Outre les questions institutionnelles, les chefs d’Etat et de gouvernement ont procédé à un premier tour de tables, jeudi 29 octobre, sur les questions climatiques.  

En jeu: les unités de quantité attribuées (UQA, ou AAU en anglais). Ces crédits de gaz à effet de serre ont été attribués à certains Etats lors de la signature du protocole de Kyoto. Ils correspondent à une tonne métrique d’équivalent CO2. 

Chaque pays ayant pris dans le cadre du protocole de Kyoto un engagement quantifié de réduction de ses émissions s’est vu allouer en conséquence un volume de quotas, qu’il peut soit utiliser, soit échanger sur le marché. Problème: le surplus actuel est estimé à 7,7 milliards d’UQA. Il est essentiellement lié au fait que les objectifs fixés à Kyoto pour les pays en transition étaient très supérieurs aux émissions réelles.

Or, ce surplus est si important que l’UE craint qu’il ne mette en péril l’accord international de Copenhague. Pour désamorcer cette bombe à retardement, la présidence suédoise tente de mettre fin à ce système. Dans une proposition de conclusions, Stockholm propose en effet que «le Conseil [prenne] la position ferme que les UQA non utilisés devront être utilisés avec des ontraintes telles qu’elle n’auraient pas d’impact négatif sur l’environnement». La proposition suédoise revient en fait à rendre obsolète le système des UQA.

Le poids de la Russie

Ce paragraphe déclenche la fureur des nouveaux Etats membres, qui disposent d’un stock confortable d’UQA. «Nous demander de nous débarrasser de ce petit capital de carbone accumulé grace à la réduction des émissions des CO2 est injuste», fulmine un diplomate polonais.

Varsovie voit en cette possible suppression des UQA une nouvelle campagne contre elle. «Si depuis quinze ans, les émissions de CO2 ont baissé en Europe, c’est uniquement grâce à l’élargissement», estime la même source. 

La Russie, que l’UE rencontre le 13 novembre, pourrait également peser en faveur des arguments polonais. «Il sera évidemment hors de questions pour les Russes de revenir sur la question des UQA lors de ce sommet.» Moscou a en effet accumulé près de 5 milliards d’unités. Une véritable manne financière, si la Russie décide de revendre son stock à d’autres pays gourmands en carbone.

La Pologne est d’autant plus exaspérée qu’elle est accusée, injustement selon elle, d’avoir fait capoter les négociations du Conseil des ministres des Finances sur ce sujet (EurActiv.fr 21/10/2009). «Tout le monde nous accuse, mais ce sont l’Allemagne, le Danemark , les Pays-Bas et le Royaume-Uni qui ont bloqué la discussion.» Berlin se montre en effet très réticent à voir apparaître le moindre chiffre dans les conclusions du sommet.

Bataille de chiffres

Ce n’est en effet que le 26 octobre, à l’issue du Conseil Affaires Générales que l’Allemagne a accepté de voir figurer le chiffre de 100 milliards d’euros dans ce texte. La somme correspond à l’estimation du coût annuel du changement climatique pour les pays en voie de développement d’ici 2020. 

En revanche, Berlin freine des quatre fers pour ne pas voir apparaître les deux autres chiffres contenus dans le projet de conclusions: la fourchette de 22 à 50 milliards, qui correspond à l’estimation du financement public nécessaire pour couvrir les 100 milliards d’euros évoqués plus haut; et les 5 à 7 milliards d’euros, qui correspondent à la somme à dépenser entre 2011 et 2013.

Les négociations sur ces points sensibles devraient continuer la journée du 30 octobre. La présidence suédoise met un nouveau texte sur la table le 30 au matin. Nombreux sont ceux qui craignent qu’en l’absence de compromis, l’UE ne puisse pas arriver avec une position unifiée à Copenhague. Néanmoins, la France demande à ses partenaires la tenue d’un sommet extraordinaire sur les questions climatiques avant l’ouverture des négociations au Danemark.