Trading haute fréquence : le Parlement serre la vis

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Il devrait être interdit aux banques de donner aux courtiers extérieurs un accès direct aux marchés dans le but de lutter contre le trading haute fréquence automatisé, peut-on lire dans un rapport publié par le Parlement hier (26 mars).

Ce rapport constitue la première réponse du Parlement à un projet de loi visant à contrôler les pratiques de trading informatisé ou algorithmique, ainsi que les autres nouvelles technologies qui compliquent la tâche des personnes chargées de superviser les marchés.

La Commission européenne a proposé cette loi, MiFID II, l'année dernière et il revient à présent au Parlement et aux Etats membres de l'approuver ou de l'amender.

Markus Ferber, l'eurodéputé allemand de centre-droit qui est le rapporteur sur cette mesure au Parlement, a déclaré dans son rapport qu'il était nécessaire de mettre en place des mesures plus strictes que celles énoncées dans le projet de loi dans le domaine du trading haute fréquence.

Le trading haute fréquence disposerait d'un avantage injuste par rapport aux autres investisseurs, selon certains législateurs. Le trading informatisé a également joué un rôle dans le « Flash Crash » de 2010 lorsque l'indice Dow Jones a perdu plusieurs centaines de points en quelques minutes pour les recouvrer quelques dizaines de minutes plus tard.

Les traders haute fréquence ont souvent recours à des systèmes bancaires et de courtage pour accéder directement aux marchés et ils utilisent des tactiques comme l'introduction de nombreux ordres rapidement annulés, une technique appelée « quote stuffing ».

« Votre rapporteur suggère une approche plus différentiée et propose des définitions du trading haute fréquence et une stratégie à ce propos pour identifier un sous-ensemble particulier de trading algorithmique, ainsi qu'une interdiction de l'accès électronique direct », a écrit M. Ferber dans son rapport.

Il a défini le trading haute fréquence comme des transactions à une vitesse où la « latence physique » (ou la vitesse du traitement d'un ordre) du système d'envoi des ordres devient le « facteur déterminant ».

La stratégie de trading haute fréquence inclurait quatre éléments ou plus, comme un trader dont les serveurs sont proches de ceux de la bourse, une rotation du portefeuille d'au moins 50 %, un ratio du nombre d'ordres sur celui des transactions supérieur à 4/1, l'envoi de la plupart des ordres le même jour, ou encore un minimum d'un cinquième des ordres annulés.

Les ordres devraient également rester sur le marché pendant au moins 500 millisecondes avant de pouvoir être annulés et les bourses devraient imposer des frais plus importants aux traders qui annuleraient une grande quantité d'ordres, peut-on encore lire dans ce rapport.

Le trading haute fréquence a accru le volume de nombreux échanges et la Fédération des bourses européennes a mis en garde les législateurs contre la mise en place de mesures aussi radicales.

« Nous devons d'abord y réfléchir. Je ne pense pas que M. Ferber souhaite porter atteinte au marché, je pense qu'il veut rester prudent », a déclaré à la presse la secrétaire générale de la FBE, Judith Hardt.

D'autres représentants des bourses ont affirmé que l'interdiction de l'accès direct au marché et l'instauration de périodes minimums pour les ordres porteraient atteinte au volume de liquidités et pousseraient les acteurs du marché à risquer leur capital alors qu'ils ne le souhaitent pas.

Toutes les plateformes de transactions devraient également mettre en place des « coupe-circuit » pour réduire ou ralentir les transactions qui deviennent désordonnées suite au Flash Crash de 2010.

L'OTF limité aux produits optionnels

Le nouveau système organisé de négociation (OTF) pour les contrats de transaction actuellement géré par les banques devrait se limiter aux produits optionnels et donc principalement aux produits dérivés et aux matières premières.

Dans le cadre de cette nouvelle mesure, les titres actuellement négociés en dehors des bourses devraient être transférés dans des bourses ou des plateformes similaires qui seront sans doute plus réglementées que celles de l'OTF, une initiative saluée par les bourses elles-mêmes.

« Je pense que M. Ferber avance dans la bonne direction. Les actions sont bien trop fragmentées et les OTF auraient intensifié cette fragmentation », a expliqué Mme Hardt.

Les bourses ont cependant été déçues que M. Ferber souhaite renforcer les contrôles sur les positions que peuvent détenir les négociants en matières premières. Cette mesure, selon les décideurs politiques, pourrait affaiblir la spéculation qui a fait grimper les prix du pétrole et des denrées alimentaires ces dernières années.

Toutes les plateformes d'instruments dérivés sur matières premières devraient voir leur position limitée, a affirmé M. Ferber. D'autres contrôles, comme les systèmes de gestion des risques seraient « un plus » et non pas une alternative comme le prévoyait le projet de loi. Le rapport de M. Ferber se rapproche des limitations de position américaines pour de nombreuses matières premières.

Il a également proposé d'interdire qu'une personne puisse être nommée à plus d'un poste de directeur exécutif ou non exécutif dans différentes plateformes de négociation au même moment.

M. Ferber a par ailleurs rejeté la proposition portant sur l'interdiction pour les conseillers en investissement d'accepter des commissions sur les ventes de produits financiers. Le Royaume-Uni prévoit quant à lui d'imposer ce type d'interdictions dès 2013.

D'autres membres du Parlement devraient remettre en cause les propositions de M. Ferber, tout comme certains Etats membres, la Grande-Bretagne en tête. L'objectif est d'approuver le texte final d'ici la fin de l'année ou début 2013.

Réactions: 

Marc Olivier Herman, conseiller sur les politiques européennes chez Oxfam, a déclaré :

 

« Alors que la bataille sur le marché des produits dérivés de matières premières commence cette semaine, les Etats membres doivent suivre M. Ferber dans le but d'empêcher que la spéculation excessive ne renforce la volatilité des prix alimentaires. L'Europe ne doit pas céder aux tentatives du Royaume-Uni de remplacer les limitations de positions par une gestion des positions, dans la mesure où cela reviendrait à laisser les marchés se réglementer eux-mêmes. »

 

« L'Europe doit utiliser la révision de la réglementation financière européenne pour mettre un terme à la spéculation excessive qui stimule la volatilité des prix alimentaires et a un impact désastreux sur les populations pauvres. Pour de nombreuses personnes, les prix sont une question de vie ou de mort. »

 

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