Les membres du G20, qui représentent près de 80% des revenus mondiaux, se retrouvent le 2 avril, à Londres. EurActiv.fr passe en revue les cinq thèmes majeurs qui seront abordés.

Vingt chefs d'Etats et de gouvernements sont rassemblés autour d'une même table pour une réunion que certains appellent déjà «le Yalta du XXIe siècle». Si tous s'accordent sur l'importance de ce qui ressortira de ce sommet, le mode opératoire divise Américains et Européens.

Le président Barack Obama, soutenu par le premier ministre britannique Gordon Brown, préfère la solution du plan de relance alors que l'Europe opte pour la régulation financière. La refonte du système financier, voire du modèle capitaliste, risque pourtant de prendre du temps, et le sommet de Londres pourrait déboucher sur plus de déclarations d’intentions que de mesures concrètes.

Dans le communiqué préalable à l’ouverture du G20, les ministres des Finances présentent en 24 points le programme des discussions. En plus de réformer le système financier, l'objectif est de rééquilibrer les échanges mondiaux et de donner aux économies émergentes une place adaptée à leur importance croissante au sein des institutions internationales (Fonds monétaire internationale et Fonds de stabilité financière). « Ils n’ont pas créé la crise mais ils en subissent le plus durement les effets », insiste le communiqué.

La lutte contre le protectionnisme sera réaffirmée une fois de plus: « Nous ne nous réfugierons pas dans un protectionnisme financier ». Une répétition nécessaire, puisque parmi les 20, seul l’Arabie saoudite et l’Afrique du sud n’ont pas mis en place de mesures protectionnistes.

De plus, les ministres se sont engagés à cesser les dévaluations nationales défavorables aux échanges commerciaux internationaux.

Réformer les systèmes financiers.

«Nous reconnaissons que les faiblesses dans le secteur financier et les défaillances de la surveillance et de la régulation financière sont les causes profondes de la crise», rapporte le communiqué.

Les réformes profondes des systèmes financiers devraient favoriser la transparence des informations et la mise en place de garde-fous contre les dérives et les prises de risques,  « afin qu’une telle crise ne se reproduise pas ».

Hedge funds
Ainsi les hedge funds (fonds spéculatifs), accusés d’être à l’origine ou d’avoir participé à provoquer la crise, seront placés sous surveillance.

Paradis fiscaux
Déjà au cœur de la polémique, les paradis fiscaux, européens ou américains, seront mis en cause par les gouvernants. C’est surtout le manque à gagner fiscal qui intéresse les Etats. La France perdrait ainsi chaque année près de 20 milliards d’euros.

Pour la première fois, la rémunération des patrons devrait être abordée lors du sommet.

Réformer le FMI et le FSF

L’institution de Bretton Woods continuera d’exercer une surveillance macroéconomique, et devrait jouer, dans un premier temps, un rôle de superviseur de la crise, puis de superviseur économique mondial.

Il devra appliquer les réformes adoptées en avril 2008, sur l’équilibre des votes entre pays développés et pays émergents. En outre, un conseil ministériel devrait être créé afin de lui « donner plus de crédibilité et une orientation stratégique ».

Le Forum de stabilité financière sera lui chargé de surveiller les marchés financiers sous un nouveau nom, Conseil de stabilité financière (CSF). Dès avril, il devrait mettre en place un dispositif d’ « alerte précoce » pour avertir les gouvernements de toute opération financière risquée.

En tant qu’institution des marchés, il devra développer des principes communs sur la régulation des leviers financiers, et faciliter la collaboration entre les régulateurs internationaux et les législateurs. A l’instar du FMI, il devra être plus représentatif des économies émergentes.

Les Banques de développement multilatéral (Banque mondiale et ses quatre déclinaisons régionales, africaine, américaine, asiatique et européenne) recevront également des fonds supplémentaires.

Les flux commerciaux et monétaires devront être rééquilibrés et la balance entre exportations et importations devra être rétablie entre pays développés et pays émergents.

Le G20 devrait également inviter ses membres à investir dans le développement durable, les industries vertes, les politiques environnementales dans la perspective de la conférence de Copenhague en décembre 2009, et les mesures sociales.


POSITIONS :

Invité de la radio Europe 1 mercredi 1er avril, Nicolas Sarkozy a affirmé qu'«en l'état actuel, les projets [de communiqué] ne conviennent ni à la France ni à l'Allemagne». Au sujet des paradis fiscaux, il a exigé que des listes soient constituées et des actions fortes prises. (Lire EurActiv.fr 1/04/1009)

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso s‘est réjoui mardi 31 mars de constater « une convergence de vues (…) au sein du G20 sur la position européenne », axée sur une réforme de la régulation financière. Il a noté le défi que représente « une réforme rapide, cohérente et globale de la régulation des marchés », et rappelé les cinq points sur lesquelles l’UE espère un règlement: la relance économique, la réforme des marchés financiers, la gouvernance globale, la lutte contre le protectionnisme et l’aide au développement. Prudent, il a averti « qu’il ne faut pas attendre de solution miracle du 2 avril », tout en rappelant que «  c’est l’occasion ou jamais ».

Le président du PSE, le Parti socialiste européen, Poul Rasmussen a enjoint le G20 à s’accorder sur un nouveau plan de relance mondial afin de relancer l’emploi et la croissance. « Il y a désormais plus de 19 millions de chômeurs en Europe, et selon les prévisions de l’OCDE, l’activité économique va plonger jusqu’à 4,3% cette année (…) C’est un désastre économique et humain. » Il a également  fait part de son inquiétude pour les pays en développement, particulièrement menacés.

La Fédération bancaire française à appelé dans un communiqué à « franchir une étape décisive dans la construction du nouveau système financier international », insistant sur la nécessaire « institutionnalisation de la coopération internationale entre autorités nationales ou européennes ».

A l’OFCE, les économistes Catherine Mathieu et Henri Sterdyniak recommandent dans une analyse de combiner plan de relance et régulation. « Les nécessités de la relance ne doivent pas masquer les besoins de réformes et réciproquement. Sortir de la dépression nécessite un important soutien monétaire et budgétaire, mais rétablir confiance en une croissance soutenue suppose aussi que soit défini un nouveau modèle de croissance pour l’économie mondiale. Il faut remettre le système financier et bancaire en état de marche ; mais, là aussi, se pose la question d’un nouveau fonctionnement de la finance. »

De son côté, le président américain Barack Obama s’est montré optimiste en voulant minimiser les oppositions entre les participants. «J'ai une confiance absolue dans le fait que cette réunion va refléter un consensus énorme sur la nécessité de travailler de concert face à ces problèmes.»

Barack Obama a appelé les pays du G 20 à soutenir la croissance et à travailler ensemble sur des réformes de régulation du système financier, plutôt que de succomber aux réflexes protectionnistes qui ont aggravé la Grande dépression dans les années 1930. «C'est une erreur que nous ne pouvons pas nous permettre de répéter.»

Le président de la Confédération européenne des ONG d'urgence et de développement, Justin Kilcullen a interpellé l'attention des dirigeants sur la diminution des aides humanitaires. «Les personnes vivant dans les pays en développement sont en train de connaître une diminution de l'aide au développement en raison des difficultés financières dans le monde. Ces tendances à la baisse auront des conséquences concrètes pour les personnes les plus vulnérables et marginalisées qui vivent dans la précarité.»

Doit s'ajouter, selon lui, «une profonde remise en question de notre modèle de développement actuel, qui repose essentiellement sur une forte croissance économique, une répartition inégale des richesses et l’exploitation à outrance des ressources naturelles. Nous appelons aussi à une réforme de la gouvernance économique mondiale dans laquelle les pays en développement auraient plus de poids.»