La conférence internationale des Nations Unies sur le climat s’ouvre aujourd’hui. Que pensez-vous des chances de succès de cette réunion ?

Je suis un peu moins pessimiste qu’il y a 15 jours, même si je pense que c’est trop tard pour qu’un nouveau protocole en ressorte.

Les déclarations chinoises de réduction de 41% d’ici 2020 par rapport au business as usual, avec 2005 comme année de référence vont dans le bon sens même si on est encore un peu loin du compte. Tout comme les déclarations américaines [réduction de 17% d’ici 2020, 30% d’ici 2025, 42% d’ici 2030, par rapport à 2005, ndlr] même si on est très loin du compte avec les déclarations américaines. Mais ce sont quand même des engagements précis. Ensuite l’Inde a dit qu’elle était prête à en faire autant [24% de son intensité carbone d’ici 2020 par rapport aux niveaux de 2005, ndlr]. On a donc quand même l’impression que la situation évolue un peu.

Que signifie cette réduction annoncée par les Chinois située par rapport au « business as usual » ?

Il s’agit de décrocher la croissance économique de la croissance énergétique. Jusqu’à maintenant pour un point de croissance, on avait « tant » de croissance de CO2. Les Chinois disent qu’ils vont réduire de 41% en 2020 cette croissance corrélative.

Ce n’est pas le même engagement que de s’engager sur des chiffres de réduction en valeur absolue…

Non, la réduction dépend de la croissance. Mais c’est quand même un objectif quantifié. Reste cependant à savoir comment ces ambitions seront contrôlées. Or les Chinois ont dit qu’ils ne voulaient pas de contrôle chez eux. C’est un problème.

Les négociations vont avancer sur deux pieds. D’une part le post-Kyoto et d’autre part les négociations avec les Américains et les pays émergents dans le cadre de la Convention cadre des Nations Unies sur le climat. Existe-t-il une possibilité qu’il n’y ait plus à la fin qu’une déclaration politique globale ?

Tout est possible. La négociation est très ouverte. Je ne suis cependant pas convaincue que les Américains vont signer quelque chose. C’est là le vrai sujet.

Quel est selon vous le résultat minimum auquel doit aboutir la négociation ?

Si on se tourne vers le Sud, hors BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine), l’essentiel est le financement. C’est évident. Si je me tourne vers les BRIC, l’essentiel est le niveau des objectifs. D’ici 2020, parce que d’ici 2050 cela ne veut pas dire grand-chose, il ne faut pas être naïf. Et ce d’autant plus qu’il faut se rappeler que les Européens n’ont pas été capables de faire un burden sharing. Beaucoup de questions sont donc aujourd’hui en suspend.

Que peut-on attendre du Conseil européen des 10 et 11 décembre ?

Qu’il donne un coup de dynamique ne serait-ce qu’en trouvant un moyen de partager le fardeau ou un accord sur les financements innovants. Mais pour l’instant nous n’y sommes pas. Et j’attire votre attention sur le fait que lorsque la commission Environnement du Parlement européen a proposé que parmi les financements innovants figure une taxe sur les transactions financières, j’ai eu le sentiment que le PPE, et donc l’UMP, dans son unanimité était contre.

Dans le même ordre d’idée, la députée européenne François Grossetête (UMP, PPE) a été à la pointe de ceux qui se sont battus pour essayer d’avoir les engagements les plus faibles possibles notamment en exigeant des pays du Sud le même niveau d’engagement que les pays du Nord. Heureusement l’amendement a été repoussé. Mais c’est quand même de France que cela vient. Cela pose une difficulté.

Selon vous l’engagement des pays du Sud doit-il être chiffré ?

Il faut reprendre ce que dit le GIEC. Pour que cela marche (rester dans la limite de réchauffement de 2°C), les pays du Nord doivent réduire leurs émissions de 25 et 40%, et les autres autour de 30% par rapport au « business as usual » d’ici 2020. Et d’une certaine manière le GIEC est pour moi le juge de paix.

Que pensez-vous du plan justice climat français ?

Tout d’abord il n’est pas très différent du plan voté par le Parlement européen. Et puis il y a une part de gesticulation dans ce que fait le gouvernement français, notamment liée à des considérations de politique intérieure. On ne peut pas dire que cela renforce la position de l’Europe. Et j’entends beaucoup de critiques de nos  partenaires qui estiment que les Français font encore une fois cavalier seul.

Vous faites partie de la délégation du Parlement européen à Copenhague. Comment allez-vous travailler ?

Des réunions avec le Conseil et la Commission sont prévues tous les matins. Et ensuite au cours de la journée les rôles sont répartis entre les dix membres de la délégation. Nous commençons officiellement nos travaux mardi 8 décembre.  

Si jamais la conférence de Copenhague échoue, la prochaine étape est Mexico en 2010 ?

Beaucoup de gens renvoient à Mexico. Mais je vous rappelle que quand on a échoué à Bali, nombreux sont ceux à avoir dit que ce n’était pas grave et que l’après-Kyoto se déciderait à Copenhague.