Edition spéciale : l'Ukraine progresse sur la question du régime sans visa pour l'UE

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Viktor Yanukovich, le président ukrainien, a fait de la suppression du régime des visas pour l'Europe l'une des priorités de son pays. Toutefois, l'UE craint un retour de bâton de l'opinion publique et souhaite d’abord une amélioration du système judiciaire ukrainien et du régime démocratique du pays.

A en juger par les récentes déclarations publiques de Viktor Ianoukovytch, résoudre le « problème des visas » est devenu l'une des plus grandes priorités du programme ukrainien concernant l’Europe.

S'exprimant devant le parlement de son pays le 6 septembre, il a affirmé qu'obtenir une liberté de circulation sans visa était aussi importante qu'assurer un accord de libre-échange avec l'UE.

A l'occasion du vingtième anniversaire de l'indépendance de l'Ukraine en août cette année, M. Ianoukovytch a écrit dans un commentaire publié dans la presse que le gouvernement ferait « tout » pour mettre en place un projet national qui supprime la nécessité de se munir d'un visa pour se rendre dans l'Union européenne.

Ce projet national a été adopté après le sommet UE-Ukraine de novembre 2010, qui a établi les exigences auxquelles le pays devait répondre afin d'obtenir cette liberté de circulation vers l'Union (voir « Contexte »).

En concurrence avec la Russie ?

Les célébrations de l'indépendance du pays ont eu lieu en août. Le 16 juillet 1991, le parlement de l'ancienne république soviétique a adopté la Déclaration de l'Etat souverain d'Ukraine. Un mois plus tôt, une déclaration similaire avait été adoptée par la Fédération de Russie.

La Russie a également lancé un programme visant à obtenir un régime sans visa vers l’UE et selon certains observateurs, les deux pays seraient en concurrence pour être le premier à parvenir à un tel accord.

« Nous espérons que l’Europe prendra en compte notre potentiel et nos limites, et aidera les citoyens ukrainiens à tirer parti de leur liberté de circulation », a écrit M. Ianoukovytch.

Le président a également souligné qu'en juin 2012, son pays accueillerait le championnat de football de l'Euro 2012. Cela, affirme-t-il, sera l'occasion pour les citoyens européens de découvrir une Ukraine moderne, et pour les Ukrainiens d'avoir plus de contacts avec les touristes et les supporters de football.

L'Ukraine accueillera l'Euro 2012 en partenariat avec la Pologne, son plus grand voisin de l'UE, et les supporters espèrent que les barrières liées aux déplacements seront levées pendant le championnat.

Coup de pouce

Plusieurs pays membres de l'UE sont favorables au souhait de l'Ukraine de pouvoir voyager sans visa en Europe. Les pays du Groupe de Visegrád – Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovaquie – ont appelé la Commission européenne à autoriser des dispositions spéciales pour les Ukrainiens en visite dans leurs pays. Ces quatre pays d'Europe centrale ont financé des études de faisabilité de facilitation d'obtention des visas pour les citoyens ukrainiens et moldaves.

Il y a quelques jours, Mikulas Dzurinda, ministre slovaque des affaires étrangères, a annoncé que les nations du Visegrád avaient demandé à José Manuel Barroso, le président de la Commission, d'approuver les propositions concernant une procédure simplifiée pour les Ukrainiens souhaitant se rendre dans ces quatre pays. La Slovaquie a d'ailleurs déjà levé les frais de visa pour les citoyens ukrainiens.

L'ambassadeur ukrainien en Pologne, Markian Malskiy, a déclaré que Kiev tirait pleinement parti de l'expérience de Varsovie dans ce domaine, et que de nombreux experts polonais aidaient l'Ukraine à répondre aux critères de l'UE.

Révélation d'Europol

Toutefois, en mai de cette année, un rapport d'Europol, le service de renseignement criminel de l’UE, a porté un coup à l'Ukraine. Selon ce rapport, des groupes criminels en Ukraine, en Moldavie, en Géorgie, en Russie et dans les Balkans occidentaux attendraient que la Bulgarie et la Roumanie rejoignent l'espace Schengen de libre circulation pour renforcer leur présence sur le sol européen.

Des représentants ukrainiens ont demandé à Europol de revoir ses conclusions. Aleksandr Sushko, à la tête de l'institut ukrainien de coopération euro-atlantique a déclaré que les activités des groupes criminels et la question du régime des visas n'étaient pas liées. Les activités criminelles provenant de la Turquie sont en augmentation, malgré un régime européen de visas strict avec Ankara, a-t-il déclaré, cité par Deutsche Welle.

Selon Marta Jaroszewicz, du Centre for Eastern Studies (OSW), un groupe de réflexion polonais, la tâche la plus difficile pour l'Ukraine sera de répondre aux exigences européennes en termes de valeurs, de démocratie et d'Etat de droit. La corruption demeure le principal obstacle au développement et à la modernisation de l'Ukraine, la justice a peu de pouvoir et le système judiciaire est inefficace, a-t-elle récemment déclaré dans une étude publiée par EurActiv.

« Pour ces raisons, la suppression totale des visas semble être une perspective à long terme, en particulier lorsqu'on considère que de nombreux pays européens, eux-mêmes face à un problème d'intégration des immigrés, se montrent plutôt sceptiques en ce qui concerne une libéralisation supplémentaire du mouvement des personnes provenant de leurs voisins de l'Est », a écrit Marta Jaroszewicz.

Georgi Gotev – traduit de l'anglais par EurActiv

Réactions: 

Andreas Umland, professeur agrégé de sciences politiques à l'académie Mohyla de Kiev, a confié au journal Foreign Policy : « Je pense que les négociations avec l'UE, en particulier celles qui concernent la mise en place de la feuille de route de libéralisation des visas, revient — aux yeux de beaucoup de gens — aux quelques aspects positifs qui restent aux mains des politiques des autorités d'aujourd'hui ».

« Ces négociations apporteront un peu d’espoir et offrent des perspectives pour l'avenir de l'Ukraine. Si le gouvernement et le Parti des régions ne parviennent pas à rapprocher l'Ukraine de l'UE, il en résultera une perte de leur popularité », a déclaré M. Umland.

La fondation ukrainienne pour la démocratie, People First, une organisation ukrainienne de la société civile dont la mission est de contribuer à la construction de la démocratie en Ukraine, a affirmé : « Les représentants du gouvernement ukrainien expriment leur indignation quant au fait que l'Espagne, le Portugal et l'Italie simplifient leurs procédures juridiques pour la main d'oeuvre qualifiée en provenance d'Ukraine. En moyenne, les estimations du nombre d'Ukrainiens travaillant à l'étranger se situent entre 2,5 et 3,5 millions de personnes, avec plus d'1,5 million d'entre eux vivant dans les pays de l'Union européenne ».

« Les travailleurs migrants ukrainiens renvoient environ deux milliards d'euros par an vers l'Ukraine. Toutefois, le problème ne réside pas dans le souhait de certains Etats européens d'accueillir une main-d'œuvre qualifiée en provenance d'Ukraine, mais bien dans les politiques du gouvernement ukrainien, qui ne parvient pas à offrir un niveau de vie élevé dans le pays. C'est cela qui pousse les Ukrainiens les plus actifs et qualifiés à se réaliser à l'étranger », a poursuivi l'organisation.

« Selon nous, une approche plus modérée et plus douce de l'UE sur le régime des visas serait la bienvenue pour Kiev. Plus vite les jeunes ukrainiens actifs verront la démocratie européenne en pratique, plus vite ils la réaliseront en Ukraine et plus la coopération UE-Ukraine sera efficace », a-t-elle encore affirmé.

Prochaines étapes: 

Liens externes: 
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