Le Big bang territorial donne une envergure européenne aux régions

  
[Denis Vrublevski/Shutterstock]
[Denis Vrublevski/Shutterstock]

La réforme territoriale annoncée par le président François Hollande devrait donner davantage de poids aux régions françaises en Europe, aujourd’hui moins puissantes que les grandes régions allemandes, italiennes ou espagnoles.

« La France est un pays centralisé » a reconnu le président de l'Association des régions de France, Alain Rousset, lors d’une conférence de presse. Mais peut-être plus pour longtemps. Les régions françaises devraient prendre du galon au niveau européen avec la réforme territoriale  annoncée le 3 juin par le Président François Hollande. 

Le chantier de la réforme territoriale en France, maintes fois envisagé dans le passé, doit aboutir à la fusion d’un certain nombre de régions et au renforcement de leurs compétences.

Un redécoupage qui inscrit les régions françaises dans un mouvement européen. « Pour les renforcer, je propose donc de ramener leur nombre de 22 à 14. Elles seront ainsi de taille européenne et capable de bâtir des stratégies territoriales » a détaillé le Président François Hollande dans une tribune publiée le 3 juin dans la presse régionale. 

>> Lire la tribune de François Hollande: « Réformer les territoires pour réformer la France »

Pour passer de 22 à 14, un certain nombre de régions vont devoir faire cause commune, à l’image de la région Rhône-Alpes et de l’Auvergne, ou encore de la Haute et de la Basse-Normandie. D'autres, comme l'Ile-De-France verronty leur périmètre inchangé. Autre chantier, l’élargissement de leurs champs de compétence, qu’elles devraient piocher entre autres dans celles des départements, voué à disparaitre.

« Demain, ces grandes régions […] seront la seule collectivité compétente pour soutenir les entreprises et porter les politiques de formation et d’emploi, pour intervenir en matière de transports, des trains régionaux aux bus en passant par les routes, les aéroports et les ports. Elles géreront les lycées et les collèges. Elles auront en charge l’aménagement et les grandes infrastructures »  détaille le texte du Président.

Le redécoupage va permettre d'augmenter la taille des régions françaises, globalement plus petites que les grandes régions européennes dans les ancien Etats membres de l'UE. Ainsi, 4  nouvelles régions devraient entrer dans le classement des 50  euro-régions les plus peuplées, dont notamment la Champagne-Picardie, la Normandie, l’Alsace-Lorraine, et le Centre-Poitou-Limousin.

Une taille à l’échelle de l’UE

Si le remaniement de l’échelon régional va poser son lot de problèmes en France, à l’échelle européenne cette réorganisation apparait plutôt comme une bonne nouvelle. Car au niveau européen, le fonctionnement centralisé de la France désavantage parfois les régions par rapport à leurs paires en Europe.

« Quand on se compare aux autres régions de l’UE à compétences égales, nous avons un retard abyssal. La dépense par habitant des régions françaises est de 395 euros par an. La dépense moyenne en Europe se situe entre 3 000 et 4 700 euros », a souligné le président de l'Association des régions de France, Alain Rousset.

« Si nous figurons au 7ème rang européen par notre poids économique, nous avons encore dix à douze fois moins de ressources par habitant que les grandes Régions allemandes, italiennes ou espagnoles avec lesquelles nous coopérons » a pointé du doigt Jean-Jack Queyranne, président du conseil régional Rhône-Alpes.

Dans certaines représentations de régions à Bruxelles, la réorganisation est perçue comme un moyen de « se retrouver à compétences égales avec les grandes régions allemandes, italiennes et espagnoles ».

Mais la réorganisation territoriale pourrait poser d'autres problèmes. Les fonds européens, qui sont depuis peu gérés en partie par les conseils régionaux ont d'ores et déjà été répartis entre les différentes régions pour la période 2014-2020. Un équilibre qui pourrait se retrouver chamboulé par la réforme territoriale.

 D'autant plus que certaines subventions spécifiques de l’UE, comme celle pour lutter contre le chômage de jeunes, ne s’adressent qu’à certaines régions où le taux de chômage des moins de 25 ans dépasse les 25%. Si 10 régions françaises devaient toucher cette rallonge budgétaire pour 2014-2015, la fusion de certaines régions pourrait changer la donne.  

Cadre dominant en UE

La réforme territoriale française s’inscrit en tout cas dans une tendance européenne. Selon une étude de l’institut Thomas More, les régions sont « le cadre de référence » de l’organisation du territoire dans les 12 États membres étudiés. 

« Encouragées par l'Union européenne, les régions sont devenues le cadre de référence pour la politique régionale européenne, visant à promouvoir le développement de territoires compétitifs tout en maintenant une cohésion » souligne le rapport.

Selon une étude de Dexia, la crise économique a par ailleurs accéléré les mouvements de réorganisations territoriales en Europe. « On observe ainsi globalement un renforcement de l’échelon régional, qui se traduit, soit par l’attribution de nouvelles compétences et de moyens aux régions existantes, soit, par la création ou l’expérimentation d’un nouveau niveau régional » souligne l’étude. 

Publicité

Commentaires

Portrait de Lugdu

Un des problèmes de cette réforme est la non-concertation et son accélération subite.
Les fusions ont été envisagées en cabinet et sur papier, d'où les aberrations.
ex :
-Champagne-Ardennes/Picardie, ne ressemble à rien
-Auvergne/Rhône-Alpes déséquilibre le Massif-Central, il faut penser Limousin/Auvergne
-une région Pyrénées ne serait-elle pas mieux venue que cette absortion avec la vallée de la Garonne ?
En plus la Corse est une région à elle seule ! c'est vraiment pas une échelle europénne.
Il faut donc revoir ces fusions à l'aune des bassins de vie et des transports, des mentalités et des projets.