Dernière étape dans les discussions commerciales UE-Ukraine

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La Commission européenne semble prête à conclure un accord commercial avec l’Ukraine d’ici la fin de l’année, tendant la main à Kiev pour lutter contre la pression croissante exercée sur le pays par la Russie. Des incertitudes subsistent toutefois.

Un représentant de l'UE, qui demandé à garder l'anonymat, a confié à EurActiv que Bruxelles s’apprêtait à conclure un accord de libre-échange lors du sommet UE-Ukraine en décembre.

« Ces derniers mois ont été une bonne période de négociations », a déclaré le représentant.

Une note interne de la Commission confirme que la dernière session de négociations entre l'UE et l'Ukraine pour l'établissement d'une « zone de libre-échange approfondie et complète », qui s'est tenue à Kiev à la fin du mois de juin, a « fait progresser plusieurs questions ouvertes ».

Štefan Füle, commissaire à l'élargissement, a tenu plusieurs réunions de haut niveau avec les autorités ukrainiennes ces dernières semaines, et devrait participer jeudi (15 septembre) à une conférence à Yalta, en Crimée, à laquelle participera également le président ukrainien, Viktor Ianoukovytch.

« Je pense qu'en décembre, l'UE et l'Ukraine signeront un traité commercial », a déclaré Amanda Paul, analyste de la politique européenne de voisinage de l'Est au sein du European Policy Centre.

Les raisons de cet optimisme renouvelé proviennent principalement du fossé qui semble s’élargir entre M. Ianoukovytch et Moscou. D'ici la fin de l'année, le prix du gaz que l'Ukraine doit payer à la Russie va en effet augmenter pour s'établir à 400 $ (285 €) pour 1 000 m3.

Kiev ne peut pas se permettre de payer une telle somme, qui est même supérieure à ce que certains pays européens paient. Moscou a proposé de réduire la facture, mais à condition que l'Ukraine renonce à une partie de son réseau de transport de gaz et rejoigne l'Union douanière récemment instaurée entre la Russie, le Kazakhstan et le Bélarus.

Même si Viktor Ianoukovytch est perçu comme très proche de Moscou, il est peu probable qu'il cède sur ces points, car « cela équivaudrait à la fin de la souveraineté de l'Ukraine et donc à la fin du pouvoir de M. Ianoukovytch », a déclaré Viktor Zamiatin, journaliste et commentateur pour plusieurs publications ukrainiennes.

C'est également pour cette raison que la position du président ukrainien s'est davantage tournée vers l'UE. Dans un commentaire publié lors du vingtième anniversaire de l'indépendance de l'Ukraine, le président a ouvertement déclaré que l'avenir de l'Ukraine était en tant que « membre » de l'Union européenne.

Questions en attente

Toutefois, de nombreuses incertitudes persistent. La pression russe peut s'avérer difficile à supporter pour l'Ukraine si elle n'est pas suffisamment soutenue par Bruxelles, or jusqu'ici, l'approche qui a caractérisé les négociations bilatérales pour approfondir la coopération s’est révélée prudente.

Les conseillers de M. Füle soulignent que « des défis ardus se profilent » selon un attaché de presse du commissaire. « Nous attendons [de l'Ukraine] d'importantes réformes nationales, notamment des normes élevées de libertés fondamentales et un Etat de droit », a ajouté l'attaché de presse.

Kiev insiste sur le fait que ses citoyens ne devraient pas devoir faire de demande de visa pour se rendre dans l'UE, mais Bruxelles a souhaité que certaines conditions soient remplies avant d’accéder à cette demande, notamment des progrès dans les réformes démocratiques et des améliorations concernant les droits de l'Homme.

D'autres Etats membres d'Europe de l'Est voient également cet accord de libre-échange d'un mauvais œil, car ils craignent une concurrence dans certains secteurs tels que l'agriculture et le secteur naissant des biocarburants européens. D’autre part, les réelles intentions de M. Ianoukovytch ne toujours pas complètement claires. Malgré ses dernières déclarations, il reste dangereusement proche de Moscou, comme l'a montré l'accord de la flotte de la mer Noire (« voir Contexte »).

« Une situation qui reste dans le flou »

Le procès de l'ancienne première ministre, Ioulia Timochenko, qui devrait être jugée coupable, ne facilite pas non plus les relations UE-Ukraine. La Commission et le président du Parlement européen, Jerzy Buzek, ont vivement critiqué ce procès.

Un observateur proche des relations UE-Ukraine a affirmé que si Ioulia Timochenko était réellement envoyée en prison, il resterait « bien peu » du programme bilatéral.

Le tribunal vient d'annoncer une interruption des audiences de Mme Timochenko jusqu'au 27 septembre. Des membres du parlement ukrainien, alliés de Ioulia Timochenko, ont déclaré que le report des audiences du tribunal pourrait être une tentative de créer des conditions favorables au gouvernement ukrainien avant le sommet de l'Europe de l'Est, qui doit se tenir les 29 et 30 septembre 2011.

Les membres du parlement pensent qu'un verdict pourrait être rendu concernant l'affaire Ioulia Timochenko dès le 3 octobre 2011, dans la mesure où « la situation pourrait être laissée incertaine jusqu'au 30 septembre, jour du sommet », a écrit le Gorshenin Institute, un centre de recherche indépendant en Ukraine.

Un sondage récent a à nouveau nourri la polémique. Si les Ukrainiens demeurent en faveur d'une adhésion à l'UE dans un avenir abstrait, la plupart d'entre eux ressentent également une certaine nostalgie envers l'ex-Union soviétique, lorsque les déséquilibres sociaux et économiques étaient moins marqués qu'ils ne le sont maintenant dans le pays.

Plus que jamais, les prochains mois seront déterminants dans l'orientation de l'Ukraine, soit vers l'Est, soit vers l'Ouest, ont déclaré les diplomates.

Réactions: 

Le professeur Ryszard Legutko, eurodéputé polonais du groupe des conservateurs et réformistes européens, a déclaré que « l’accord d’association ancrera l’Ukraine dans l’Union européenne et ses principes, et constituera un outil et une feuille de route pour que l’Ukraine adopte des réformes internes parfois profondément nécessaires ».

Il a toutefois ajouté que « plusieurs événements récents ont suscité des inquiétudes concernant l’UE, notamment au sein de ce Parlement, concernant la conformité du pays à certains principes essentiels à l’UE. Je fais plus précisément référence au procès en cours de l’ancienne première ministre, Ioulia Timochenko, et l’impression négative qu’il donne du système judiciaire ukrainien ».

Prochaines étapes: 

Liens externes: 
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