Pas d’avertissement « boire peut tuer » dans la réforme de la stratégie de l’UE sur l’alcool

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La réforme de la stratégie européenne sur les boissons alcoolisées, prévue en 2013, mettra l’accent sur les avertissements relatifs à la santé des consommateurs, a déclaré la conseillère principale à la DG de la santé et des consommateurs, lors d’un entretien accordé à EurActiv. Mais le secteur pourra saisir l’occasion de s’auto-réglementer.

La capacité d'auto-réglementation de l'industrie des boissons alcoolisées dans les domaines de la publicité et des avertissements sur les conséquences pour la santé sera à prendre en compte, a déclaré la responsable de la stratégie de la DG Santé, Despina Spanou. Elle a ajouté que l'auto-réglementation ne pourrait fonctionner que si elle était correctement appliquée.

Un rapport d'évaluation sur la stratégie actuelle est attendu pour septembre prochain. La révision de cette stratégie ne devrait donc pas avoir lieu lors de la présidence chypriote du Conseil de l'UE au second semestre de 2012, a-t-elle déploré.

L'auto-réglementation donne des résultats, mais a ses défauts

Une importante conférence prévue en septembre prochain sous la présidence chypriote abordera les questions relatives à la stratégie sur l'alcool dans la perspective plus large des maladies chroniques auxquelles la consommation d'alcool contribue.

La stratégie actuelle implique une grande implication du secteur via la mise en place d'un forum des parties prenantes où elles soumettent leurs engagements en termes d'auto-réglementation au contrôle de la Commission.

Mme Spanou a affirmé que ce système donnait de bons résultats, mais que sur des questions telles que la publicité et l'étiquetage, les organisations de la société civile réclamaient une réglementation plus stricte.

« Nous souhaitons que [l'industrie des boissons alcoolisées] nous prouve que l'auto-réglementation peut donner des résultats », a expliqué Mme Spanou, ajoutant que le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, préfèrerait des règles plus strictes pour les étiquettes d'avertissements sur la santé.

« Nous ne voulons pas des étiquettes du genre « boire tue », mais nous souhaitons plus d'avertissements relatifs aux conséquences de l'alcool sur la santé. Ces avertissements pourraient avoir un impact immédiat sur les personnes plus vulnérables (comme les femmes enceintes et les jeunes), nous encourageons donc l'industrie à avancer dans cette direction », a-t-elle déclaré.

Implication des représentants nationaux

Mme Spanou a déclaré que la révision de la stratégie sur l'alcool viserait à renforcer l'implication des autorités nationales.

Actuellement, un comité d'experts issus des différents Etats membres se réunit plusieurs fois par an pour discuter de ce problème. « Nous souhaitons porter cette question à un niveau politique plus élevé », a-t-elle ajouté. « Comme nous constatons une action au niveau national, nous espérons identifier plusieurs manières d'aider les Etats membres à en faire plus et à accroître le nombre d'Etats qui prennent des mesures. »

L'Ecosse et le Royaume-Uni ont d'ailleurs décidé d'imposer des prix minimums pour les boissons alcoolisées vendues dans les magasins, et ce dans le but de combattre le « binge drinking ».

Les questions relatives aux taxes et aux prix sont du ressort des Etats membres, a précisé Mme Spanou. Elle a toutefois ajouté : « Notre seul problème, c'est que ces mesures à elles seules n'abordent pas les problèmes sous-jacents des dommages causés par l'alcool, une action globale est nécessaire. »

Concernant les menaces de poursuites judiciaires formulées par le secteur en réponse à l'imposition de prix minimums, Mme Spanou a déclaré : « Nous n'avons pas encore entendu parler d'une quelconque fragmentation du marché intérieur. Mais le cas échéant, nous sommes persuadés que les parties prenantes le porteront à notre attention. »

Prochaines étapes: 
  • Cette semaine : consultation d'un évaluateur indépendant spécialisé en stratégie sur l'alcool et des parties prenantes.
  • Sept. 2012 : le rapport final de l'évaluation de la stratégie sera envoyé à la Commission.
  • Sept. 2012 : la stratégie sur l'alcool sera évoquée lors de l'évènement sur les maladies chroniques prévu par la présidence chypriote du Conseil de l'UE.
  • Oct. 2012 : la Commission devrait publier le rapport d'évaluation et ses remarques préliminaires.
  • Premier trimestre 2013 : la Commission devrait décider si elle souhaite mettre à jour la stratégie actuelle ou introduire des instruments réglementaires plus complets pour le secteur des boissons alcoolisées.

 

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