Un rapport sénatorial relance le débat sur les services publics, dont le financement est prisonnier des règles sibyllines de l’UE et de la France.

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Documents officiels
Sénat
Rapport sur l'influence du droit communautaire sur le financement des services sociauxAssociation française du conseil des communes et régions d'Europe
Actes du colloque sur l'Europe et les services publics locaux
Suivi législatif
Légifrance
Circulaire de janvier 2010 sur les services publicsComité européen de liaison sur les services d'intérêt général
Lettre d'information de juillet 2011
Positions
Comité des régions
Avis sur la révision des aides d'Etat aux SIEGEurope Ecologie
Note sur les services publics en Europe
Tant que la situation ne sera pas clarifiée, les rapports sur les services sociaux et l’UE s’empileront. Après le Parlement européen, c’est au tour du Sénat de rendre ses conclusions, mises en ligne le 1er août. Le diagnostic est connu : confusion sur les procédures à suivre pour attribuer des aides publiques, collectivités locales perdues dans le millefeuille juridique du paquet Monti-Kroes et de la directive services, télescopage du droit de la concurrence et des services sociaux…
Certaines des propositions formulées par les auteurs du rapport ne sont pas neuves. En-deçà de 200 000 euros sur trois ans, il est facile d’attribuer une aide publique à toute association ou organisme en contrepartie d’un service social. Au-delà, un autre régime s’applique, bien plus contraignant. Le rapport de la Chambre haute préconise donc un relèvement du seuil. Lors du troisième forum sur les services sociaux d’intérêt général, le Commissaire européen Michel Barnier avait proposé de le porter à 600 000 euros sur trois ans. La révision du paquet Monti Kroes, attendue en septembre, dévoilera le chiffre retenu.
Erreur politique
Mais la méthode fait débat. « Ce que je reproche au commissaire Almunia, c’est de vouloir faire modifier le texte par la Commission seule, sans passer par la codécision, qui permettrait d’associer le Conseil au Parlement. Juridiquement, c’est possible, mais politiquement, c’est une erreur », commente Pierre Bauby, conseiller au Centre européen des entreprises à participation publique.
En attendant la révision des seuils, les collectivités locales continueront de mal interpréter le droit communautaire. Celles-ci se croient souvent obligées de passer par un appel d’offre pour respecter les obligations de transparence prévues par les règles européennes. Or, lorsqu’un prestataire à vocation sociale (aide aux devoirs, portage de repas auprès de personnes âgées, réinsertion professionnelle…) propose ses services à une commune, celle-ci n’est pas obligée de mettre en concurrence les structures locales avant d'attribuer l'aide financière.
Elle peut recourir à une forme de « mandatement » qui permet d’octroyer directement une subvention à un porteur de projet, à condition de décliner précisément par écrit les missions qui vont être accomplies par le prestataire et le mode de calcul de l’aide prévue. Un critère très strict, car tout surplus de subvention est jugé illégal par la Commission européenne.
Puzzle
Dans les faits, l’acte de mandat impose un cadre figé à des services sociaux qui, par essence, se doivent d’être flexibles pour s’adapter aux populations concernées. « Prenez le cas d’une infirmière qui dispense des soins aux personnes âgées, vous ne pouvez pas déterminer si le service pour chaque personne va durer une heure ou dix minutes. Proposer un service social, ce n’est pas vendre du gaz ou de l’électricité », illustre Pierre Bauby.
La plupart du temps, les collectivités locales redoutent de ne pas rédiger l’acte de mandat correctement et évitent donc d’y recourir. En janvier 2010, l’Etat a donc mis au point un « contrat d’objectifs », dont le modèle-type a été adossé à une circulaire.
Mais les auteurs du rapport du Sénat constatent que les collectivités territoriales "ne se le sont pas approprié et continuent de recourir abusivement à la commande publique pour financer les activités des associations." Pour enrayer ce travers, les élus proposent de développer la formation des "fonctionnaires territoriaux au droit européen et à la réglementation des subventions."
Le manque de lisibilité du régime applicable aux services publics est double. Au niveau national, la transposition de la directive services a été intégrée morceau par morceau dans différents textes, si bien que le puzzle est aujourd’hui difficile à reconstituer. Alors que l’UE ne le demandait pas, la France a décidé d’ouvrir les crèches ou l’aide à domicile à la concurrence européenne déclinée dans la directive services. Elle ne l’a en revanche pas fait pour les laboratoires d’analyses médicales.
La poule et l'oeuf
Au plan européen, la situation n’est guère plus simple : le brouillard entourant les « services d’intérêt économique général » et les difficultés que pose le mandatement (dont la définition diffère en fonction des textes) ont poussé les sénateurs à réclamer une directive-cadre pour enfin mettre un terme à ce cauchemar juridique.
L’idée n’est pas nouvelle, mais elle ne parvient pas à se frayer un chemin, ni au Parlement, ni à la Commission. Il serait de toute façon naïf de croire que le problème des SSIG se résoudra d'un coup de baguette magique. Les services sociaux recouvrent un champ si vaste qu’il est « impossible d’y appliquer les même règles, sauf à produire un texte qui se contente de généralités, estime Pierre Bauby, tout en reconnaissant le besoin évident de clarifier les règles ».
Dans le cas contraire, les élus peuvent s'attendre à vivre des expériences traumatisantes. En juin dernier, le Limousin a été condamné par la Cour administrative d'appel de Bordeaux qui lui reprochait d’avoir attribué des aides illégalement à des organismes publics de formation (Greta, Afpa etc). Ces derniers avaient pourtant formulé une demande de subvention auprès de la région, mais le tribunal a estimé que le Limousin était l’instigateur du projet et aurait donc dû recourir à un appel d'offre. Une histoire de poule et d’œuf, où les élus locaux n’auraient pas été inquiétés s’ils avaient opté pour la mise en concurrence…
CALENDRIER:
Septembre : révision du paquet Monti-Kroes
Fin 2011 : communication sur les entreprises sociales
Fin 2012 : adoption par le Parlement et le Conseil des mesures liées au single market act.




Réactions
Stine Lærke Larsen (non vérifié), le 26/08/2011
Pour compléter vos informations: le 1er juillet le Comité des Régions a pour sa part pris position sur le paquet Monti-Kroes 2 à travers un avis présenté par Karl-Heinz Lambertz, Ministre-Président de la Communauté Germanophone de la Belgique. Sur le seuil du règlement de minimis, le Comité des Régions propose que le seuil soit relevé spécifiquement pour les compensations de service public à hauteur de 800 000 euros par an de façon à exclure du champ du contrôle des aides d’État l’ensemble des services publics de proximité reposant notamment sur le tissu associatif local et sur des micro entreprises sociales de quartier en matière notamment de développement social local, tels que l’inclusion sociale, la lutte contre l’exclusion, l’animation locale, le développement d’activités culturelles, sportives ou socio-éducatives. Pour plus d'informations, veuillez visiter: http://coropinions.cor.europa.eu/CORopinionDocument.aspx?identifier=cdr\ecos-v\dossiers\ecos-v-016\cdr150-2011_fin_ac.doc&language=FR
je souligne également les paragraphes 43, 44, 51 et 55 de l'avis.
Stine Lærke Larsen,
PES Group in the Committee of the Regions
www.pes.cor.europa.eu
Manuel Paolillo (non vérifié), le 26/08/2011
La thématique n'est évidemment pas neuve et continuera à faire parler d'elle. Durant la Présidence belge du Conseil de l'UE en 2010, la Belgique a tenté d'apporter des remèdes à certains problèmes au niveau du Conseil, avec un accueil plutôt frais.
http://socialsecurity.fgov.be/eu/fr/agenda/26-27_10_10.asp
Le 3ème forum SSIG a aussi été organisé durant la Présidence belge et est allé dans le détail avec des pistes de solutions concrètes (3 rapports spécifiques sur les aides d'état, les marchés publics, et le marché intérieur).
Les travaux au niveau des Etats membres reprennent au sein du Comité européen de protection sociale, avec sous-groupe informel réactivé à la demande du Conseil et axé sur l'application des règles de droit de l'UE aux services sociaux. Il faut bien constater que les termes et définitions ne sont pas suffisamment implémentés, voir compris dans les réalités nationales à commencer par le mot SSIG qui sont pour faire bref des services (et des systèmes) de l'Etat providence.
Un groupe Linkedin existe et est animé par mes soins sur le sujet : http://be.linkedin.com/groups/SSGIs-friends-EU-network-discussions-3889122
Pour une touche humoristique et pédagogique, voyez :
www.socialsecurity.fgov.be/eu/docs/.../26-27_10_10_strange_birds_fr.pdf
Laurent Ghekiere (non vérifié), le 26/08/2011
Le dossier des SSIG ouvert depuis 2003 illustre une crise de croissance du droit communautaire de la concurrence et du contrôle des aides d'Etat. L'extension mécanique de son application aux services sociaux n'est pas possible matériellement, tant pour les services de la Commission que pour les Etats-membres. Il est temps de sortir de la logique de l'application aux SSIG du droit applicable aux SIEG de réseau par l'établissement d'un cadre juridique adapté aux spécificités des SSIG, notamment à leur ancrage local, à l'absence d'affectation des échanges intracommunautaires et au rôle de l'économie sociale.
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