Karima Delli, de la banlieue de Tourcoing aux lignes de front du Parlement

  
Karima Delli au Parlement européen

EurActiv.fr publie une série de portraits de candidats aux élections européennes. Elue en 2009 durant la vague verte, Karima Delli s'est imposée comme la "Madame logement" au Parlement européen.

« À aucun moment de ma vie je n’ai pensé que je pourrai un jour rentrer dans cette institution » se rappelle l’eurodéputée écolo. Cinq ans après son élection imprévue comme députée européenne, Karima Delli semble toujours aussi surprise de ce coup du destin qui l’a propulsée à Strasbourg en 2009.

Catapultée sans préavis au Parlement européen à la faveur d’un score électoral inattendu des Verts, la jeune femme qui se trouvait alors en quatrième position sur la liste EELV en Ile-de-France repart en campagne pour un second mandat.  

À 35 ans, elle mènera la campagne dans la circonscription du nord-ouest, où elle emmène la liste des Verts, secondée par François Veillerette, ex-président de Greenpeace.

Écologie populaire

Karima Delli n'avait pas forcément de profil de l'emploi, au départ. A son sujet, un professeur de sciences politiques à Lille, Rémy Lefebvre, parle même de « miracle sociologique ».

Issue d’une fratrie de 13 frères et sœurs, elle grandit à Tourcoing dans un milieu populaire. Ces années, elle les a entre autres retracées dans un livre « La politique ne me fait pas perdre le nord », où elle lie son engagement en faveur de l’écologie aux nécessités imposée à une famille nombreuse aux revenus modestes.

« Mes parents nous ont élevés à l’école de l’écologie populaire. Celle de la sobriété, imposée [… ] par la nécessité d’être économe » explique-t-elle. Un apprentissage de l’écologie qui poussera la jeune femme à rejoindre le mouvement des Verts en 2005.

Avant de rejoindre le mouvement écolo, la jeune femme d’origine algérienne passe un BTS d’action commerciale avant de se diriger vers les sciences politiques. Une période au cours de laquelle elle se lance dans la rédaction d’un mémoire sur les femmes politiques et fait la connaissance de la sénatrice Marie-Christine Blandin, dont elle devient l’assistante parlementaire en 2004.

Madame logement

Un parcours dans les arcanes de la chambre basse qui lui mettra le pied à l'étrier. Mais c'est surtout son engagement militant et sa jeunesse qui incitent les Verts à faire appel à elle pour la campagne européenne de 2009.

Aujourd'hui,  Karima Delli devrait rempiler pour 5 ans. Lorsqu'on lui demande pourquoi, elle cite les batailles qu'elle a menées et qu’elle veut poursuivre au sein de l’institution européenne. Notamment celle sur le logement social, son dada, qui lui a valu après 5 ans de travail en commission des affaires sociales, et une certaine reconnaissance de la part de ses pairs. Et même d'un commissaire européen, pour qui elle est « une des députés françaises battantes, notamment sur le dossier des Roms». La question des expulsions de Roms et celle du logement ne sont pas si loin.

La question du logement n'est pas forcément dans les cordes de l’Union européenne, cela n’arrête pas l’eurodéputée, engagée dans cette lutte depuis plusieurs années, notamment via son militantisme au sein du collectif Jeudi noir, qui lutte contre le mal-logement des jeunes. 

Tous les sujets sont bons pour faire avancer cette cause : règles européennes sur les aides d’États, rénovation thermique, renouvellement urbain, « toutes ces thématiques touchent aussi au logement social" affirme l’eurodéputée. «  Il y a eu de véritables avancées sur le sujet lors de cette mandature »  se félicite-elle.

Des avancées, mais par encore assez pour la jeune élue. « Je n’ai pas fini les combats que j’ai menés » confie-t-elle. Et la liste de ses futures projets est déjà longue. « J’ai dans l’idée de lancer un moratoire européen contre les expulsions de logements » explique-t-elle, mais aussi de s’attaquer à la directive sur les taux réduits de TVA et de les orienter en faveur de la construction de logements sociaux.  

« On m'a dit que mon discours était trop technique pour une femme ! »

Des combats elle a dû en mener dès son arrivée au Parlement européen.  « Les moins de 30 ans, ça dénote au Parlement européen » se rappelle l’élue écolo.  Lorsqu’elle prend son siège de députée européenne à cet âge, « difficile d’être prise au sérieux » explique-t-elle non sans humour.

Confondue à tour de rôle avec une interprète par l’ancien président du Parlement européen, le polonais Jerzy Buzek, ou encore avec les assistants parlementaires lorsqu’elle ne porte pas son badge de député dans les couloirs de Bruxelles ou de Strasbourg, Karima Delli arrive a dû batailler pour se faire connaître, puis reconnaître au sein de l’institution.

À son arrivée, son niveau d'anglais la handicape dans une institution où la langue s'est imposée comme langue de travail.

Mais après 5 ans de travail acharné, « avec un investissement à 100 % » elle a gagné ses galons, fait un stage intensif d'anglais et s'est même « mise un peu à l'allemand ».

« Et maintenant on m’appelle Madame Logement » s’amuse-t-elle. Un signe de reconnaissance dans une maison où seule l’expertise permet d’affirmer ses positions, d’obtenir le soutien des autres élus et des responsabilités politiques.

Reste que les préjugés ont parfois la peau dure envers une élue jeune. « On m’a déjà dit : votre discours est beaucoup trop technique pour une femme ! » se rappelle l’eurodéputée.

Karima Delli a mis un point d’honneur à maintenir son engagement de militante au cours de son mandat.  Son parcours au sein des collectifs Jeudi noir et Sauvons les riches – qu’elle a cofondé en 2009 pour réclamer l’instauration d’un revenu maximum européen - s’est donc poursuivi au cours de ses années à Bruxelles et Strasbourg.  

Parmi ses faits d’armes, Karima Delli compte quelques interventions coup-de-poing comme la remise d’un diplôme de « fils à papa » à Jean Sarkozy ou encore l’idée de cadeau original – une montre de quelques euros à l’amateur de Rolex et ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, Jacques Séguéla.

 « Au Parlement je n’ai pas arrêté de mener des actions un peu festives, je voulais rester une militante active » explique-t-elle. Un engagement qui lui a valu d’être nommé porte-parole de la campagne d’Europe-Ecologie Les Vert pour les européennes, un défi alors que les sondages suggèrent une forte baisse des suffrages en France pour le parti écolo.

Prochaines étapes: 
  • 25 mai : élections européennes
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Commentaires

Portrait de Lugdu

En fait c'est un portrait de militante que vous nous proposez, cela ne fait pas très euro-député, mais c'est bien de faire évoluer les lignes…