Le vote anti-austérité des Grecs plonge le pays dans l'instabilité

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Hier (6 mai), les Grecs se sont prononcés contre l'austérité, faisant fi du risque d'une sortie de la zone euro de leur pays. Ils ont puni les partis dirigeants qui ne sont pas parvenus à récolter suffisamment de votes pour former une coalition. Selon les experts, la fragmentation des résultats pourrait entraîner une grande instabilité et la tenue de nouvelles élections en juin.

Avec 95 % des votes comptabilisés, le parti conservateur Nouvelle démocratie et le parti socialiste PASOK, qui dirigent la Grèce depuis des décennies et sont les deux seuls partis qui soutiennent le programme de renflouement de l'UE et du FMI qui permet de garder la Grèce à flot, ont remporté moins de 33 % des voix et seulement 150 des 300 sièges au parlement. Conformément au système électoral grec, le parti qui obtient le meilleur résultat bénéficie d'un « bonus » de 50 sièges.

Nouvelle démocratie a tout juste dépassé les 19 % et le PASOK a enregistré le score humiliant de 13,4 %. La Coalition de la Gauche radicale, ou Syriza (anti-austérité), est arrivée à la deuxième place avec 16,6 %.

Lors des élections de 2009, le PASOK avait remporté une victoire écrasante avec 44 % des voix, contre 5 % pour Syriza.

Le parti arrivé en quatrième position devrait être celui des Grecs indépendants avec 10-12 %. Il s'agit d'un nouveau parti de droite créé par le dissident de Nouvelle démocratie Panos Kammenos. Le parti communiste KKE a quant à lui remporté 7,5 à 9,5 % des suffrages.

Des néo-fascistes au parlement

Les Grecs ne décolèrent pas et leur mécontentement s'est traduit par l'entrée au parlement du parti néonazi de l'Aube dorée avec près de 7 % des voix. Ce parti pourrait donc disposer de 21 députés, une première depuis la chute de la dictature militaire en 1974.

La Gauche démocrate, un nouveau parti europhile, a été créditée de 4,5 à 6,5 % des suffrages. Les Verts écologistes et l'Alerte populaire orthodoxe (LAOS) auraient quant à eux dépassé la barre des 3 % nécessaire pour disposer de sièges au parlement. Au total, neuf partis devraient entrer au parlement, contre cinq à l'issue des élections précédentes.

Conformément à la constitution grecque, le président, Karolos Papoulias, accordera trois jours au plus grand parti pour former un gouvernement. S'il échoue, le deuxième parti ayant remporté le plus de voix devra assumer cette tâche, et ainsi de suite. Si tous les partis échouent, il sera décidé trois semaines plus tard d'organiser un nouveau scrutin.

La coalition qui sera formée ne devrait pas survivre bien longtemps. Les résultats du vote risquent bien de plonger le pays dans une nouvelle incertitude politique et de raviver la crise de la dette en Europe.

A l'annonce des premiers résultats, le dirigeant de Nouvelle démocratie, Antonis Samaras, a appelé à la formation d'un gouvernement d'unité nationale pro-européen qui empêcherait la sortie de la Grèce de la zone euro. Le leader du PASOK, Evangelos Venizelos, souhaite lui aussi la mise en place d'un gouvernement d'unité. Il a affirmé que son pays avait payé le prix de la gestion de la crise de la dette souveraine.

Les petits partis qui ont progressé grâce à ces élections sont contre le renflouement, mais ils demeurent trop divisés pour former une coalition.

M. Samaras devrait être invité à former un gouvernement dès aujourd'hui (7 mai).

Réduction des dépenses contre aide de l'UE et du FMI

La Grèce sera confrontée à une nouvelle épreuve dès le mois prochain lorsqu'elle devra approuver plus de 11 milliards d'euros de réductions supplémentaires des dépenses en 2013 et 2014 pour bénéficier de l'aide de l'UE et du FMI.

La tâche ne sera pas aisée étant donné le succès des partis anti-renflouement, même si un nouveau gouvernement est formé d'ici là. Plusieurs experts ont affirmé que la fragmentation sans précédent des résultats du vote pourrait entraîner des semaines d'instabilité et mener à la tenue de nouvelles élections.

Les prêteurs internationaux et les investisseurs craignent quant à eux que le succès des petits partis anti-renflouement ne pousse la Grèce à se rétracter sur les conditions du programme, ce qui pourrait entraîner un défaut de paiement et replonger la zone euro dans la pire crise qu'elle ait vécu depuis sa création.

L'Allemagne a affirmé qu'un vote anti-renflouement aurait des conséquences. L'UE et le FMI ont eux aussi été clairs : ceux qui remporteront les élections devront respecter les mesures d'austérité s'ils souhaitent bénéficier des aides permettant de maintenir la Grèce à flot.

Nombreux sont les électeurs qui ont minimisé cette menace.

« Je ne pense pas que voter pour un petit parti nous entraînera vers la faillite. Nous y sommes déjà », a déclaré M. Panagiotis, un artisan, après avoir voté pour les Grecs indépendants, un parti conservateur.

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