Evangelos Venizelos tente le tout pour le tout

-A +A

 

Le leader du parti socialiste grec PASOK, Evangelos Venizelos, s'entretiendra aujourd'hui avec le leader de Nouvelle Démocratie, Antonis Samaras, dans le but de former une majorité au parlement et d'éviter la tenue de nouvelles élections qui pourraient mener à la sortie de la Grèce de la zone euro.

La Grèce tente désespérément de former un gouvernement d'unité nationale, alors que l'avenir du pays au sein de la zone euro est en jeu.

M. Venizelos a affirmé qu'il avait progressé après avoir rencontré le dirigeant du parti de la Gauche démocrate qui compte 19 sièges dans le nouveau parlement grec qui s'est fragmenté davantage suite au résultat des élections de dimanche.

Les deux plus grands partis ne sont pas parvenus à s'assurer une majorité parlementaire suffisante pour la formation d'un nouveau gouvernement (voir « Contexte »).

Le PASOK et Nouvelle démocratie (ND), qui soutiennent le renflouement international de la Grèce, disposent de 149 sièges au total, un nombre insuffisant dans un parlement qui en compte 300.

Un troisième parti sera donc nécessaire pour pouvoir former un gouvernement stable. Après s'être entretenu avec M. Venizelos jeudi, le leader de la Gauche démocrate, Fotis Kouvelis, a déclaré qu'il souhaitait rejoindre un gouvernement disposant d'une large assise qui pourrait maintenir le pays dans la zone euro tout en le désengageant « progressivement » des conditions du renflouement de l'UE et du FMI.

« La formation d'une coalition est peu probable, même si M. Kouvelis est d'accord », a expliqué un membre du parti socialiste cité par Reuters. Il a ajouté que son parti était « divisé en deux ».

Selon le quotidien Kathimerini, M. Kouvelis semble penser qu'un gouvernement d'unité nationale avec un programme spécifique pourrait permettre de conserver la Grèce au sein de la zone euro tout en allégeant les restrictions budgétaires du programme de renflouement conclu avec l'Union européenne et le Fonds monétaire international.

« Je propose la formation d'un gouvernement disposant d'une large assise et composé de figures politiques de confiance qui véhiculeront et respecteront le message envoyé par les électeurs », a déclaré M. Kouvelis.

Fragmentation

Les résultats des élections reflètent de profondes divisions au sein de la société grecque, dans la mesure où aucun parti n'est parvenu à récolter plus de 19 % des suffrages. C'est un coup dur aussi pour le programme de renflouement de l'UE qui prévoit de difficiles mesures d'austérité et des réformes structurelles douloureuses en échange de prêts d'urgence et d'une restructuration de la dette du pays. Ces aides s'élèvent en tout à 380 milliards d'euros.

Les électeurs grecs ont sanctionné le PASOK, ND et l'UE pour les déboires économiques du pays, en récession depuis cinq ans avec un taux de chômage historiquement élevé. En signe de protestation, les Grecs ont soutenu des partis marginaux de l'extrême gauche et de l'extrême droite qui ont tous jeté la pierre au programme d'ajustement de l'UE et du FMI.

En conséquence, le PASOK a perdu 30 points de pourcentage depuis le dernier scrutin de 2009. Le parti Nouvelle Démocratie a quant à lui perdu 15 % par rapport à 2009, un scrutin lors duquel il avait déjà enregistré un score très bas. Les deux formations politiques sont accusées de mauvaise gestion économique, de népotisme, d'incompétence et de corruption.

Les défenseurs de Nouvelle démocratie affirment que c'est sous la direction de ces deux partis que la Grèce est entrée sur la liste des 30 pays les plus riches du monde. Avant la crise mondiale, la Grèce faisait partie des 20 nations les plus développées dans le monde, selon l'Indice de développement de l'ONU. Les deux partis sont en outre foncièrement pro-européens.

D'autres partis plus marginaux, dont le parti néonazi Chrissi Avgi, le parti staliniste KKE et la Coalition de la Gauche radicale (Syriza), qui a obtenu la seconde place lors du scrutin, rejettent farouchement le programme d'ajustement de l'UE et du FMI.

Le respect minutieux de ce programme est crucial si la Grèce veut continuer de bénéficier des aides de l'UE et du FMI. Tout écart de comportement pourrait pousser la Grèce vers la sortie de la zone euro.

Ces cinq derniers jours, plusieurs dirigeants européens ont été clairs à ce sujet. Il s'agit notamment d'Angela Merkel, du ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble, du président de la Commission, José Manuel Barroso, et du commissaire aux affaires économiques et monétaires, Olli Rehn.

A Bruxelles, les porte-paroles de la Commission ont martelé que seules des modifications mineures au programme d'ajustement pourraient être acceptées et qu'une renégociation était hors de question.

Les inquiétudes profondes sur le destin de la Grèce ont jeté un froid à Bruxelles dimanche dernier. Les dirigeants seraient divisés sur la marche à suivre. Certains fonctionnaires souhaiteraient accroître la pression pour que les Grecs comprennent ce qui est en jeu. D'autres pensent que cette stratégie pourrait coûter cher, dans la mesure où elle pourrait pousser encore plus d'électeurs à voter contre l'Europe au cas où des élections seraient réorganisées en juin.

Certains diplomates ont déjà commencé à élaborer différents scénarios, car selon eux, les électeurs grecs ont choisi de rejeter le programme de l'UE.

« Le match est terminé », a déclaré un diplomate.

Liens externes: 
Publicité