Hier (30 janvier), les dirigeants européens se sont mis d'accord sur un traité impliquant des règles budgétaires plus strictes, dans le but d'éviter à la zone euro de sombrer dans de nouvelles crises. La République tchèque a toutefois affirmé qu'elle ne signerait pas ce traité pour le moment en raison des difficultés liées à la ratification du texte. Le président français, Nicolas Sarkozy, a quant a lui déclaré que son pays ne ratifierait sans doute pas le traité avant les élections présidentielles du 6 mai prochain.

Sans grande surprise, le Royaume-Uni a décidé de ne pas prendre part au traité international sur la stabilité, la coordination et la gouvernance dans l'Union économique et monétaire. La République tchèque a quant a elle fait savoir qu'elle le signerait ultérieurement, dans la mesure où son président eurosceptique, Vaclav Klaus, a affirmé qu'il ne souhaitait pas le ratifier pour l'instant.

M. Sarkozy a expliqué qu'il était peu probable que son pays décide de ratifier le traité avant les élections présidentielles d'avril et mai prochains.

François Hollande, le candidat socialiste en tête dans les sondages, a en effet déclaré qu'il renégocierait le traité budgétaire s'il était élu.

Ce traité, qui a pour objectif de renforcer la discipline budgétaire via l'introduction de sanctions plus automatiques et d'une surveillance plus étroite, devrait être signé à l'occasion du prochain sommet de l'UE du 1 et du 2 mars.

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Euro fiscal pact agreed

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Les pays hors de la zone euro aux sommets

La Pologne, un pays en dehors de la zone euro, avait menacé de ne pas signer l'accord si elle n'était pas autorisée à participer aux réunions des pays qui utilisent la monnaie unique.

Un compromis a toutefois pu être trouvé lors du sommet : les pays en dehors de la zone euro qui ratifieront le traité pourront participer aux sommets au moins une fois par an pour discuter de l'architecture de la zone euro et de sa compétitivité. Dans le cadre de ce traité, les dirigeants de la zone euro se rencontreront au moins deux fois par an.

Selon le texte adopté, le pacte budgétaire entrera en vigueur une fois ratifié par au moins 12 pays de la zone euro. Les dirigeants européens espèrent que le processus de ratification sera terminé d'ici la fin de l'année. Il s'agira d'un texte juridiquement contraignant en sa qualité d'accord international et il sera ouvert aux pays de l'UE qui ne souhaitent pas y adhérer pour le moment.

L'objectif est d'incorporer ce pacte budgétaire au sein du droit européen dans les cinq ans suivant son entrée en vigueur, a déclaré Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen qui a présidé la réunion à Bruxelles.

Les présidentielles françaises pèseront dans la balance

La chancelière allemande, Angela Merkel, est depuis longtemps en faveur d'un tel traité et elle a affirmé qu'elle n'était pas inquiète quant au fait que la France reporte la ratification du pacte jusqu'à la fin des élections présidentielles.

« Les politiques européennes fonctionnent sur la base de la continuité [...] L'Europe ne pourrait plus fonctionner si à chaque changement de gouvernement, la législation européenne changeait aussi », a expliqué Mme Merkel.

Interrogée sur son soutien affirmé à M. Sarkozy pour sa campagne électorale, elle a répondu : « M. Sarkozy m'a soutenue dans ma campagne. Je lui témoigne donc aussi mon soutien. Ce n'est qu'une attitude habituelle entre nos deux pays. »

Les élections françaises ont également fait l'objet d'échanges animés entre M. Sarkozy et le premier ministre britannique, David Cameron. Lors d'un entretien télévisé dimanche, M. Sarkozy a déclaré que la France était parvenue à préserver son industrie, contrairement au Royaume-Uni qui n'en a pas.

M. Cameron a répliqué qu'il n'était pas vrai que le Royaume-Uni disposait d'un secteur manufacturier plus modeste que la France. Il a dit « admirer M. Sarkozy », mais il a également souligné que le Royaume-Uni contribuerait à surveiller de près l'application du pacte budgétaire. Il a remis en cause le recours à la Cour européenne pour la mise en œuvre du traité, affirmant que cela pourrait porter atteinte au marché unique de l'UE à l'avenir.

Interrogé sur le même sujet, M. Sarkozy a répondu qu'il n'avait pas eu l'intention d'insulter ses « amis britanniques ». Il a toutefois déclaré qu'il était vrai que le Royaume-Uni s'était concentré, tout comme ses « amis américains » sur le secteur des services financiers. Le Royaume-Uni et les Etats-Unis sont différents de la France et de l'Allemagne à cet égard, a-t-il ajouté.

Croissance et emploi

Dans une tentative de promouvoir un programme économique plus positif, les dirigeants européens ont adopté une déclaration sur la croissance et l'emploi. Cette déclaration a pour but de marquer un tournant dans la crise de la dette qui dure depuis deux ans en Europe, dans la mesure où les dirigeants européens se sont jusqu'à présent surtout concentrés sur l'austérité et les mesures anti-crise.

La déclaration du sommet, intitulée « Sur la voie d'un assainissement axé sur la croissance et d'une croissance favorable à l'emploi », requiert de la part de chaque Etat membre qu'ils adoptent un plan national pour lutter contre le chômage des jeunes.

Les socialistes, les verts et les libéraux européens se sont toutefois montrés sceptiques face à ce texte qu'ils ont qualifié de creux. Ils ont également déploré le manque de soutien financier pour étayer les propositions.

Dans une tentative apparente de contrer ces affirmations, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a déclaré que de l'argent du budget de l'UE devrait être alloué à la croissance. Quelque 82 milliards d'euros sont encore disponibles dans le budget de la politique régionale de l'UE (d'un montant total de 347 milliards) pour la période 2007-2013, a-t-il précisé.

« J'ai proposé aujourd'hui que les Etats membres se réunissent avec la Commission pour trouver un moyen de reprogrammer cet argent et de l'allouer à des projets axés sur la croissance. Les PME pourraient, par exemple, utiliser l'argent des fonds structurels comme une garantie pour des prêts contractés dans les banques », a affirmé M. Barroso.

Certains pays ne sont toutefois pas très enthousiastes à l'idée de réallouer des fonds régionaux à d'autres programmes. La Pologne, pour ne prendre qu'un exemple, est totalement opposée à ces transferts d'argent, dans la mesure où elle bénéficie grandement des fonds structurels.

La Hongrie et l'Autriche à couteaux tirés sur le chômage des jeunes

La question du chômage des jeunes a quant à elle suscité une prise de bec entre le premier ministre autrichien, Werner Faymann, un socio-démocrate, et son homologue hongrois de centre-droit, Viktor Orbán.

Certaines des propositions en faveur de la création d'emploi pour les jeunes s'inspirent de programmes pilotes conçus en Autriche et promus par les socio-démocrates du pays.

M. Orbán a adopté la déclaration du sommet sur l'emploi des jeunes, mais il y a ajouté une note personnelle, affirmant que les jeunes devraient être obligés de travailler pour recevoir une aide sociale.

« Nous n'avons pas l'intention de procéder ainsi », a déclaré M. Faymann. Le premier ministre hongrois faisait apparemment référence au système hongrois qui vise à mettre les Roms au travail. Ce système a été comparé par l'opposition à des camps de travail nazis ou soviétiques.

Mme Merkel a déclaré que les jeunes devraient se voir offrir un stage ou un emploi dès leur sortie de l'école.

« Les premières offrent doivent être proposées aux jeunes dès les premiers mois. En Allemagne, cela fonctionne mieux lorsqu'ils sont intégrés dans une entreprise. Nous allons étoffer cette proposition », a-t-elle ajouté.