L'Allemagne se mobilise contre le tourisme social

  
Des familles roms en Allemagne pourraient être expulsées

Un groupe de travail allemand va rendre son rapport en vue de contrer le phénomène croissant du « tourisme social » qui frapperait le pays.

Avec sa croissance économique positive ainsi que son faible taux de chômage, l'Allemagne représente un véritable eldorado pour nombre de citoyens européens. D'autant plus que l'industrie allemande connaît une pénurie de main-d'oeuvre. Mais des craintes commencent à se pointer quand à l'arrivée massive de Roumains et de Bulgares, qui fuient la pauvreté, notamment depuis que les deux pays ont obtenu l'accès sans restriction au marché du travail européen, en début d'année.

Certaines communes allemandes affirment que leurs services sociaux sont incapables de faire face à l'afflux massif de personnes sans emploi provenant de l'est. C'est pourquoi la chancelière Angela Merkel et son gouvernement ont mis sur pied un groupe de travail en vue d'éviter d’éventuelles situations abusives.

Les conclusions provisoires seront présentées mercredi (26 mars). Cependant, Reuters s'est procuré une copie du document selon lequel la coalition des conservateurs et des sociaux-démocrates préparerait un durcissement des règles.

« Le gouvernement soutient le principe de la liberté de circulation, et l'Allemagne en profite. En même temps, nous devons reconnaître que de nombreuses difficultés peuvent être corrélées avec l'immigration », selon le gouvernement allemand.

En 2013, la démographie allemande a progressé pour la troisième année consécutive, avec le taux de migration net le plus élevé depuis deux décennies. Les immigrés en provenance d'Europe centrale et orientale ont fortement augmenté. Il est trop tôt pour dire si l'intégration complète de la Roumanie et de la Bulgarie dans l'espace européen renforcera de façon considérable les projections en matière d’immigration pour l'année 2014.

Günter Kringes, le vice-ministre de l'intérieur et député au sein du CDU, a déclaré que Berlin considérait que la liberté de circulation des travailleurs était l'un des principaux piliers de l'Union européenne.

« Mais, a-t-il précisé, dans un entretien avec Reuters, la liberté de circulation au niveau européen a un objectif précis : trouver un emploi ou étudier ».

« Si vous n'avez même aucune chance théorique de trouver un emploi, les conditions préalables pour profiter de la liberté de circulation ne sont pas remplies, » selon le député conservateur.

Une immigration choisie

Le gouvernement allemand estime que la plupart des ressortissants roumains et bulgares viennent sur le territoire allemand en parfaite légalité afin de travailler ou d'étudier. Cependant, selon l'exécutif, une minorité prétend être travailleur indépendant afin d'obtenir plus d'aides, ou demande des allocations familiales, sans avoir pour autant de chance ou de désir de trouver un emploi.

« Pour nous, il est clair que les immigrants sont toujours bienvenus en Allemagne », a  toutefois précisé Günter Krings. Le député allemand a expliqué que le gouvernement allemand n'a aucunement l'intention de faire le distinguo entre les bons et mauvais pays d'origine, mais plutôt d'examiner le niveau de qualification des immigrants.

À la fin de l'année dernière, les maires de 16 villes allemandes, dont Cologne, Dortmund ou encore Hanovre, ont lancé un appel à l'aide. Ils se disaient incapables de répondre à la vague migratoire en provenance d'Europe centrale et orientale, dont nombre d’immigrés seraient issus de la minorité rom.

Le débat public allemand est plus apaisé sur la question que n'importe où ailleurs au sein de l'UE, mais l'Allemagne partage les craintes selon lesquelles une forte hostilité à l'encontre des migrants pourrait renforcer la position de l'extrême droite lors des élections européennes en mai prochain.

Le vice-ministre de l'Intérieur a insisté sur le fait que même si 80 % des immigrés sont bien intégrés au sein de la société allemande, ceci ne constitue pas une raison pour accepter les 20 % restant qui ne répondent  pas aux critères juridiques afférents au principe de la liberté de circulation.

Limitation dans la durée de séjour

Günter Krings et sa collègue sociale-démocrate, Andreas Nahles, du ministère du Travail coprésident le groupe de travail regroupant 11 hauts fonctionnaires issus de 11 ministères différents, afin d'assurer une représentation équilibrée des deux forces politiques en présence au sein de la « grande coalition », qui aura déjà 100 jours ce mercredi.

Le projet comprend une limitation de la durée de séjour des chercheurs d'emploi à trois mois si ceux-ci ne trouvent pas un emploi, mais aussi l'expulsion des fraudeurs ainsi que l'interdiction de revenir sur le territoire allemand pour une durée définie. Enfin, le projet propose un renforcement des contrôles administratifs des demandeurs sociaux.

La police et les agences pour l'emploi devraient avoir la possibilité de poursuivre en justice les entreprises qui ont recours à des travailleurs au noir et le gouvernement devrait donner 200 millions d'euros supplémentaires en vue de pallier aux problèmes sociaux parmi les villes les plus touchées par le phénomène, selon les propositions du groupe de travail.

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