Un cours sur le paquet énergie-climat. C’est à peu près ce qu’ont donné deux députés européens d’Ile-de-France, Nicole Fontaine et Alain Lipietz, à la tribune de l’hémicycle du Conseil régional d’Ile-de-France, en présence de nombreux représentants de collectivités locales françaises. D’emblée, le Vert Alain Lipietz a lancé: «La cellule de base de Kyoto et du post-Kyoto, c’est l’échelon local, encore plus que le régional.» Et le député européen de plaider en faveur d’une baisse des émissions de CO2 de 30%, c’est-à-dire le scénario envisagé par la Commission européenne «en cas d’accord international».

Le protectionnisme ou la mort

«Si nous voulons limiter le réchauffement climatique à deux degrés [ce qui est le but initial de l’UE avec la publication de ce paquet, NDLR], nous devons aller jusqu’à 30%.» Le GIEC préconise en effet une telle baisse à l’horizon 2020 pour pouvoir limiter la hausse de la température mondiale entre 2 et 2,4 degrés. A la mi-octobre, devant les Verts européens la secrétaire d’Etat française à l’Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, avait reconnu à mots couverts que l’objectif de 30% étaient désormais inatteignable, malgré une forte volonté affichée par Paris lors du Conseil informel de Saint-Cloud, début juillet.

Alain Lipietz s’est par ailleurs prononcé en faveur d’un certain «protectionnisme européen», sous la forme d’une taxe destinée à limiter les fuites de carbone. «Dans une tonne de ciment, la moitié est constituée par des quotas de CO2, a-t-il argué. A partir de là, soit on décide qu’il y aura du protectionnisme, ou bien on tue l’industrie européenne. Notre rôle, c’est d’assurer une concurrence libre et non faussée. Par conséquent, il faut qu’il n’y ait aucune différence entre travailler en Europe en étant soumis au système de quotas et hors d’Europe sans quotas mais avec une taxe.»

Rude bataille

De son côté, Nicole Fontaine (PPE-DE) laisse apparaître une rude bataille au sein du Parlement européen pour venir à bout des négociations de ce paquet énergie-climat. En effet, à l’intérieur même du PPE-DE, les tensions sont très fortes, et le rapport de l’Irlandaise Avril Doyle (PPE-DE) sur la réforme du système communautaire d’échange de quotas d’émissions de gaz à effet de serre (ETS) est très loin de faire l’unanimité du premier groupe politique du Parlement européen.

«Si aujourd’hui, le rapport Doyle devait n’être voté que par des parlementaires du PPE, il serait sans aucun doute mis en minorité», a-t-elle affirmé. Pour résoudre ce problème, le président du groupe, Joseph Daul, a prévu d’organiser de vastes périodes de discussion entre ses députés, en nocturne, en marge de la deuxième session plénière de décembre, a précisé Nicole Fontaine. Le but: tenter de définir une position commune à tous les membres du groupe pour qu’ils votent dans le même sens le 17 décembre à Strasbourg.

«Je sais bien que beaucoup doutent de la part de 20% d’énergies renouvelables dans le mix énergétique européen, mais il va bien falloir y parvenir d’une manière ou d’une autre», avait estimé le président de la région Ile-de-France, Jean-Paul Huchon, en introduisant les débats. Il a également mis en garde contre l’illusion que «tout pourrait redevenir comme avant» après la baisse du baril de brut, constatée sur les places financières depuis plusieurs jours.