Santé en ligne : l’Europe et les Etats-Unis à la traîne comparés aux pays en développement

-A +A

 

Malgré la vaste couverture du haut débit et l’utilisation des smartphones en Europe par rapport aux pays en développement, le vieux continent est à la traîne en matière de santé en ligne. Les modèles d'établissement des coûts n’encouragent en effet pas l’innovation, ont entendu les participants à une conférence réunissant hier (27 février) les grandes entreprises mondiales de télécommunications.

Ce sont les conclusions qui ont été tirées lors d'une réunion clé sur la santé lors du Mobile World Congress à Barcelone. Il s'agit du plus important rassemblement annuel du secteur des télécommunications.

Les experts en applications pour smartphones sur la santé en ligne ont affirmé qu'ils étaient en train de tester leurs produits dans les pays en développement, car le paiement des factures de santé par téléphone portable est bien plus adapté aux marchés de ces pays.

La Silicon Valley emportée par le vent

« Les vraies innovations en matière de soins de santé mobiles ne viennent plus de la Silicon Valley, mais bien des marchés émergents, car il existe une réelle demande dans ces pays ; les entreprises de télécommunication qui y opèrent le prouvent », a expliqué aux participants George Held, le directeur produits de l'entreprise de télécommunication Etisalat.

Sa société, basée à Abu Dhabi, opère dans 18 marchés émergents, qui représentent 170 millions de consommateurs.

Pour Don Jones, vice-président responsable du marché des produits sans fil dans le domaine de la santé chez Qualcomm Labs, la demande pour des moyens de se soigner en ligne en Occident est aujourd'hui plus importante. Les coûts de santé deviennent en effet insoutenables pour les gouvernements et les consommateurs sont plus réceptifs aux services de téléphonie mobile.

Il a toutefois ajouté que les modèles de santé traditionnels aux États-Unis et en Europe, dans lesquels ce sont les gouvernements ou les compagnies d'assurances qui assument les coûts des services médicaux fournis aux communautés, étaient moins propices au développement de la santé en ligne.

En Inde, au Bangladesh, au Pakistan et dans d'autres pays en développement, les consommateurs sont plus disposés à utiliser leur téléphone portable pour les soins de santé qu'ils doivent eux-mêmes payer.

La santé en ligne est en plein essor, mais pas en Europe

Les participants à cette conférence ont affirmé que dans les pays développés, où les consommateurs sont remboursés et les coûts assumés directement par les assureurs, le secteur des télécommunications pourrait devoir réviser son modèle commercial.

Les soins de santé mobiles sont à la veille de nouvelles avancées décisives. Sailesh Chutani, directeur exécutif de l'entreprise de produits de santé sans fil Mobisant, a déclaré aux participants que son application pour smartphone (la première application d'échographie approuvée par la Food and Drug Administration américaine) permettait une réduction drastique du taux de mortalité infantile en Tanzanie en offrant aux mères la possibilité d'évaluer l'état de leur grossesse.

M. Chutani a expliqué que dans un avenir proche, les accouchements à domicile avec l'aide d'assistants médicaux moins bien payés allaient se multiplier. Ce système pourrait selon lui permettre de réduire radicalement la mortalité dans les pays en développement. Il a toutefois ajouté que ces appareils trouveraient sans doute plus facilement des marchés dans les pays en développement.

Richard Moore, un fonctionnaire du National Health Service britannique (un modèle purement financé par l'État), a confirmé que même si le Royaume-Uni s'intéressait aux services de santé mobiles, il n'envisageait pas de système de paiement mobile direct aux professionnels de santé.

Réactions: 

« Au Royaume-Uni, nous ne suivons pas le modèle du consommateur-payeur. Les coûts sont couverts par des paiements directs de l'État et des assurances. Comment gérer le fait que les consommateurs ne paient pas lorsqu'on essaye de formuler des solutions de santé en ligne via la téléphonie mobile ? » s'est interrogé Don Jones, vice-président responsable du marché des produits de santé sans fil chez Qualcomm Labs.

« Nous savons que lorsque les paiements des honoraires médicaux sont couverts par l'État et les compagnies d'assurance, ces fournisseurs cherchent des moyens de combiner les paiements dans des forfaits. C'est de cette façon que la santé en ligne pourrait se faire une place sur les marchés occidentaux », a déclaré George Held, le directeur produits d'Etisalat aux Émirats arabes unis.

Liens externes: 
Publicité