Bourse européenne pour une société de diffusion au contenu sexuellement explicite

  

Une société bulgare de diffusion de musiques et de clips pop et folk au contenu souvent sexuellement explicite et choquant a été sélectionnée pour recevoir une bourse d’un million d’euros dans le cadre du programme de l’UE « Stimuler la compétitivité économique ». Une vague de critiques sur les médias sociaux a contraint la Commission à demander aux autorités bulgares d’ouvrir une enquête.

 

L'entreprise Payner Media, une société de diffusion bulgare, a été sélectionnée pour une bourse non remboursable d'un million d'euros de Fonds européen de développement régional. Le budget total du projet était de 3,2 millions de BGN (1,63 million d'euros). Le gouvernement bulgare a cofinancé le projet à hauteur de 146 976 euros.

 

Cette information, publiée sur le système électronique public des financements européens en Bulgarie, a déclenché un tollé sur les médias sociaux. Des citoyens ont réagi au fait qu'un tel projet ait pu se qualifier pour obtenir des financements européens et qu'il reçoive un cofinancement du budget public.

 

Ce projet couvre l'achat de nouvel équipement de tournage pour la chaîne de télévision Planet, détenue par Payner Media.

 

Payner Media et Planet TV sont connues pour diffuser de la Tchalga, de la musique pop folk. Les musiques et vidéos sont très reconnaissables grâce à leur son oriental, leurs danseuses à peine vêtues et leurs paroles sexuellement explicites. Les acteurs de ces vidéos ressemblent généralement à des gangsters et les actrices sont décrites comme des stars du X.

 

La pornographie est officiellement interdite en Bulgarie, mais toutes les firmes de télédistribution diffusent du contenu pornographique.

 

Soutien des petites entreprises

 

Shirin Wheeler, la porte-parole de Johannes Hahn, le commissaire en charge de la politique régionale, a confirmé que les autorités bulgares avaient sélectionné Payner Media pour l’octroi d’une bourse d'un million d’euros. Pour le moment, aucune bourse ou acompte de l'UE n'a en réalité été versé, a-t-elle indiqué.

 

« Nous avons revu les conditions, la portée et les moyens financiers du régime de subventions duquel ce projet relève. Son objectif est de soutenir les PME du secteur créatif, et nous nous y tenons. Le secteur de la culture est un secteur concurrentiel qui vaut la peine d'être soutenu, car il génère de la croissance et des emplois », a-t-elle expliqué à EurActiv.

 

Elle a toutefois déclaré que le ministère bulgare de l'économie était responsable du choix de ce projet spécifique.

 

« À la suite des inquiétudes soulevées [sur certaines plateformes] et parce que nous prenons au sérieux la protection de l'argent des contribuables, les services de la Commission européenne ont demandé aujourd'hui (15 janvier) aux autorités bulgares d'ouvrir une enquête afin de déterminer jusqu'où les conditions du régime de subventions ont été remplies. Si nous avons des doutes, nous demanderons bien sûr en premier lieu aux autorités nationales de procéder à un examen plus approfondi », a-t-elle déclaré.

 

Musique populaire

 

La Tchalga devient de plus en plus populaire en Bulgarie, principalement auprès des jeunes, tout comme le secteur des « tchalgothèques », des discothèques où ce genre de musique est diffusé. Les « festivals de Tchalga » sont également en pleine expansion, selon des analystes bulgares des médias.

 

Selon Dnevnik, le partenaire d'EurActiv en Bulgarie, Lybomir Kostadinov, le directeur des relations publiques de Payner Media, a déclaré que l'objectif du projet était d'augmenter les ventes sur l'Internet afin de contrer le déclin des ventes de CD et de DVD.

 

« Tout le monde peut dire ce qu'il veut sur l'Internet. Il y a des gens qui n'écoutent pas notre musique, et d'autres qui l'écoutent », a-t-il indiqué.

 

Sur les réseaux sociaux, plusieurs personnes ont tenu le gouvernement actuel de Boyko Borissov responsable de la promotion de la « culture Tchalga ».

 

Le journal Sega a mentionné plusieurs personnalités importantes qui ont exprimé leur consternation par rapport au financement accordé à Payner Media.

 

Déchéance morale

 

« Je ne sais pas dans quel esprit monstrueux c'est né », a déclaré Mitko Novkov, critique littéraire et observateur des médias.

 

Le réalisateur Aleksandar Morfov a indiqué qu'il existait une déchéance des normes morales en Bulgarie. « Évidemment dans notre pays idiot, c'est la culture que nous pouvons montrer au monde », a-t-il déclaré.

 

Le compositeur et pianiste Antoni Donchev a quant a lui déclaré que le financement était « absurde » et a ajouté que la « culture Tchalga » ne devrait pas recevoir d'aide supplémentaire.

 

Le directeur de théâtre et réalisateur Tedi Moskov a appelé les théâtres bulgares, les opéras et les salles de concert à protester contre ce financement.

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