La France est-elle l'homme malade de l'Europe ?

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Selon l'étude Euro Plus Monitor 2013, la France serait l'homme malade de l'Europe. L'aversion au changement et la sortie de crise des pays les plus endettés y sont pour beaucoup.

A en croire le think tank Lisbon Council, la France est le membre gangrené de l'UE. Dans son étude annuelle EuroMonitor Plus, qui s’avère au total plutôt optimiste sur la zone euro pour un redémarrage général est anticipé pour mi-2014, le groupe de réflexion tombe à bras raccourcis sur l’Hexagone.

Alors que certains économistes s’inquiètent de la situation de l’Italie, dont la dette devrait atteindre 134 % de son PIB en 2014 à 2.000 milliards de dollars, le think tank estime au contraire que la botte italienne est bien  partie pour s’en sortir. Mais pas la France.

« Il ne se passe pas grand-chose  en France » explique à EurActiv Holger Schmieding, l’auteur de l’étude, économiste en chef à la banque Berenberg.  «Vous avez un taux de chômage qui est excessif, et l’augmentation des impôts n’est vraiment pas une bonne solution pour sortir de la torpeur dans laquelle la France s’est installée » estime-t-il.

Retraites et marché du travail en ligne de mire

Comme le FMI avant lui, et comme certaines voix à la Commission, l’économiste estime qu’il faudrait s’attaquer aux réformes du marché du travail, et aussi plus sérieusement à la question des retraites.

« Le coût du travail en France est supérieur à la moyenne européenne, c’est un fait ; or les autres pays qui sont passés par là se sont adaptés, comme le Portugal. En France, c'est impossible, le moindre projet de réforme se termine par une manifestation».

Le situation politique alimente aussi l'absence de réforme, alors que le Front national est donné gagnant aux élections européennes, une situation inquiétante pour l'observateur.

Plus grave, le commissaire européen aux affaires économiques, Olli Rehn, qui a participé à la présentation de l’étude, ne l’a pas contesté.

Il a même enfoncé le clou. « La France a eu tendance à augmenter les impôts dernièrement plutôt que de s’orienter vers des réformes structurelles, ce qui n’est vraiment pas bon pour la croissance » a martelé le commissaire le 3 décembre à Bruxelles.

Des réformes politiquement impossibles

En 2011, la même étude indiquait qu’il était temps de tirer la sonnette d’alarme pour la France.

Il faut dire que la matrice de l'étude Euro Plus Monitor est très différente des indicateurs économiques classiques observés par les analystes et autres agences de notation. C’est plus la tendance à réformer, ou à ne pas réformer, qui est ici sur le grill.

Euro Plus Monitor classe ainsi les pays en fonction de leur « santé globale », qui permet à la France d'être à la 16 ième place en Europe, soit derrière l'Espagne, mais devant la Grèce, l'Italie et le Portugal.

Mais « si les tendances actuelles se confirment, la France sera en bas de l'échelle d'ici 3 ans », prévient le rapport.

C'est surtout en terme d'ajustement structurel, qui mesure l'évolution de l'économie, que la France recule, notamment parce qu'aucune pression majeure ne s'exerce sur le pays : il n’y a pas de troïka pour imposer des réformes, et pas de raisons qu'il y en ait puisque le déficit ne représente que 4 % du PIB, ce qui reste gérable.

Métaphore avec l'Allemagne des années 2000

« La France d'aujourd'hui, c'est un peu l'Allemagne des années 2000 » conclut Holger Schmieding. L'Allemagne n'est pas vraiment rentrée en crise, mais elle a connu une période sans création d'emplois et avec très peu de croissance, jusqu'à ce que Gehrard Schröder mette en place des réformes plus musclées durant la seconde partie de son mandat ».

C'est d'ailleurs ce que l'économiste souhaite au président Hollande : d'être le Gerhard Schroder allemand, qui était parvenu à partir de 2003 à changer de cap en accélérant les réformes.

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