La liberté de la presse en péril à cause de la crise

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Le journalisme est devenu le pire choix de carrière en raison des bas salaires, des longues heures de travail et du stress, a expliqué l'eurodéputée Doris Pack qui a plaidé en faveur de financements publics pour sauver les médias en tant que pilier de la démocratie.

Lors d'une conférence sur la liberté de la presse organisée au Parlement européen hier (8 mai) par l'Association of European Journalists (AEJ) à l'occasion de son 50e anniversaire, l'eurodéputée allemande de centre-droit a déclaré qu'elle ne conseillerait pas à ses petits-enfants de devenir journalistes.

« Une récente étude américaine montre que le journalisme de presse écrite fait pour la première fois partie des dix pires emplois, entre le bûcheron et le boucher », a-t-elle déclaré. Elle ajouté que personne dans la salle, remplie de journalistes européens, ne remettrait en cause cette étude ou ne se creuserait la tête sur les raisons de cet état de fait.

« Les journalistes, surtout les bons, ont beaucoup d'ennemis. La pression est immense et ne fait que s'intensifier. Et la plupart d'entre eux sont très mal payés », a expliqué Mme Pack.

L'eurodéputée a déclaré qu'une presse libre impliquait un certain degré de professionnalisme, ce qui requiert des journalistes formés, dirigés, employés et protégés de manière adéquate. Sans le respect de ces conditions, aucune règlementation ou initiative européenne ne pourra contribuer à l'amélioration de la situation, a-t-elle affirmé.

Si rien ne change, les activités liées à l'actualité ne seront plus viables, tout comme les modèles d'entreprise qui reposent sur la publication d'articles, a-t-elle ajouté. Elle a fustigé la délocalisation des médias, faisant référence à certains journaux européens qui emploient des journalistes en Inde pour couvrir des « réunions de conseils municipaux via webcam » à des milliers de kilomètres de distance.

Doris Pack a plaidé en faveur de financements publics pour sauver la profession, dans la mesure où les médias sont « une garantie pour la démocratie ».

« Si nous considérions le journalisme professionnel comme l'un des principaux ingrédients d'une démocratie saine et durable, tout comme le système judiciaire et la police, nous pourrions aboutir à la conclusion que ce n'est pas gratuit et que des investissements collectifs et systémiques sont nécessaires de la part de la société dans son ensemble », a-t-elle expliqué.

Doris Pack a toutefois insisté sur le fait que les journalistes ne devraient pas être financés directement et que les fonds publics devraient plutôt servir à soutenir la formation et l'autoréglementation. Elle a vivement critiqué la Commission européenne pour avoir produit de la « propagande » et une « pagaille d'informations » de laquelle les journalistes ne parviennent pas à retirer les éléments importants. Elle a donc plaidé pour une réorientation de ces ressources de l'UE vers les besoins réels du secteur.

Une nouvelle base juridique

Mme Pack s'est jointe à d'autres intervenants pour plaider en faveur de la mise en place d'une législation européenne visant à soutenir la liberté de la presse.

La commissaire européenne à la stratégie numérique, Neelie Kroes, également en charge de la société de l'information et des médias, a prononcé un discours lors de cette conférence et répondu à plusieurs questions. Interpellée quant aux réponses évasives qu'elle avait données sur la situation des médias en Hongrie, Mme Kroes a déclaré que l'Union ne disposait pas des instruments juridiques nécessaires pour faire respecter la liberté de la presse dans les Etats membres.

« L'UE dispose-t-elle des compétences nécessaires pour défendre la liberté de la presse dans les Etats membres ? Ma réponse est clairement non », a-t-elle affirmé.

Mme Kroes a rejeté la balle dans le camp du Parlement.

« Ma question est la suivante : le Parlement européen soutient-il la liberté de la presse ? Je n'ai pas la réponse », a-t-elle déclaré.

L'un des éléments phares de la conférence a été la situation en Grèce où, il y a deux jours, le parti néonazi Chryssi Avgi a proféré des menaces de mort non dissimulées à l'encontre de Xenia Kounalaki, la rédactrice du département d'actualité étrangère de Kathimerini, l'un des plus grands journaux grecs.

« Il y a peu, un parti grec d'extrême droite a proféré des menaces de mort contre une journaliste grecque. Je suis très inquiète et je dénonce ces menaces », a martelé Mme Kroes.

Le cas de Xenia Kounalaki et la manipulation des journalistes par Chryssi Avgi ont également été dénoncés par la vice-présidente du Parlement européen Anni Podimata (S&D, Grèce) qui a elle-même travaillé comme journaliste par le passé.

Mme Podimata a expliqué que suite à l'annonce des résultats des élections en Grèce le 6 mai, Chryssi Avgi avait demandé aux journalistes de se lever en signe de respect. Les journalistes ont refusé et quitté la conférence de presse sous le regard des caméras. Cette réaction a été saluée par une grande majorité de Grecs, a-t-elle affirmé.

Réactions: 

 

La Fédération européenne des Journalistes (FEJ) s'est dite très mal à l'aise avec le traitement inacceptable des journalistes par le parti grec d'extrême droite Chryssi Avgi lors de la conférence de presse du 6 mai dernier.

 

« Les restrictions en cause impliquent l'exclusion de certains journalistes de la salle de conférence, y compris ceux qui ont refusé de se lever à l'arrivée du leader du parti, Furrer N. Michaloliakos.

 

Arne König, le président de la FEJ, a déclaré : « Il s'agit d'un nouveau précédent d'une nature extrêmement alarmante. Je suis très inquiet quant à l'agressivité témoignée à l'encontre de journalistes voulant simplement faire leur travail. Tous les partis politiques doivent respecter les journalistes et leur devoir d'informer les citoyens. »

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