Les fonds alloués aux pays en développement pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre devraient provenir du secteur privé et de l’argent du marché de carbone. C’est ce qu’a suggéré le commissaire à l’Environnement, Stavros Dimas, en présentant les propositions de l’UE pour Copenhague, mercredi 28 janvier.

«Sans argent il n’y aura pas d’accord», a déclaré Stavros Dimas, ajoutant que la Commission européenne était bien consciente que les chances de parvenir à un compromis au niveau international dépendraient largement de la responsabilité commune des Etats de lutter contre le changement climatique.

Selon l’exécutif européen, les actions menées par les pays développés de l’OCDE ne suffiront pas à elles seules, parce que les émissions des pays en développement croîssent trop rapidement.

C’est pourquoi l’Union européenne propose que les pays en développement (PED) –notamment la Chine et l’Inde mais pas les pays les moins développés d’Afrique– diminuent leurs émissions de gaz à effet de serre de 15 à 30% d’ici 2020 par rapport à leur niveau actuel.

Stavros Dimas a également suggéré que les PED adoptent des stratégies «vertes» de long terme pour diminuer leurs émissions de CO2 en utilisant leurs propres ressources et la régulation. Ceci pourrait en effet pousser le secteur privé à investir dans les technologies propres.

Les investissements qui ne pourront pas être financés  par les ressources propres des PED le seront grâce aux fonds publics de la communauté internationale, a proposé la Commission.

Vers un marché du carbone pour tous les pays de l’OCDE?

Les pays développés devront enfin poursuivre leur politique de réduction d’émissions et jouer leur rôle de leader sur la scène internationale en diminuant leurs émissions de 30% d’ici 2020, par rapport au niveau de 1990. L’UE propose enfin de mettre sur pieds un marché du carbone qui inclurait tous les pays de l’OCDE. Ce système pourrait par la suite être étendu aux PED. «Nous devons conclure un accord que les Etats-Unis aient décidé de plafonner leurs émissions où pas d’ici Copenhague», a conclu Stavros Dimas.

POSITIONS :

«Différentes versions du texte ont circulé. La première était intéressante car sur la question du financement des pays du sud, qui est quand même le trou noir de ce dossier, un chiffre était enfin proposé», explique Damien Demailly, du WWF France.

Le projet initial proposait d’allouer 28 milliards d’euros d’ici à 2020 à ces pays. Selon la première option, les pays développés auraient payé un prix fixé pour chaque tonne de CO2 émise –d’abord 1 euro par tonne, puis 3 euros par la suite. 
L’autre option, plus aléatoire car elle dépend des fluctuations du marché, prévoyait qu’un pourcentage de quotas d’émissions échangées par les Etats soit mis de côté pour alimenter le fonds. 

«Cette proposition était un peu nouvelle. Ce chiffre était trop faible étant donné les besoins des PED mais c’était un début. Or dans la version finale du texte, ce chiffre a disparu ainsi que les mécanismes proposés par l’UE pour ce financement. Une fois de plus, les négociateurs européens vont arriver aux nouvelles négociations avec nos partenaires internationaux, fin mars, avec rien de très concret à mettre sur la table», regrette Damien Demailly.

Aussi critique, la députée européenne française Anne Ferrera (PSE) se dit «déçue» par le projet. «La Commission produit beaucoup de textes, mais qui ne sont pas toujours sur la même ligne. Nous ne savons pas très bien où nous allons. Notamment sur les engagements financiers. Les 28 milliards d’euros étaient nécessaires. Or aujourd’hui, le texte est très flou», ajoute-t-elle. «L’Europe ne doit surtout pas perdre une occasion de montrer sa valeur ajoutée dans la lutte contre le changement climatique.»

Chez EDF, le son de cloche est plus positif. «Après le paquet énergie-climat, la Commission cherche à maintenir le rythme et à montrer que la question climatique n’appartient pas au passé. C’est aussi un moyen de défier les Etats-Unis». Concernant les chiffres, le constat est également plus clément. «Dans la conjoncture actuelle de mise en œuvre du plan de relance économique, il est très difficile,  d’évaluer l’impact de ce qui a été voté en décembre. Cela prendra donc du temps pour que la Commission elle-même sache exactement quelle est sa marge de manœuvre réelle sur l’application du paquet énergie-climat», estime-t-on dans le groupe.