OCDE : la crise de la zone euro menace la relance de l'économie mondiale

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L'OCDE a demandé aujourd'hui (22 mai) aux leaders européens de ralentir le rythme des mesures d'austérité. Selon l'organisation, les réductions budgétaires agressives pour réduire les dettes dans la zone euro menacent d'entraîner l'union monétaire dans une spirale descendante qui pourrait avoir des retombées sur l'économie mondiale.

Les politiques d'austérité promues par l'Allemagne dominaient jusqu'à présent l'approche de l'Union européenne pour enrayer la crise de la dette souveraine et regagner la confiance des investisseurs. Les efforts consentis pour réduire les déficits ont toutefois mené l'économie de la zone euro vers la stagnation, ce qui empêche les Etats d'atteindre les objectifs de l'UE.

« Dans la zone euro, les ajustements s’opèrent sur fond de croissance lente, sinon négative, et de désendettement, d’où le risque de voir se mettre en place un cercle vicieux associant une dette souveraine déjà élevée et appelée à s’alourdir encore, des systèmes bancaires affaiblis, un assainissement budgétaire excessif et un ralentissement de la croissance », a expliqué Pier Carlo Padoan, l'économiste en chef de l'Organisation de coopération et de développement économiques.

L'atteinte portée à la croissance au sein de la zone euro est claire pour ce groupe de réflexion parisien qui prévoit que l'économie de la région se contracte de 0,1 % cette année et ne reprenne que 0,9 % en 2013, moins que la moitié de la croissance prévue aux Etats-Unis l'an prochain.

Le chômage devrait atteindre le nouveau record de 11,1 % de la population active, selon l'OCDE.

« Pour l'Espagne et les autres pays, si l'activité économique subit des chocs imprévus, l'ajustement budgétaire nécessaire devra être appliqué de manière très progressive », a déclaré M. Padoan à Reuters lors d'un entretien en amont de la publication du rapport officiel.

L'Espagne, la France et les Pays-Bas manqueront la date butoir de 2013 pour faire passer leur déficit sous la barre des 3 % du PIB, à moins qu'ils ne prennent des mesures. S'ils ne respectent pas ce seuil des 3 %, l'UE pourrait leur imposer des sanctions.

L'économie espagnole, déjà en récession, devrait néanmoins se contracter encore davantage cette année. Madrid tente en effet de réduire son déficit, ce qui alimente les craintes quant à la capacité du pays à gérer ses finances sans bénéficier d'une aide d'urgence.

Selon les calculs de l'OCDE, les efforts pour réduire les déficits en pleine récession sont trompeurs, car environ un tiers des réductions programmées sont compensées par la contraction de l'économie.

Le premier ministre italien, Mario Monti, s'est allié au nouveau président français, François Hollande, pour tenter de mettre l'accent sur la croissance en Europe, tout en luttant pour réduire la dette. M. Hollande souhaite adopter des mesures visant à relancer l'économie lors du sommet européen de demain (23 mai).

Il rencontrera le premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, à Paris, quelques heures avant la réunion à Bruxelles et les deux hommes devraient envisager différentes options pour stimuler la croissance et la création d'emplois.

L'OCDE soutient le type de mesures proposées par MM. Hollande, Monti et Rajoy.

Obligations

Ces mesures comprennent l'émission commune d'obligations par tous les pays de la zone euro pour recapitaliser les banques, l'augmentation des ressources de la Banque européenne d'investissement pour financer des projets d'infrastructure et la réallocation des fonds de développement de l'UE pour créer de l'emploi.

« Compte tenu de la croissance probablement lente qu'enregistrera la demande privée pendant la période prolongée d'ajustement nécessaire pour remédier aux déséquilibres, des mesures prises au niveau européen pour stimuler l'expansion économique dans l'ensemble de la zone pourraient contribuer à accélérer le processus et créer un environnement plus propice à la mise en oeuvre de réformes structurelles », peut-on lire dans le rapport.

Des mesures à l'échelle de l'UE renforceraient l'activité économique [...] en rétablissant la confiance et en facilitant des efforts équilibrés au sein de la zone euro, a ajouté l'OCDE.

Réactions: 

 

Le président de BusinessEurope, Jürgen Thumann, a écrit dans une lettre adressée aux dirigeants européens : « L'Union européenne, surtout la zone euro, est à la croisée des chemins. Le Conseil européen doit de toute urgence prouver aux entreprises, aux investisseurs et aux citoyens du continent et d'ailleurs qu'il dispose d'un plan cohérent et crédible pour résoudre la crise actuelle et remettre l'Europe sur le chemin d'une croissance durable à long terme. »

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