«Des prix du carbone élevés sont un levier très puissant pour l’énergie issue du gaz», a déclaré Ian Cronshaw, chef de la division « Diversification de l’énergie » de l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Il s’adressait à des représentants de l’industrie du gaz naturel liquéfié (GNL) à Bruxelles le 30 avril. 

Il a soutenu que des prix forts, aux environs de 25 à 28 € la tonne, constatés début 2008, conféraient aux sociétés de gaz un important avantage compétitif. Ce fut par exemple le cas au Royaume-Uni.

Les prix des quotas européens se sont effondrés depuis lors, puisque la crise financière a substantiellement réduit la demande des industries (EurActiv.com 09/02/09). Les intervenants au séminaire ont néanmoins soutenu qu’il est important de ne pas se fier aux signaux à court terme pour prédire l’avenir à long terme des marchés du gaz.

Ancien directeur adjoint de l’AIE, William C. Ramsay a affirmé que le charbon et le gaz sont toujours en concurrence aux Etats-Unis, tandis que le marché européen du carbone a déjà faussé le marché en faveur du gaz au Royaume-Uni. 

Fin avril, un ancien fonctionnaire américain pour l’énergie a affirmé que les Etats-Unis devraient s’attendre également à une hausse du prix de l’énergie issue du gaz, si le président Barack Obama fait adopter un projet de loi de plafonnement et d’échange, d’après l’un des premiers fournisseurs d’information sur l’énergie et les marchandises, Platts.

« Si l’énergie nucléaire croît légèrement, le gaz naturel sera un des grands gagnants de la période 2010-2030 », a expliqué M. Guy Caruso, ancien chef de l’administration américaine de l’information énergétique. « Cela va probablement se dérouler comme cela, même si l’administration Obama est très prudente sur les soutiens apportés au combustible fossile », a-t-il ajouté.

M. Caruso a aussi fait remarquer que, même si le charbon fournit environ 50 % de l’énergie électrique aux Etats-Unis, cette proportion tomberait sous les 40 % si la législation sur les échanges de quotas venait à aboutir.

Le gaz russe représente 44% des importations européennes

«Le marché du gaz, précédemment régional, est maintenant devenu un marché mondial, et en dépit des chutes actuelles, nous allons assister à une hausse des prix», a expliqué M. Cronshaw. Les prix du gaz fixent aujourd’hui le prix de l’énergie, a-t-il conclu. La production de gaz naturel domestique européen devrait diminuer dans les prochaines années, ce qui signifie qu’il y aura un besoin croissant d’importations.

L’Europe compte fortement sur le gaz russe, qui représente jusqu’à 44 % de ses importations. Les problèmes d’une telle dépendance sont apparus clairement au début de cette année, quand le litige gazier entre la Russie et l’Ukraine, cet hiver, a forcé l’UE à repenser les itinéraires d’importation de son approvisionnement (EurActiv.com 22/01/09).

Comme l’a souligné la Commission européenne dans sa deuxième analyse stratégique de novembre 2008, le gaz naturel liquéfié (GNL) permettrait à l’Europe d’importer du gaz à partir de sources non connectées aux gazoducs. Ainsi, la majeure partie du GNL européen viendrait d’Algérie et du Nigeria, alors que ses gazoducs courent essentiellement à travers des territoires sous influence russe.

Le processus implique la liquéfaction du gaz à la source, puis son transport sous une forme beaucoup plus compacte vers sa destination, où il est alors retransformé en gaz. 

Selon Tom Vanden Borre de la direction générale de la Commission pour l’Energie et le transport, le GNL est important en termes d’amélioration de la sécurité énergétique européenne, puisqu’il y a davantage de pays qui produisent du gaz que ceux qui peuvent le livrer par gazoducs.

M. Vanden Borre a déclaré aux participants du séminaire à Bruxelles que, alors que les sept terminaux européens de GNL ont une capacité annuelle de 102,4 milliards de mètres cube, un terminal supplémentaire de 60 milliards de mètres cube était en cours de construction. Il y a une tendance évidente à accroître la capacité des terminaux de GNL en Europe, a-t-il conclu.