L'UE veut recycler 70 % des déchets à l’horizon 2030

  
Une décharge aux États-Unis. [Nations unies/Flickr]

L'Europe pourrait recycler 70 % de ses déchets municipaux d'ici 2030. Un objectif atteignable si la Commission adopte une proposition contraignante visant à supprimer progressivement les décharges.

L'Union européenne s'est déjà engagée à recycler la moitié de ses déchets et à « quasiment éliminer  » les décharges d'ici 2020. En Allemagne, 65 % des déchets sont recyclés ou compostés, contre seulement 1 % en Roumanie. Dans l'ensemble, les pays européens du nord et de l'est enregistrent des taux de recyclage plus élevés que dans le sud et l'est.

Un haut fonctionnaire de l'UE a expliqué à EurActiv que la nouvelle proposition législative relative à l'économie circulaire, qui sera présentée le 1er juillet, devrait permettre à tous les États membres d'atteindre le niveau des meilleurs élèves européens.

« Si vous regardez aujourd'hui l'Autriche, 70 % des déchets sont recyclés et il n'existe quasiment plus aucune décharge. Nous voulons que tous les États membres atteignent ses résultats à l'horizon 2030 », a-t-il déclaré. « Le problème est que certains États y sont déjà arrivés alors que dans d’autres cas, vous pouvez inverser les chiffres: au moins 70 % des déchets terminent dans une décharge et le recyclage n'existe quasiment pas. »

« Nous devons mettre à profit l'expérience des meilleurs élèves, analyser le temps qui leur a fallu en vue d’atteindre ces résultats et fixer des objectifs réalistes » a détaillé le haut fonctionnaire.

La proposition couvre « les résidus de résidus de déchets » et prévoit que les taux de mise en décharge soient réduits à moins de 5 %. L'incinération permettrait de traiter le reste des déchets, même si cette pratique soulève des inquiétudes d’un point de vue environnemental.

Le nouveau cadre reste flou sur la possibilité pour les Etats comme l’Allemagne, de ne pas comptabiliser les taux de mise en décharge des cendres incinérées et des résidus de déchets dans leurs statistiques.  

La proposition, publiée plus tôt dans l’année et qui fait actuellement l'objet de consultations interservices, entre dans le cadre des recommandations formulées par la plateforme européenne pour une utilisation efficace des ressourcesLe nouveau paquet prévoit également d’améliorer le rendement des matières premières de 15 % d’ici 2030.

Accord de la Commission

L'objectif de rendement des matières premières a finalement été relevé à 30 % et serait mesuré en comptabilisant la part de la consommation de matières premières dans le PBI, selon la source. Toutefois, « la question est de savoir si un accord peut être trouvé au sein de la Commission [...] parce que cela est tellement complexe et implique tellement de domaines politiques différents. »

La proposition en matière d'économie circulaire vise à prolonger l'utilisation de produits à la fin de leur cycle de vie naturelle. Elle a également des implications pour plusieurs DG de la Commission, comme l'énergie, la recherche, l'agriculture et la concurrence.

Selon les informations d'EurActiv, le commissaire en charge de l'environnement, Janez Potočnik, et son homologue Máire Geoghegan, responsable de la recherche, de l'innovation et de la recherche présenteront conjointement la proposition.

Ce paquet législatif n'aura pas trait aux déchets dangereux ou à l'utilisation de phosphore dans les emballages. Il n'y aura aucun objectif en matière de déchets marins et alimentaires, même si des recommandations sur les déchets alimentaires feront l'objet d'une proposition séparée qui sera présentée le même jour que la proposition relative à l'économie circulaire.

Ce concept est un défi à l’heure où domine la « société du gaspillage », ce modèle structuré autour de la surconsommation qui persiste dans certains domaines industriels. Bon nombre d’acteurs à l’intérieur et à l’extérieur de la sphère bruxelloise s’opposent d’ailleurs à ces propositions législatives.

« L'objectivite aiguë »

« Le scepticisme règne autour des objectifs et de cette "objectivite aiguë" », concède un fonctionnaire. « Les gens estiment qu'il existe trop d'objectifs et qu'ils ne sont pas cohérents. Je peux prédire que nous aurons des discussions sur la nécessité de mettre en place un objectif et sur son contenu. »

Le Royaume-Uni a déjà manifesté avec vigueur son opposition à la nouvelle législation sur l'élimination des déchets. Il mentionne notamment « le manque de preuves » pour soutenir de tels objectifs à l'horizon 2030 et appelle plutôt à la « réduction des charges réglementaires pour les entreprises ».

Dans sa réponse à une révision de la Commission, le gouvernement britannique a indiqué : « nous sommes conscients que, en temps de difficultés économiques, un certain nombre d'États membres ne sont pas en mesure d'atteindre les objectifs à l'horizon 2020. La Commission européenne devrait trouver des moyens pour permettre aux États membres de mettre en œuvre les objectifs déjà existants avant d'en énoncer de nouveaux. »

Des fonctionnaires ont toutefois rapidement souligné que la proposition sur l'économie circulaire est en cohésion avec le paquet énergie-climat de 2020, la directive écoconception, ainsi que les objectifs en matière de réindustrialisation, de recherche et d'énergie et de climat.

Ils estiment que des divergences résident plutôt dans les « détails » que sur la substance même du projet.

Des gagnants... et des perdants

« Tout le monde est convaincu par la théorie [de l’utilisation efficace des ressources] et pense qu'elle est inévitable, mais quand vous regardez les détails, le projet génère des gagnants et des perdants », a poursuivi le fonctionnaire européen. « Vous devrez trouver de nouveaux modèles d'entreprise et de nouvelles technologies et appliquer les [principes] de partage et de leasing, qui vont à l'encontre du principe du consumérisme. Bon nombre de pays seront perdants s'ils ne s'adaptent pas. »

Il n’est pas nécessaire qu’il y ait des perdants, a nuancé le fonctionnaire : grâce à des investissements précoces, il est possible d'éviter des modifications dans le comportement des consommateurs et dans la chaîne d'approvisionnement ainsi que d’anticiper une montée des prix des produits de base.

« Prenez par exemple les industries extractrices de matières premières : elles craignent d'être perdantes si elles vendent ou extraient moins de matières premières », a poursuivi le fonctionnaire.

« Nous leur expliquons que c’est la consommation des classes moyennes qui stimule la demande pour ces ressources. Or le marché comptera trois milliards de consommateurs venant de la classe moyenne d'ici 2030 ». « La demande en matières premières sera tellement élevée  - et l’Europe aura à faire face à une telle concurrence en vue d'accéder à ces ressources - que nous devrons agir dans le domaine du rendement énergétique. »

En 2008, le groupe de défense de l'environnement WWF a estimé que la consommation annuelle en ressources équivalait à une fois et demie la capacité terrestre.

La question du financement de tels changements pourrait dorénavant occuper le cœur des débats sur la question des déchets et du recyclage.

Prochaines étapes: 
  • 1er juillet 2014 : la Commission européenne présentera son paquet législatif relatif à l'économie circulaire
  • 26 sept. 2016 : date butoir pour arriver à une collecte de 45 % des batteries
  • 2020 : date butoir pour arriver au recyclage de la moitié des déchets ménagers et pour éliminer les décharges
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