Spécialités grecques pour le dîner au sommet

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Bien que le sommet européen de ce soir concerne la croissance et non la Grèce, le destin du membre de la zone euro le plus en difficulté sera à n'en pas douter au menu du dîner des dirigeants de l'Union.

L'avenir de la Grèce au sein de la zone euro est plus incertain que jamais, suite aux élections peu concluantes du 6 mai dernier (voir « Contexte ») et à l'échec des partis pro-renflouement dans la formation d'un gouvernement de coalition.

Pour couronner le tout, les sondages d'opinion en Grèce annoncent une victoire écrasante pour la Coalition de la Gauche radicale (Syriza) lors du prochain scrutin prévu pour le 17 juin.

Syriza a clairement annoncé ne pas avoir l'intention de mettre en oeuvre le protocole d'accord entre la Grèce et ses bailleurs internationaux. Le leader de la coalition, Alexis Tsipras, a assuré que si la zone euro n'acceptait pas une renégociation des mesures d'austérité, il organiserait un référendum pour demander aux citoyens s'ils souhaiteraient abandonner la monnaie européenne.

Pour les fonctionnaires européens et les autres gouvernements de l'Union, l'application de ce protocole d'accord est une condition sine qua non pour le financement de l'économie grecque. Si le pays ne bénéficiait plus des fonds émanant du renflouement, les banques grecques s'effondreraient et, dans la mesure où une économie ne peut survivre sans liquidités ou crédits, Athènes devrait adopter une nouvelle monnaie.

Des sources gouvernementales à Athènes ont expliqué que le pays disposerait de suffisamment de liquidités jusqu'à la fin du mois de juin, mais que les banques grecques dépendaient effectivement du soutien de la Banque centrale européenne.

« Nous sommes prêts à rester aux côtés de la Grèce lors de ses réformes. Nous voulons soutenir la Grèce. Ceci dit, la Grèce doit toujours vouloir mener ces réformes », a déclaré Olli Rehn, vice-président de la Commission européenne, lors d'un discours prononcé hier (22 mai) au Parlement européen. Ses propos ont fait écho à l'ultimatum posé à Athènes par la zone euro.

Des sources diplomatiques ont expliqué sous le couvert de l'anonymat que des « préparatifs techniques et juridiques » avaient déjà été lancés et que l'UE se préparait donc à la possibilité que les Grecs élisent un gouvernement anti-renflouement.

Karel De Gucht, le commissaire européen au commerce, a confirmé lors d'un entretien publié le 18 mai que ces préparatifs avaient bel et bien commencé. Selon un rapport de la Press Association, Christine Lagarde, la directrice du Fonds monétaire international, aurait elle aussi affirmé que si la Grèce ne respectait pas le programme d'ajustement, « le FMI devrait envisager toutes les options techniques et toutes les alternatives possibles ».

Aucune décision ne devrait toutefois être prise sur la Grèce lors du sommet de ce soir, étant donné que l'UE souhaite attendre les résultats des prochaines élections. Des sources à la présidence danoise ont indiqué que le communiqué de la fin de sommet pourrait inclure des références à la Grèce, mais elles n'ont pas souhaité entrer davantage dans les détails.

Lors de ce dîner, la Grèce sera représentée par Panagiotis Pikrammenos, le président du Conseil d'Etat qui occupe à présent le poste de premier ministre intérimaire. Bien que M. Pikrammenos n'ait pas été élu, tous les partis grecs, y compris les formations pro-européennes, s'accordent sur la nécessité d'adoucir les mesures d'austérité, en raison de la grave récession que traverse le pays.

M. Pikrammenos devrait véhiculer ce message auprès de ses homologues, mais il ne pourra prendre aucun engagement à moyen ou long terme, dans la mesure où son mandat prendra fin dans quelques semaines.

Réactions: 

 

Lors de la première interview accordée depuis qu'il a quitté ses fonctions la semaine dernière, l'ancien premier ministre grec, Lucas Papademos, a affirmé hier que l'abandon de la monnaie européenne aurait des conséquences économiques catastrophiques pour la Grèce et des retombées profondes et considérables pour le reste de la zone euro. C'est la raison pour laquelle certains pays européens et les institutions se préparent à toute éventualité, a-t-il expliqué au Dow Jones.

 

« Même si un tel scénario est peu probable et s'il ne s'agit pas de la bonne solution pour la Grèce ou les autres Etats, des préparatifs sont sans doute en cours pour gérer les conséquences potentielles d'une sortie de la Grèce de la zone euro », a déclaré M. Papademos.

 

Selon la presse grecque, la population ne pense pas que l'UE puisse éjecter le pays de la sorte. D'après Reuters, le grand paradoxe grec serait que les sondages d'opinion montrent que plus de 75 % des Grecs souhaitent rester dans la zone euro, mais que deux tiers de la population s'opposent au renflouement international, un sauvetage qui a été accompagné de sévères réductions des retraites, des salaires et qui a frappé le marché de l'emploi.

 

Alexis Tsipras, le dirigeant de Syriza, le parti d'extrême gauche annoncé vainqueur par les sondages lors du scrutin du 17 juin, a déclaré à Berlin hier que son parti n'avait pas l'intention de sortir la Grèce de la zone euro et qu'il serait prêt à négocier avec la zone euro s'il arrivait au gouvernement après le 17 juin prochain.

 

« Notre proposition est synonyme de salut », a-t-il déclaré, cité par Kathimerini. M. Tsipras a ajouté qu'il était prêt à « discuter au niveau européen d'éventuelles solutions européennes aux problèmes de la dette ».

 

« Nous présenterons des positions et des propositions, nous écouterons aussi », a déclaré le leader de Syriza, martelant qu'il souhaitait conserver l'euro en Grèce. « La destruction de la zone euro n'est pas un phénomène naturel, mais le résultat de choix politiques », a-t-il ajouté. « Nous ne devons pas courir à la catastrophe par entêtement ou à cause d'erreurs commises. »

Prochaines étapes: 

 

  • 17 juin 2012 : élections en Grèce, considérées par beaucoup comme un référendum pour ou contre l'euro.
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