L’accord qui va succéder au Protocole de Kyoto devrait mieux prendre en compte les forêts, de manière durable, dans la stratégie de lutte contre les émissions de gaz à effet de serre (GES).

Conformément aux projets actuels, les règles de l’utilisation des sols, leur changement d’affectation et la foresterie (LULUCF) seront appliquées aux forêts des pays développés. Simultanément, le programme de réduction des émissions de carbone forestier (REDD) permettra aux pays en voie de développement de lutter contre le déboisement.

Mais combler les lacunes du protocole de Kyoto par la mise en place d’un système relatif aux forêts dans les pays développés est un défi de taille.

La situation de grands Etats comme le Canada ou la Russie, largement couverts par des forêts et qui prévoient de vastes plans de déforestation, s’oppose à celle de pays plus petits, note un diplomate européen.

Deux modèles de prise en compte de la forêt se distinguent, selon lui, dans les pays développés.

La première approche consiste à « regarder l’ensemble du parc forestier et estimer la quantité de CO2 absorbée », explique-t-il. « Dans ce cas, le résultat est toujours positif puisque les forêts continuent à absorber du CO2 même après des opérations de déboisement intenses ».  

Le deuxième modèle implique de « mesurer l’évolution du parc existant ». « Si vous avez une grande forêt au départ et que vous déboisez, le résultat est négatif », ajoute-t-il.

L’enjeu pour l’UE en tant que bloc est mineur car les activités liées à la forêt y représentent peu d’émissions.

De vastes forêts couvrent cependant la Suède, la Finlande et l’Autriche. La première approche les séduit davantage, selon le diplomate. L’objectif des autres Etats membres serait plutôt « d’avoir une position qui prenne seulement en compte la différence entre déboisement et reboisement ».

Mais les discussions au niveau des Nations Unies tendraient vers une méthode d’évaluation plus stricte, prévient le diplomate. Cela « parce que les Etats-Unis privilégient une approche plus sévère et que les pays comprenant de larges forêts tropicales poussent dans ce sens. Un système prenant en compte les forêts présentes sur leur territoire serait en effet bien plus avantageux pour eux »

Selon le modèle retenu par les Suédois, les Finlandais, et les Autrichiens, les Etats ne sont pas obligés d’acheter des crédits lorsqu’ils déboisent, du moment qu’ils remplacent les arbres coupés par de nouvelles plantations. « Cela ne signifie pas pour autant une absence d’impact, puisque ces nouveaux arbres n’absorbent pas autant de CO2 », note un observateur critique.

Les ONG espèrent que les ministres européens de l’environnement œuvreront en faveur de l’écologie lors du Conseil le 21 octobre 2009. Leurs conclusions, qui définiront probablement la position finale de l’UE pour Copenhague, risquent toutefois de refléter les deux options mentionnées ci-dessus, estime le diplomate interrogé par EurActiv.

« On pourrait imaginer une vision communautaire très écologique de l’utilisation des sols et l’exploitation forestière, mais c’est tout le contraire en réalité », regrette le membre de  l’association britannique de protection des oiseaux (RSPB) John Lanchbery. Ce dernier note même des similitudes entre la position de l’UE et celle de la Russie et du Canada. « La plupart des Etats souhaiteraient pourtant un système franc, où le secteur forestier serait traité de la même manière que celui de l’électricité ».    

Les discussions sur la déforestation tropicale s’égarent

Limiter la déforestation est un enjeu crucial en termes de réchauffement climatique, puisque ses émissions de CO2 figurent parmi les plus élevées.

La confrontation des intérêts nationaux retarde toutefois l’émergence d’un compromis.

Le principal négociateur de la Commission européenne, Artur Runge-Metzger, déplore le peu de progrès effectués dans le domaine climatique lors des discussions à Bangkok le 9 octobre. (EurActiv 13/10/09), alors que les experts travaillent sur le sujet depuis 2006. « Les questions importantes, concernant en particulier les forêts et le financement, ne seront abordées que le mois prochain à Barcelone », a-t-il regretté.  

A l’intérieur de l’UE, plusieurs Etats membres tentent de s’assurer que leurs industries se placent le mieux possible dans le débat pour savoir quelles activités obtiendront le plus de fonds, selon les sources d’Euractiv.com. Les milliards de dollars offerts attirent les entreprises d’abattage, qui espèrent toucher des subventions pour réduire leur impact sur le réchauffement climatique via le REDD.

Certains pays, dont la France et l’Espagne, défendent avec insistance le concept de management forestier durable pour orienter les subventions. La déclaration de Bali, à l’origine du mécanisme REDD en 2007 parle, elle, de management durable des forêts.

La différence de dénomination joue dans la définition du concept. La première fait référence à des abattages ou une exploitation durable, alors que l’expression de base englobe davantage d’activités, y compris la conservation, et les communautés locales.

Les écologistes militent contre toute provision détournant des fonds qu’ils réservent aux communautés locales et aux réductions d’émissions significatives. « Il est très important pour nous que les financements REDD à venir soient utilisés effectivement pour arrêter la déforestation et en faveur des communautés locales, et non pour subventionner la foresterie et l’industrie agricole", proteste le directeur des campagnes forestières de Greenpeace Sébastien Risso.

CALENDRIER :

  • 18-19 Oct.: Forum des principales puissances économiques à Londres
  • 20 Oct.: Conseil ECOFIN
  • 21 Oct.: Conseil Environnement
  • 29-30 Oct.: Conseil européen
  • 2-7 Nov.: Négociations de l’ONU à Barcelone
  • 7-18 Dec.: Conférence de l’ONU sur le climat à Copenhague