La Commission européenne a revu ses perspectives économiques pour 2009, prédisant une longue récession en Europe. Parallèlement, alors que la situation des finances publiques se gâte et que les difficultés financières pour les plans de relance nationaux ne cessent d'augmenter, Bruxelles avance de nouveau l'idée d'émettre des obligations européennes.
Le PIB de la zone euro devrait chuter de 1,9% en 2009. Il y a à peine deux mois (EurActiv 03/11/08), la Commission avait prédit une croissance de 0,1% seulement pour 2009. Une même tendance à la baisse est visible pour l’ensemble de l’économie de l’UE. Celle-ci aurait dû, selon les prévisions des observateurs au mois de novembre dernier, progresser de 0,2% en 2009. Elle devrait en réalité reculer de 1,8%.
Toutes les grandes économies de l’UE devraient enregistrer d’importantes chutes en 2009. Le PIB du Royaume-Uni devrait baisser de 2,8%, de 2,3% en Allemagne, de 2% en l’Italie et d’1,8% en France.
Au sein de la zone euro, l’Irlande sera le pays le plus sévèrement touché par la crise, son PIB diminuant de 5% en 2009. En dehors de la zone euro, les pays baltes semblent être les principales victimes de la récession: le PIB de la Lituanie devrait baisser de 4%, celui de l’Estonie de 4,7% et celui de la Lettonie de 6,9%.
La situation des marchés financiers a décliné à une vitesse folle à l’automne dernier, renforçant la débâcle économique internationale, selon les perspectives de la Commission pour 2009, publiées le 19 janvier.
Hormis l’inflation, tous les indicateurs économiques prédisent une année déprimante. Le chômage augmentera de 10,2% d’ici à 2010 dans la zone euro. Il atteindra le pic de 18,7% en Espagne, qui a été durement touchée par l’explosion de la bulle immobilière. «Nous n’avons pas vu une telle situation depuis 1990», a commenté le commissaire aux Affaires économiques et monétaires, Joaquin Almunia, lors d’une conférence de presse à Bruxelles.
Les déficits publics en 2009 devraient dépasser le plafond de 3% du PIB, fixé par le traité de Maastricht, dans sept pays de la zone euro, et dans cinq autres pays en dehors de la zone euro. En France, le PIB reculera de 4,4%, contre 3,2% en 2008. La Grande-Bretagne devrait quant à elle accuser un déficit de 8,8%, aggravé par les récentes annonces de faillites bancaires. M. Almunia a exclu la réouverture de nouvelles procédures concernant les déficits excessifs, reportant une telle décision à la rencontre de la Commission du 18 février.
En 2009, la dette publique augmentera dans presque tous les Etats membres, atteignant 109,3% du PIB en Italie, 96,2% en Grèce et 91,2% en Belgique, selon l’exécutif européen. Par conséquent, les différences entre les écarts des rendements obligataires se creusent déjà entre les pays de la zone euro. «C’est une réalité qui devrait être maîtrisée par les Etats membres», a déclaré M. Almunia, ajoutant que ceux qui n’ont pas consolidé leurs finances publiques en temps utile devraient maintenant payer des intérêts plus élevés. Il exclut néanmoins catégoriquement des cessations de paiement pour les membres de l’eurozone. Certains observateurs en ont toutefois prédit, notamment en Irlande.
Le sérieux de cette crise est reflété dans la décision de l’agence de notation Standard & Poor’s de rétrograder l’Espagne, ainsi que dans les rapports laissant entendre que l’industrie bancaire irlandaise serait proche d’une nationalisation complète.
Dans un contexte de prévisions sombres, l’euro a brusquement chuté face au dollar et a terminé le 19 janvier à 1,3135 dollar.
La seule bonne nouvelle est la baisse prévue de l’inflation dans la zone euro. Toutefois, les risques de baisses excessives des prix menacent l’économie européenne, en dépit des démentis vigoureux de M. Almunia.
En ces temps particulièrement difficiles, l’idée d’émettre des obligations européennes pour refinancer les dettes publiques est à nouveau sur la table. Elles pourraient permettre de financer les projets de l’UE et de réviser le financement du budget de l’UE.
Après avoir nié pendant des mois le fait qu’il y avait une possibilité d’envisager la question, M. Almunia a reconnu, le 19 janvier, que les obligations étaient de nouveau à l’agenda de l’UE, aux côtés d’un grand nombre d’autres solutions techniques. M. Almunia a clairement indiqué que ces discussions ne produiront pas de conséquences immédiates.
CONTEXTE:
En août 2007, les marchés financiers du monde entier ont dégringolé à la suite de la crise américaine des emprunts hypothécaires à haut risque, forçant les banques centrales à injecter des capitaux considérables afin de maintenir le fonctionnement du système et d’éviter une éventuelle crise des liquidités.
La situation est devenue critique lorsque la crise s’est propagée à d’autres marchés financiers, affectant certains des investissements les mieux cotés de Wall Street. Une année plus tard, la crise a atteint l’Europe: d'abord pure question financière, la crise a pris l’ampleur d’une débâcle économique généralisée.
L’idée de recourir aux euro-obligations pour financer le budget européen avait été lancée pour la première fois par l’ancien président de la Commission Jacques Delors dans son plan de 1993 pour la croissance, la compétitivité et l’emploi. A l’origine, M. Delors voulait que les obligations de l’UE financent le budget européen. Mais la majorité des Etats membres s’était opposés à cette idée, craignant qu’elle n’augmente leurs dépenses dans le budget communautaire.
Actuellement, l’UE fournit un soutien financier à la Hongrie, sévèrement touchée par la crise, en émettant des obligations européennes. Cette mesure n’a encore jamais été utilisée depuis la création de l’Unions européenne. Le plafond pour cet instrument a été élevé de 12 à 15 milliards d’euros.




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