L’accord sur la coopération entre les pays dans le domaine du nucléaire civil prévoit que les géants énergétiques italiens et français, Enel et EDF, construiront au moins quatre centrales nucléaires en Italie. L’objectif est d’ouvrir la première centrale d’ici à 2020. L’accord entre les entreprises prévoit d’attribuer à Enel une part majoritaire dans les centrales et permet aux géants de conduire leur opération. 

L’Italie fait donc volte-face. En novembre 1987, les Italiens ont rejeté le nucléaire lors d’un référendum qui a conduit à la fermeture de toutes les centrales en activité à cette époque. Mais à la suite des élections de 2008, le nouveau gouvernement de M. Berlusconi a lancé des projets visant à poursuivre la construction de centrales nucléaires. 

Les nouvelles centrales utiliseront un réacteur pressurisé européen (EPR), technologie de pointe dans le domaine de l’énergie atomique. En outre, Enel souhaiterait élargir la coopération en cours avec EDF pour construire cinq réacteurs EPR supplémentaires en France. 

L’exception française

La France a décidé de continuer le développement du nucléaire. Elle dépend de cette énergie à près de 80% de ses besoins énergétiques. Il s’agit également du plus grand exportateur net d’électricité, dont la plus grande partie est destinée au Royaume-Uni, à l’Italie, aux Pays-Bas et à l’Allemagne. Le gouvernement de M. Sarkozy a donné son feu vert pour la construction d’un nouveau réacteur à Flamanville, en Normandie. Le géant EDF a quant à lui acheté l’année dernière British Energy, qui domine le paysage nucléaire britannique, et prévoit de construire de nouvelles centrales au Royaume-Uni. 

En conséquence, les prix de l’électricité sont plus bas en France que dans la plupart des pays européens. Pour cette raison, de forts arguments s’élèvent en faveur du nucléaire en Allemagne, où les prix de l’électricité sont plus élevés que la moyenne européenne, et où le gouvernement prévoit de supprimer complètement le nucléaire d’ici à 2021. 

Au nord de l’Europe, le Danemark est le seul qui respecte une politique zéro nucléaire. Le premier ministre suédois, Fredrik Reinfeldt, a annoncé le 5 février que la Suède reviendrait sur une décision d’il y a 30 ans interdisant la construction de nouvelles centrales nucléaires. Quant à la Finlande, elle construit sa cinquième centrale à Olkiluoto, et le groupe énergétique Fortum s’est porté candidat à sa réalisation. 

La Pologne prévoit également de construire deux centrales nucléaires d’ici à 2025 dans le cadre de son plan d’action dans le domaine de la sécurité énergétique qui cherche à réduire la dépendance du pays au charbon (EurActiv 6/02/09).

Acteurs environnementaux divisés

Même les acteurs environnementaux sont divisés sur les vertus et les vices du nucléaire. D’une part, Greenpeace et le WWF s’y opposent: pour les deux organisations, le nucléaire ne garantira pas les réductions d’émissions nécessaires pour lutter efficacement contre le changement climatique et ne fera que remplacer un problème par un autre.

D’un autre côté, pour des spécialistes de l’environnement tels que James Lovelock et Patrick Moore, l’un des fondateurs de Greenpeace, l’énergie atomique constitue une solution aux problèmes climatiques mondiaux. 

Toutefois, selon des observateurs critiques, le développement de l’énergie nucléaire détourne l’attention des énergies renouvelables, qui pourraient fournir une solution durable à la sécurité énergétique. 

POSITIONS:

Le PDG d’Enel, Fulvio Conti, a déclaré qu’Enel était «heureux» d’avoir un partenaire industriel doté de l’expérience et de la réputation internationale d’EDF pour relancer l’électricité nucléaire en Italie. Selon lui, les accords signés aujourd’hui contribuent au «renforcement» des économies françaises et italiennes dans le secteur stratégique de l’énergie et au développement d’une plus grande réciprocité entre les marchés. 

Au sujet des projets d’EDF de construire des réacteurs européens pressurisés au Royaume-Uni, Nathan Argent, directeur de l’unité en charge des solutions énergétiques chez Greenpeace, a indiqué qu’au lieu d’être trompés par les «promesses creuses du lobby nucléaire», les gouvernements et les industries devraient réaliser un «investissement intelligent» dans l’efficacité énergétique. Une telle mesure créerait des milliers d’emplois et combattrait les problèmes de rareté du combustible et du changement climatique.