au Royaume-Uni », a déclaré la professeure Julia Slingo, la scientifique principale de l'Office météorologique.

« Des recherches supplémentaires sont nécessaires afin de comprendre davantage les causes et les implications éventuelles », a-t-elle ajouté. Sur une période de 30 ans, entre 1961 et 1990 ainsi qu'entre 1981 et 2010, les pluies annuelles au Royaume-Uni ont augmenté d'environ 5%.

Des modélisations du climat laissent penser que cette tendance s’accentuera sur la planète, même si le niveau des précipitations sera très variable.

Chutes de pluie soudaines et importantes

Les gaz à effet de serre peuvent stabiliser l'atmosphère, mais également la réchauffer et l'humidifier, ce qui provoquerait des chutes de pluie plus soudaines et plus fortes provenant de lourds nuages gorgés d’eau.

« Si vous tracez une ligne autour du globe en partant du Royaume-Uni, cette région tout entière devrait devenir plus humide », a indiqué Gabriele Hegerl, en ajoutant que l’humidité et la sécheresse de certaines régions s'intensifieraient.

« Nous prévoyons une série de changements qui rendront la Méditerranée particulièrement vulnérable à la sécheresse », a-t-elle ajouté.

Alors que les régions sèches d'Europe se déplacent vers le nord et que l'oscillation nord-atlantique, qui amène des pluies en Scandinavie et dans l'Europe du Nord, est élevée, les systèmes de tempêtes hivernales tendent à se diriger vers l'Europe du Nord et non vers la Méditerranée.

Malgré une augmentation des preuves du changement et des conditions météorologiques parfois extrêmes, des scientifiques déclarent qu'ils sont de plus en plus préoccupés par le manque d'urgence dont font preuve les décideurs politiques dans la lutte contre le problème.

« Il semble que la politique consiste à prendre [le problème] avec le sourire et à subir les conséquences », a déclaré Kevin Trenberth. « Il n'y a certainement pas de projets visant à l'atténuation de ces événements ni à la réduction des probabilités qu'ils se reproduisent à l'avenir. »

« C'est très décevant et extrêmement irréfléchi », a-t-il ajouté

Prochaines étapes: 
  • 2015 : les dirigeants mondiaux devraient conclure un accord mondial contraignant afin de remplacer le protocole de Kyoto
  • 2020 : un nouvel accord mondial contraignant de la CCNUCC devrait entrer en vigueur
Liens externes: 

Union européenne

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