La Commission appelle à investir dans le social, sans dépenser plus

-A +A

Le risque de pauvreté augmente dans 18 Etats, dont la France. Alors que les déficits se résorbent en Europe, de nombreux pays s'éloignent des objectifs de lutte contre l'exclusion fixés par l'UE pour 2020.

C’est une équation compliquée que Bruxelles demande aux Etats. Vigie des finances publiques, prête à dégainer l’arme des sanctions financières en cas de dérapage, la Commission enjoint les gouvernements à ne pas mettre en pièce l’Etat providence.

« Il est fondamental d’investir dans le domaine social si nous voulons sortir de la crise plus forts, plus solidaires et plus compétitifs. Si les États membres n’investissent pas aujourd’hui, l’addition financière et sociale sera bien plus salée demain », prévient Laszlo Andor, le commissaire en charge de l’Emploi, architecte d'un ensemble de 8 textes présentés le 20 février.

Evaluer les résultats des systèmes de protection sociale

La pression budgétaire exercée sur les Etats, principaux contributeurs du budget de l’UE, se répercute inévitablement dans le tiroir-caisse de Bruxelles, qui n’est pas en mesure d’accompagner réellement le saut demandé aux capitales. D’ici 2020, 20 millions d’Européens sont censés sortir de la pauvreté, 75% des 20-64 ans devraient exercer un emploi, pendant que le décrochage scolaire passerait sous la barre des 10%.

Des objectifs que la Commission intègre dans le radar de nouvelles procédures initialement mises en place dans une optique de surveillance budgétaire. « La Commission suivra de près, dans le contexte du semestre européen, les résultats atteints par les systèmes de protection sociale de chaque État membre et formulera, s’il y a lieu, des recommandations spécifiques par pays. »

Ces documents sont rendus publics chaque année depuis deux ans, en mai ou juin. Et la perspective actuelle donne matière à réflexion : alors que les déficits ont tendance à se résorber dans l’Union (6,3% du PIB en 2009 contre un peu plus de 4% en 2011), certains Etats prennent le chemin inverse de la stratégie fixée à l’horizon 2020.

Dans 18 pays, le nombre de personnes confrontées au risque de pauvreté progresse, parfois de manière notable, comme en Italie et en Espagne (+2 millions de personnes entre 2008 et 2011) ou en Irlande (+3 millions). En France, la tendance est à la hausse contenue, avec 645 000 personnes de plus guettées par l’exclusion sociale. La situation s’est améliorée seulement dans 5 pays, dont l’Allemagne.

7,5 millions de jeunes "ni-ni"

Dans son bréviaire des politiques sociales, la Commission rappelle la situation alarmante des « ni-ni », sobriquet désignant les jeunes qui ne sont ni sur le marché du travail, ni en formation. Ils représentent un groupe de 7,5 millions d’individus, soit près de 13% des jeunes Européens. Conséquence, ces derniers « sont relativement plus concernés par le risque de pauvreté que les personnes âgées ».

La crise de l’emploi frappe parfois des familles entières : entre 2008 et 2011, le nombre de foyers uniquement composés de chômeurs a grimpé de plus de 4 points en Grèce, Irlande, Espagne et Bulgarie. Exposant de fait un nombre grandissant d’enfants à la précarité. Le phénomène de la pauvreté juvénile semble préoccuper Bruxelles de plus en plus, consciente du « cercle vicieux de l’inégalité ».

Mais, là encore, le peu d’outils contrarie l’ambition politique. La Commission recommande aux Etats «d’utiliser pleinement » ce qui est déjà sur la table : le Fonds européen aux plus démunis, pour répondre aux besoins alimentaires et matériels des enfants et le programme soutenant la consommation de fruits et de lait dans les écoles.

Faites ce que je dis...

Le constat sociologique dressé a cependant des chances de ne pas passer la barrière du statu quo. «Nous voudrions que la Commission européenne applique ce qu’elle prêche, en particulier dans son travail avec la Troïka (BCE et FMI) », réagit Hannes Swoboda, chef de file des sociaux-démocrates au Parlement européen.

La tentative de rééquilibrage idéologique de la Commission a ses limites et l’institution se garde d’en appeler à une augmentation des financements nationaux pour colmater les effets de la crise : « De meilleurs résultats peuvent être obtenus sans nécessairement dépenser plus », estime-t-elle. Les seules recommandations fiscales émises reposent sur « l’élargissement de l’assiette des taxes » tout en évitant les effets négatifs sur le marché du travail.

Parmi les Etats européens, le Danemark caracole en tête des champions de la cohésion sociale (logement, santé, éducation, lutte contre le chômage, handicap...). Il est aussi celui qui dépense le plus dans ces domaines, à hauteur de 20% de son PIB, coût des retraites exclu. L'Autriche et la Finlande ne sont pas très loin dans le peloton, tout en y consacrant respectivement 15% et 18% de leur PIB.

Publicité