David Cameron opposera son veto à une taxe financière

  

Le premier ministre britannique, David Cameron, a déclaré hier (8 janvier) qu'il opposerait son veto à une taxe européenne sur les transactions financière à moins qu'elle ne soit adoptée à l'échelle mondiale. Cette annonce creuse encore un peu plus le fossé entre la Grande-Bretagne et les deux poids lourds de l'Union, la France et l'Allemagne.

M. Cameron a déclaré que la France devrait pouvoir faire cavalier seul et introduire une taxe sur les transactions financières si elle le souhaite.

Paris et Berlin sont favorables à une taxe européenne sur les transactions financières, mais la Grande-Bretagne s'y oppose, de peur que celle-ci ne porte atteinte à la City de Londres, un centre financier d'ampleur mondiale où une grande partie de la taxe en question serait prélevée.

La menace de M. Cameron de s'opposer à cette taxe intervient un mois après le véto britannique contre l'élaboration d'un nouveau traité européen visant à renforcer l'intégration budgétaire au sein de la zone euro pour enrayer la crise de la dette. Cette décision avait provoqué la colère des partenaires européens du pays et certains observateurs pensent que le veto qu'il a opposé risque d'isoler la Grande-Bretagne par rapport aux 26 autres États membres de l'UE.

« Je ne pense pas que l'idée d'instaurer une nouvelle taxe européenne qui ne serait appliquée nulle part ailleurs soit pertinente. Je m'y opposerai donc », a déclaré M. Cameron à la BBC.

« À moins que le reste du monde n'accepte au même moment d'instaurer une quelconque taxe, nous n'irons pas dans cette direction », a-t-il affirmé.

L'introduction de mesures fiscales européennes nécessite l'approbation des 27 États membres.

Le plan B de l'UE 

Vendredi dernier, le président français, Nicolas Sarkozy, s'est déclaré favorable à l'introduction d'une nouvelle taxe sur les transactions financières (aussi connue sous le nom de taxe Tobin) et ce même sans l'approbation des partenaires européens de l'Hexagone. Un haut fonctionnaire français a déclaré dimanche que son pays pourrait présenter un projet de loi au parlement dès février.

« Si les Français veulent introduire une taxe sur les transactions dans leur pays, alors ils devraient être libres de le faire », a commenté M. Cameron.

Selon le premier ministre britannique, l'application de cette taxe en Europe uniquement pourrait porter atteinte à l'emploi et aux recettes fiscales, faire fuir de nombreuses institutions financières et s'avérer négative pour toute l'Europe.

Il a laissé entendre que les autres dirigeants européens devraient prendre exemple sur les taxes britanniques appliquées pour les banques et les transactions boursières.

En septembre, l'exécutif européen a validé un projet de taxe sur les transactions financières qui prévoit de taxer les échanges de titres et d'obligations à un taux de 0,1 % et les contrats sur les produits dérivés à un taux de 0,01 %.

La Commission a affirmé qu'elle pourrait encourager l'introduction de cette taxe pour un nombre limité de pays dans l'éventualité où aucun accord à 27 ne pourrait être conclu. Cette taxe serait alors introduite dans le cadre d'une procédure de « coopération renforcée » qui nécessite l'accord d'au moins neuf pays.

« Le traité européen ne laisse aucunement entendre qu'un mécanisme de ce type devrait être limité aux membres de la zone euro », a affirmé un porte-parole de la Commission, Olivier Bailly. Il a ajouté : « La dimension finale de ce projet est impossible à prévoir pour l'instant ».

Cette taxe fera l'objet de discussions lors de la visite de M. Sarkozy à Berlin aujourd'hui et à l'occasion d'une réunion du Conseil européen à Bruxelles le 30 janvier.

La tentation eurosceptique

M. Cameron voit certainement l'avantage politique d'une approche plus déterminée face à Bruxelles, après que sa décision d'opposer son veto à un nouveau traité européen lui a attiré les faveurs des eurosceptiques à droite de son parti conservateur et lui a fait gagner des points dans les sondages d'opinion.

Sa décision a toutefois entraîné le mécontentement de ses partenaires minoritaires de coalition, les libéraux démocrates.

Pour M. Cameron, l'isolement de la Grande-Bretagne soi-disant provoqué par ce veto n'est qu'un « mythe ». Il a assuré que les membres de la zone euro se réunissaient déjà sans le Royaume-Uni depuis des années. Le premier ministre a ajouté que d'autres États européens pourraient finir par rejeter ce pacte.

La Grande-Bretagne a jeté de l'huile sur le feu en affirmant que les membres du nouveau « pacte budgétaire » ne devraient pas pouvoir prendre de décisions sur des questions relatives au commerce dans le marché unique européen.

« La Grande-Bretagne a tout intérêt à bénéficier d'un marché unique fort, défini au niveau des Vingt-sept », a déclaré M. Cameron.

Il a expliqué que la Grande-Bretagne prendrait volontiers part à des accords qui servent son intérêt, comme le marché unique européen ou l'OTAN, mais s'opposerait à ceux qui ne présentent aucun intérêt pour le pays, comme l'espace Schengen de libre circulation ou l'euro.

« Nous nous en sortons bien mieux sans l'euro, avec notre propre devise et les taux d'intérêt très bas que nous avons à présent », a-t-il commenté.

Le vice-premier ministre britannique et leader des libéraux démocrates, Nick Clegg, devrait organiser une réunion de ses alliés libéraux européens lundi à Londres, afin de réitérer son engagement envers l'UE suite au veto de M. Cameron.

Prochaines étapes: 
  • 11 jan. : lancement officiel de la présidence danoise du Conseil de l'UE.
  • 30 jan. : sommet extraordinaire de l'UE sur l'emploi.
  • 1-2 mars : sommet ordinaire de l'UE. Le groupe des « 17+6 » devrait signer le nouveau traité intergouvernemental pour la mise en œuvre du « pacte fiscal ».
  • 25 mai : réunion ordinaire du Conseil européen.
  • 28-29 juin : réunion ordinaire du Conseil européen.
  • 1er juil. : début de la présidence de Chypre.
  • juil. 2012 : entrée en vigueur du fonds de sauvetage permanent de la zone euro, le mécanisme européen de stabilité (MES).
  • fin 2012 : date butoir pour la fin du processus de ratification du nouveau traité.
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