Edition spéciale : l'industrie photovoltaïque soigne son image verte

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L'industrie, soutenue par les activistes environnementaux, promeut l'énergie solaire pour son faible impact sur la biodiversité, ce qui met en exergue le souci du secteur de conserver une image « verte ».

Pratiquement aucune source d’énergie ne peut prétendre ne pas avoir d’impact sur la biodiversité. Les énergies fossiles sont évidemment les plus à blâmer, puisque leur combustion émet des gaz qui contribuent au changement climatique et à la désertification. Parallèlement, les accidents nucléaires et les marées noires peuvent décimer la faune, comme l’ont montré de récents évènements.

Cependant, même les sources d’énergie renouvelable peuvent poser problème. Les éoliennes peuvent perturber le parcours migratoire des oiseaux et ont déclenché des protestations au sein de certaines communautés rurales car elles créent des nuisances sonores et gâchent des paysages vierges.

La question de la déforestation directement ou indirectement engendrée par la culture destinée à la fabrication de biocarburantss’est révélée être un sujet de désaccords au sein du secteur, et a entraîné un grand débat sur les mérites environnementaux des agrocarburants. Les barrages hydroélectriques, qui représentent toujours la grande majorité de la production d’énergie renouvelable, impliquent de submerger des habitats locaux.

L’énergie solaire semble largement exempte de ces problèmes, un fait que les partisans de l’industrie aiment à souligner. En décembre dernier, l’Agence allemande des énergies renouvelables, soutenue par le ministère de l’environnement allemand et les entreprises énergétiques privées, a publié une étude sur les avantages des parcs solaires pour la biodiversité.

Cette étude a révélé qu’ « outre leur contribution importante à l’approvisionnement d’énergie pour l’avenir, les parcs solaires peuvent également constituer un refuge pour la faune et la flore ».

De la même façon, de nombreux activistes environnementaux ont soutenu avec enthousiasme l’énergie solaire en vertu de son faible impact sur la biodiversité. Se confiant à EurActiv, Friedrich Wulf, un militant pour la biodiversité chez Friends of the Earth Europe (FoEE), a déclaré que parmi les sources d’énergie majeures, « l’énergie solaire avait montré le plus faible impact sur la biodiversité ».

L’utilisation efficace de la terre fait partie des critères mis en avant par le secteur. De vastes parcs solaires se développent dans les déserts, sur les terres à l’abandon ou les anciens sites industriels, avec un impact minimum sur la biodiversité.

« Nous sommes contre l’idée de placer des panneaux photovoltaïques sur des terres à haute productivité » telles que les terres agricoles, a déclaré la secrétaire générale de l’Association européenne de l’industrie photovoltaïque (EPIA), Eleni Despotou. « Nous promouvons de grands systèmes dans des zones comme les déserts ou les anciens sites miniers ou industriels, où la terre ne peut pas être exploitée. Ces endroits peuvent constituer d’excellents terrains pour les fermes PV de grande envergure ».

Pour M. Wulf, du FoEE, des installations de petite envergure et décentralisées sont toutefois préférables aux grands parcs solaires d’un point de vue environnemental. « Parfois, vous avez des hectares de terre où sont placés des panneaux solaires, cela n’est pas idéal. Mais ils souvent décentralisés, comme lorsqu’ils sont posés sur les toits, cette possibilité a beaucoup de potentiel », a-t-il dit.

L’impact sur les approvisionnements en eau est également négligeable selon Mme Despotou. Les panneaux solaires ne nécessitent pas un nettoyage fréquent, « sauf si une tempête de sable arrive d’Afrique du Nord », a-t-elle expliqué. « Cela peut arriver en Grèce ou en Italie par exemple, mais c'est tout ».

Peu d’études

Certains se montrent néanmoins plus prudents. Bruce Roberston, chercheur pour la Kellogg Biological Stationde l’Université du Michigan, a déclaré « il y a très peu d’études publiées sur l’impact de l’énergie solaire sur la faune et la flore. Je n’en ai jamais vu ».

L’année dernière, M. Robertson a réalisé une étude en Hongrie avec des institutions de recherche environnementale qui ont montré que les panneaux solaires pouvaient constituer un « faux habitat » pour plus de 300 espèces d’insectes aquatiques.

En effet, ces derniers confondraient le reflet de la surface des panneaux avec l’eau, ce qui les amènerait à y déposer leurs œufs. L’échec qui en résulte du point de vue de la reproduction pourrait avoir des effets sur l’ensemble de la chaîne alimentaire, révèle l’étude.

Concernant les installations d’énergie solaire situées dans des déserts, « elles simulent l’eau dans l’environnement le plus pauvre en eau de la planète. Il serait très surprenant que cela n’ait aucun impact sur les animaux qui utilisent la lumière polarisée pour trouver de l’eau ».

Craig Winneker, directeur des relations médias avec l’Association européenne de l’industrie photovoltaïque (EPIA), a défendu les dossiers du secteur sur la protection de la biodiversité. Répondant à une étude de l’Université du Michigan, il a affirmé : « le secteur étudie son effet sur la biodiversité et adopte les meilleures pratiques pour s'assurer que la biodiversité est protégée et que les installations sont placées dans les lieux les plus adaptés ».

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