Les régions à court d'argent hésitent à se lancer dans le cloud computing

  

La promesse d'une gestion plus légère et efficace et de services en ligne novateurs pour les citoyens fait du cloud computing une solution attractive pour les gouvernements locaux. Certains restent toutefois réticents, notamment en raison de la protection des données et des coûts d'investissement élevés.

En cette période d'austérité, les régions européennes hésitent à investir dans des technologies de gestion en ligne comme le cloud computing, même si celles-ci sont présentées comme des outils permettant de réaliser des économies.

Microsoft, tout comme les autres fournisseurs de services en ligne, est le premier à faire référence aux études prouvant la rentabilité de cet investissement.

Oxford Economics, un grand cabinet de conseil spécialisé dans les prévisions économiques, assure que le PIB de l'UE pourrait augmenter de 760 milliards d'euros d'ici 2020 si elle parvenait à investir autant d'argent que les États-Unis dans le secteur des TIC. À elle seule, l'Allemagne devrait créer 789 400 emplois au cours des cinq années à venir, grâce au cloud computing.

« Alors que les pouvoirs publics sont contraints de travailler avec des budgets plus restreints qu'auparavant, le cloud computing peut aider les régions à améliorer l'efficacité et les services fournis aux citoyens, tout en diminuant les coûts », a expliqué John Vassallo, le vice-président des affaires européennes chez Microsoft.

Ryan Heath, porte-parole de la Commission européenne pour les affaires numériques, confirme qu'il s'agit d’un domaine qui offre des opportunités aux régions. « Je ne pense pas que le cloud à lui seul puisse aider les régions à se développer, mais il offre aux gouvernements régionaux en difficulté des moyens nouveaux et moins chers de collaborer, d'économiser, de partager leur savoir-faire, etc. », a-t-il déclaré à EurActiv.

Et certaines régions ont en effet une longueur d'avance.

L’administration régionale de la Catalogne, en Espagne, a par exemple déjà réaménagé ses infrastructures informatiques pour que ses 140 000 fonctionnaires aient recours au cloud computing. Cette initiative a permis de réduire les coûts de 75 % et s'inscrit dans le projet plus vaste de déployer des services de cloud computing privés, notamment un nouveau centre de données réservé à plus de 300 institutions gouvernementales.

Le succès du cloud computing en Flandre

En Belgique, la région flamande a lancé en 2005 une plateforme appelée MAGDA (Maximale gegevensdeling tussen administraties / agentschappen / afdelingen).

Cette plateforme gère le partage de données entre les administrations flamandes, fédérales et locales. Elle s'assure également que les autorités ne demandent pas aux citoyens de leur communiquer des informations qu'elles ont déjà.

« Nous avons commencé en 2005, lorsque nous n'avions pas vraiment de problèmes d'argent. Mais tout a été conçu à moindre coût », a expliqué Geert Mareels, le responsable de la gestion en ligne de la région flamande.

Le premier projet ne coûtait pas plus de 600 000 euros et impliquait une équipe de trois personnes. Elles ont à présent besoin d'environ 2 millions d'euros par an pour faire fonctionner et développer le programme. En outre, toutes les agences partenaires doivent investir dans la numérisation de leurs propres procédures.

« Je pense réellement que la gestion en ligne et le secteur des TIC prouvent tous les jours que l'investissement en vaut la peine », a commenté M. Mareels.

En transposant ses services gouvernementaux dans le nuage, la Flandre a pu réduire ses coûts administratifs de façon significative, a-t-il ajouté. Dans le cadre d'un projet de distribution des allocations familiales, plus de 250 000 dossiers écrits ont pu être remplacés par des dossiers électroniques grâce au cloud computing.

La même technique a été appliquée aux entreprises, notamment avec les documents concernant les procédures de passation de marchés publics. « Les administrations sont a présent en mesure de recueillir elles-mêmes ces informations (TVA et sécurité sociale), sans demander aux entreprises d'envoyer un dossier dans une autre agence gouvernementale », a déclaré M. Mareels.

Alors que d'autres administrations régionales diminuent leurs dépenses publiques, la Flandre projette d'accroître son utilisation des services de cloud computing, en publiant par exemple une carte interactive permettant de localiser toutes les entreprises de la région.

M. Mareels pense que cette initiative aidera la région à mieux se développer, à promouvoir les petites entreprises et à les informer sur les projets de travaux publics ou sur les perturbations du trafic.

Le nerf de la guerre

L'autre région belge, la Wallonie, n'en est pas encore là, malgré des projets ambitieux. Ses projets reposent sur un « Master Plan TIC », mais la région manque de financements.

Les Wallons se sont fixés un objectif pour 2018 : l'utilisation des services de cloud computing par 80% des entreprises. Mais les besoins plus urgents comme les prestations sociales, le logement, la santé et les retraites sont prioritaires. Les nouveaux concepts comme le cloud computing passent donc au second plan.

Il faudrait que les conditions d'achat de services de cloud computing soient plus attractives, a expliqué un conseiller technique du gouvernement wallon. « Nous avons besoin d'instructions claires quant à ce qu'il est possible de faire. Sans cela, les gouvernements ont plutôt tendance à se concentrer sur les services les moins coûteux », a-t-il expliqué.

Le gouvernement flamand confirme que certaines dépenses doivent être prioritaires en matière d'investissement dans le cloud. « Un projet TIC moyen coûte facilement 200 000 euros au bas mot. Avec cette somme, les autorités pourraient construire des logements sociaux ou acheter du matériel scolaire neuf », a déclaré M. Mareels.  « Nous devons réfléchir à ce que l'on veut pour la région. »

Aide de l'UE

L'UE peut contribuer à alléger le fardeau financier en mettant en place un cadre juridique visant à réduire les risques et à encourager les investissements, selon le fonctionnaire wallon.

Les experts britanniques du cloud computing ont toutefois déjà prévenu que leur pays avancerait de son côté, sans attendre l'UE.

Il s'agit simplement d'avoir confiance en l'efficacité de ces services, a déclaré le gouvernement britannique dans un communiqué. « Cela revient à faire passer le gouvernement du statut de créateur de solutions numériques sur mesure à celui de consommateur de produits de masse disponibles partout et en évolution constante », peut-on lire dans ce document.

Le Royaume-Uni aime mettre en avant son portail en ligne « Love Clean Streets » qui permet aux Londoniens de publier des photos de décharges illégales et de graffitis sur le site grâce à une application gratuite pour les smartphones. Grâce à ce portail, les administrations peuvent localiser les graffitis et les citoyens sont impliqués dans la vie de leur communauté.

« C'est un exemple typique de service de cloud computing pour le secteur public qui aide d'autres services publics à gagner en efficacité », selon le concepteur de cet outil, Microsoft.

Réticence à l'idée de partager des données

Le secteur du cloud computing doit toutefois réussir à convaincre les gouvernements locaux.

Il y a un an, la municipalité danoise d'Odense souhaitait que les enseignants puissent utiliser la suite bureautique de Google en ligne, dont le calendrier et le traitement de texte. L'objectif était qu'ils puissent enregistrer des informations sur leur emploi du temps et les examens des élèves.

Ce projet a toutefois été rejeté par l'agence danoise de protection des données, qui a décidé que l'utilisation du cloud computing dans ce contexte ne respectait pas les droits des consommateurs sur la protection des données privées.    

Peter Deussen, chercheur senior au Fraunhofer Institute for Open Communication Systems à Berlin, a affirmé que ce genre de problèmes pouvait être résolu.

La question de la protection des données peut être réglée en séparant les données personnelles des données non personnelles, a-t-il expliqué. Le stockage de haute sécurité de certains documents peut contribuer à la bonne interaction entre administrations, entreprises et citoyens, optimiser les procédures officielles en délivrant des documents rapidement, permettre d'établir des procédures entre administrations grâce à l'échange de documents électroniques, a-t-il commenté.

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