Alors que la Commission européenne présente aujourd'hui un plan de relance économique, Eric Heyer, directeur adjoint au département Analyse et Prévision de l'OFCE, revient pour EurActiv.fr sur les principales mesures avancées. Au premier rang desquelles, la suspension du pacte de stabilité et de croissance jusqu'en 2010.

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Le "plan de relance européen" n'a d'européen que le nom
Parmi les mesures proposées par la Commission européenne dans le cadre du plan européen de relance figure la suspension du pacte de stabilité et de croissance jusqu’en 2010. Est-ce une révolution ou simplement la mise en œuvre des décisions du pacte?
Ce n’est que l’application du pacte, qui prévoit des assouplissements en cas de circonstances exceptionnelles. Or étant donné que l’Europe vit la crise la plus grave depuis 1929, les circonstances exceptionnelles sont réunies.
Et est-ce la solution?
C’est la seule solution. Il y a trois solutions pour réguler la croissance : la politique monétaire, la politique budgétaire et la politique de change.
En ce qui concerne la politique monétaire, c’est la Banque centrale européenne qui a la main. Elle est vraiment complètement indépendante et n’en fait qu’à sa guise. Les Etats n’ont pas les moyens d’utiliser cet instrument. Il faut rappeler qu’au mois de juillet, la BCE avait augmenté ses taux d’intérêt alors que l’ensemble des chefs d’Etat avait demandé à Jean-Claude Trichet de les baisser. C’est quand même une erreur que personne ne relève et qui est pourtant vraiment grotesque. Aujourd’hui, la BCE est obligée de les baisser. Mais elle les diminue moins que la banque d’Angleterre ou que la FED.
Les Etats de l’UE n’ont pas d’instrument de change non plus. C’est plutôt le dollar qui fait le yoyo et pas du tout l’euro, qui s’apprécie ou se déprécie. Il ne reste donc plus que la politique budgétaire. Or la contrepartie d’une politique budgétaire expansionniste est un déficit supplémentaire, et donc un non respect des engagements du pacte de stabilité.
Le pacte de stabilité serait suspendu jusqu’en 2010. L’obligation pour la France de rentrer dans les clous du pacte en serait encore reportée…
C’est pire que ça. Il y a deux gros engagements. Le premier est de revenir à l’équilibre des finances publiques à l’horizon 2010-2012. L’autre est que le déficit ne dépasse pas 3% du PIB. On voit bien que le premier objectif de revenir à l’équilibre ne serait pas atteint de toutes les manières par la France. L’enjeu était de savoir si nous allions respecter le deuxième engagement. Et à mon sens on ne va pas le respecter non plus. Si l’on peut dire, dans le cas présent, l’avantage est que nous n’avons pas à nous justifier.
C’est un très gros problème pour la France. Car s’il nous est déjà arrivé de ne pas respecter nos engagements - en 2002-2003, notre déficit dépassait les 3% du PIB -, à l’époque, nous n’étions pas les seuls. L’Italie, et l’Allemagne étaient avec nous. 66% de la zone euro ne respectait donc pas le pacte. Mais aujourd’hui nous sommes les seuls. C’est très embêtant d’être isolé, surtout quand, face à vous, l’Allemagne est redevenue vertueuse et rigoureuse. C’est vraiment très dangereux. Même s’il n’est pas très heureux de dire ça, heureusement que la croissance en Allemagne n’est pas bonne. Etant données les difficultés pour l’UE de se mettre d’accord pour un plan de relance coordonné, tout accord aurait été impossible et impensable.
Mais comment revenir à l’équilibre en 2010?
Il faut oublier cette possibilité. L’idée d’une politique budgétaire est d’être contracyclique. C’est-à-dire d’être expansionniste quand l’activité est faible et d’être restrictive quand l’activité est forte. Tant que la croissance mondiale n’est pas repartie, on ne doit pas s’attendre à ce que les déficits baissent, ou très peu. Et quand la conjoncture repartira, il faudra faire un effort pour que le déficit baisse fortement. Donc si c’est reparti en 2010, il faudra faire des politiques budgétaires restrictives. Imaginons qu’on parte de 5% il faudra 6, 7, 10 années pour revenir à l’équilibre peut-être. Le vœu du gouvernement était de réduire les déficits de 0,6% par an d’ici 2010.
Mais la question que l’on doit surtout se poser est : quel est l’objectif principal? Dans un monde parfait, on aimerait être au plein emploi, avec un équilibre budgétaire et une inflation maîtrisée. Mais ce n’est pas le cas et il y a des choix à faire.
Si l’objectif principal est le plein emploi, en période de ralentissement et de crise économique, il faut faire une relance budgétaire et donc ça veut dire un déficit.
Si l’objectif principal est le retour à l’équilibre des finances publiques, alors il faut mener une politique restrictive et donc ça veut dire qu’on va s’éloigner du plein emploi et qu’il y aura une croissance plus faible, des restrictions d’emplois et une augmentation du chômage plus fortes. Sauf qu’on ne peut pas arriver à court terme aux deux objectifs en même temps en période de crise. Donc il faut choisir. C’est là où la politique intervient.




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