Mario Monti exhorte les dirigeants de l’UE à conclure un accord budgétaire cohérent

  

S’exprimant à Bruxelles une semaine avant que les dirigeants de l’UE n’essaient de trouver un accord sur le budget de l’UE pour 2014-2020, le premier ministre italien, Mario Monti, a mis en garde contre une lutte politique qui pourrait nuire au besoin de croissance et d’emplois supplémentaires, alors que la consolidation budgétaire et les mesures d’austérité pèsent lourdement sur la reprise économique.

Mercredi soir (30 janvier), Mario Monti a déclaré qu’il n'existera pas de cohérence entre les termes employés pour parler de croissance et l'adoption d'un budget qui ne tient pas compte de la croissance.

Il s'est exprimé lors de la présentation de son nouveau livre, Démocratie en Europe, coécrit avec l'eurodéputée française libérale Sylvie Goulard et publié en novembre 2012 en français et en italien.

Malgré la nécessité d'injecter de l'argent neuf dans des projets destinés à créer de nouveaux emplois et à stimuler la croissance, certains pays insistent pour réduire de 30 milliards d'euros supplémentaires la dernière proposition de 973 milliards d'euros du président du Conseil, Herman Van Rompuy.

Plusieurs dirigeants de l'UE font pression en faveur de réductions du budget 2014-2020 de l'Union afin de refléter les mesures d'austérité qu'ils appliquent dans leur pays. Des divergences ont entravé la conclusion d'un accord lors du dernier sommet sur le budget en novembre 2012.

Le pacte de croissance a été scellé lors du sommet européen de juin 2012 afin de dissiper les craintes selon lesquelles l'UE se focalisait trop sur l'austérité dans sa réponse à la crise de la dette de la zone euro. Ce pacte risque d'être rompu dans la lutte sur le budget, a déclaré Mario Monti.

Le pacte adopté était « probablement insuffisant » et il « risque [désormais] probablement d'être contredit la semaine prochaine avec les décisions sur le budget », a-t-il ajouté.

Cet accord de 120 milliards d'euros promet d'accorder plus d'argent à la Banque européenne d'investissement et des emprunts obligataires pour le financement de projets (« project bonds ») pour les infrastructures.

Le Parlement pourrait rejeter le budget de l'UE

Daniel Cohn Bendit, le coprésident du groupe des Verts/ALE, a déclaré à des journalistes mardi (29 janvier) que, si les dirigeants de l'UE adoptaient le budget pour 2014-2020 conformément aux dernières propositions, « la majorité au Parlement européen le refuserait ».

La vice-présidente du Parlement européen Isabelle Durant a même utilisé des termes plus forts, affirmant qu'elle espérait que le Parlement rejetterait le budget.

L'eurodéputée française Sylvie Goulard (ADLE) a ajouté que les dirigeants de l'UE n'étaient pas en désaccord avec le Parlement, mais avec eux-mêmes.

« En juin [2012], ils ont décidé qu'il était nécessaire de rééquilibrer les mesures d'austérité grâce à certaines mesures pour la croissance et la première chose dans laquelle ils coupent, c'est la recherche et les dépenses orientées vers l'avenir », a-t-elle indiqué.

Quatre conditions

Lorsqu'EurActiv lui a demandé s'il était également en faveur d'un refus du budget par le Parlement, Guy Verhofstadt, le président du groupe libéral ADLE, a déclaré : « Nous devons d'abord voir le résultat final. Mais le résultat final est déterminé par un nombre d'éléments. Dans le passé, tous les groupes acceptaient que, si vous deviez convenir de coupes supplémentaires, elles [ne] devaient [pas avoir lieu] : dans la recherche, l'innovation et les dépenses affectées à la croissance. Ce serait complètement stupide. Vous avez un budget limité, vous connaissez une crise économique, vous ne faites pas ça. »

La flexibilité d'utiliser l'argent non dépensé de l'UE au lieu de le rendre aux États membres constitue le deuxième élément recherché par le Parlement, selon M. Verhofstadt.

Il a ensuite indiqué que des recettes fiscales autonomes nécessaires à la réduction des contributions nationales constituaient le troisième élément. Il a ajouté que la taxe sur les transactions financières, qui sera adoptée par 11 pays, devrait permettre à ces pays de réduire leurs contributions nationales au budget de l'UE.

Selon M. Verhofstadt, le quatrième élément est que le Parlement est en faveur d'« une révision réelle à mi-parcours » des dépenses septennales de l'UE.

Le président du groupe libéral a également indiqué que les dirigeants de l'UE en viendraient à le regretter s'ils forçaient le Parlement à rejeter le budget.

« La conséquence de l'absence de budget réel est que, en matière de politique monétaire, [les dirigeants de l'UE] devront s'en tenir à plus de discipline qui n'est absolument pas nécessaire et à plus de solidarité. En effet, lorsque vous ne disposez pas de politiques communes [ni] d'autorité commune derrière votre devise, vous avez besoin d'une discipline et d'une solidarité parfaites. »

Mario Monti était attendu à Berlin jeudi afin de rencontrer la chancelière allemande, Angela Merkel, en vue de préparer le sommet de la semaine prochaine (7 et 8 février). Il devrait rencontrer le président français, François Hollande, ce week-end.

Liens externes: 
Rubriques: 
Personnes: 
Thèmes: 
Publicité