Qualité de l'air : la question épineuse des Jeux olympiques de Londres

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A Londres, la réduction de la pollution liée au trafic automobile, notamment au diesel, est une question qui va s’avérer de plus en plus délicate à l’approche des Jeux olympiques de 2012 qui ne feront qu’amplifier le problème.

Simon Birkett, le fondateur du groupe militant pour la qualité de l'air Clean Air London, a déclaré à EurActiv que les autorités locales n'avaient pas encore proposé de projet convaincant pour faire face au problème de la pollution de l'air qui devrait se poser pendant les Jeux olympiques.

« Les organisateurs des Jeux ont reconnu au mois de mars que le réseau routier reliant les principaux lieux entraînerait des violations des lois sur la qualité de l'air, en déplaçant le trafic et en occasionnant des embouteillages », a déclaré à M. Birkett lors d'un entretien vidéo accordé à EurActiv.

« Ils réfléchissent en ce moment à l'élaboration de mesures d'atténuation, mais nous n'avons pas vu l'ombre d'un paquet de mesures qui pourrait régler le problème », a-t-il affirmé.

M. Birkett s'est exprimé en marge d'un atelier sur la qualité de l'air organisé par EurActiv en octobre dernier.

Le diesel désigné coupable

Selon Clean Air London, le problème est principalement dû aux gaz d'échappement des voitures et des poids lourds qui roulent au diesel.

« Le transport routier est responsable d'environ 80 % des émissions les plus nocives au centre de Londres et en périphérie. Le diesel est le principal responsable de ces émissions », a poursuivi M. Birkett.

Selon des statistiques publiées récemment par le gouvernement, les moteurs diesel génèrent 20 fois plus de pollution de que les moteurs à essence. « Nous devons donc sérieusement nous pencher sur ce problème », a insisté M. Birkett.

Les émissions d'oxyde d'azote (NO2), dégagées lors du processus de combustion des moteurs, ont considérablement augmenté « en raison de la pénétration accrue des véhicules au diesel », selon un récent rapport de l'Agence européenne pour l'environnement (AEE).

Les véhicules au diesel peuvent émettre « jusqu'à 50 % de leurs NOx en NO2 », un gaz toxique connu, peut-on lire dans le rapport. « Des études épidémiologiques ont démontré que les symptômes de bronchite chez les enfants asthmatiques sont accentués par leur exposition à long terme au NO2 », a noté l'AEE dans son rapport.

Et en matière de lutte contre la pollution au NO2, Londres est en queue de peloton. « Parmi les 27 capitales européennes, par exemple, Londres est confrontée au plus gros problème d'oxyde d'azote », a expliqué M. Birkett.

Les personnes souffrant d'allergies et d'autres maladies respiratoires seront les premières touchées, a averti Susana Palkonen, de l'association de patients EFA (European Federation of Allergy and Airway Diseases Patients Association). « Ils sont en quelque sorte les indicateurs de la qualité de l'air », a-t-elle affirmé.

Dans la mesure où les niveaux de pollution devraient transgresser les lois sur la qualité de l'air, les athlètes pourraient eux aussi rencontrer des difficultés, a mis en garde M. Birkett : « Si nous atteignons des niveaux d'ozone élevés comme ce fut le cas plusieurs fois cette année, cela pourra causer des problèmes aux athlètes l'année prochaine. »

Le maire de Londres encourage le vélo, la marche et l'utilisation des transports en commun

Les organisateurs des Jeux olympiques ont reconnu la nécessité de réduire le trafic de fond de 30 %, a souligné M. Birkett.

Jusqu'à présent, les autorités londoniennes ont répondu qu'elles encourageraient « la marche, le vélo ou l'utilisation des transports en commun » pendant la durée des Jeux.

« L'amélioration de la qualité de l'air est une priorité pour le maire. Il se concentre donc sur des mesures spécifiques », a déclaré Kulveer Ranger, conseiller municipal en charge de l'environnement au sein de l'équipe du maire de Londres, Boris Johnson.

M. Ranger a confié à EurActiv que ces mesures comprennaient, par exemple, « l'utilisation de technologies innovantes telles que les produits contrôlant les niveaux de poussière, le fonctionnement au ralenti des véhicules, et l'installation d'infrastructures vertes ». Des initiatives sur le long terme seront également proposées, a-t-il ajouté, comme « l'introduction de véhicules à faibles émissions dans la capitale, l'utilisation de bus plus propres, l'interdiction des taxis les plus polluants et le renforcement des normes de la zone urbaine à faible émission ».

Tactique alarmiste ou « approche chinoise » ?

Alors que les autorités londoniennes préparent leur réponse, M. Birkett a affirmé que les autorités locales avaient généralement deux façons d'aborder le problème de la pollution de l'air. La première consiste en une « tactique alarmiste » qui revient d'après lui à manipuler les attentes de la population en lui conseillant de ne pas utiliser de voitures car la circulation est très mauvaise. La seconde, « l'approche chinoise », préconise l'interdiction de rouler pour les véhicules, un jour sur deux, en fonction des plaques d'immatriculation paires ou impaires.

M. Birkett a anticipé que le choix entre ces deux options poserait « un problème politique épineux au Royaume-Uni ».

Selon lui, la meilleure solution serait de mettre en place une « zone restreinte sans émission, à l'instar de Berlin », au centre de Londres, pendant les 100 jours des Jeux olympiques et paralympiques.

Selon M. Birkett, la zone à faible émission qui existe au coeur de Londres ne suffira pas pour enrayer le problème.

« Même lorsque ce système sera renforcé en janvier, les frais ne seront que de 3 euros pour les véhicules de plus de 1,25 tonne. En Allemagne, ces frais s'élèvent à 4 euros pour les véhicules au diesel, et ce depuis début 2010 », a commenté M. Birkett, faisant référence aux normes européennes pour les émissions dégagées par les véhicules.

Selon lui, à l'échelle européenne, les normes sur la qualité de l'air devraient être renforcées, pour correspondre aux recommandations de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) : « Les seuils légaux sur les particules en suspension dangereuses sont presque deux fois plus élevées que les niveaux recommandés par l'OMS, nous devons donc les réduire de manière drastique. »

Pour lire cet entretien dans son intégralité, veuillez cliquer ici.

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