Obtenir des informations détaillées sur la situation actuelle quant aux livraisons de gaz russe. C’est l’objectif des représentants de la Présidence tchèque et de la Commission européenne à Kiev depuis le 5 janvier. En clair, il s’agit pour les Tchèques de vérifier dans quelle mesure l’Europe subira les conséquences de cette crise gazière, qui agite Russes et Ukrainiens depuis le 1er janvier. L’Ukraine assure à elle seule le transit de 80% du gaz russe qui entre en Europe.

Mais dans la nuit du 5 au 6 janvier, le ministère bulgare a indiqué dans un communiqué que les livraisons de gaz russe transitant par l’Ukraine avaient été arrêtés. La Grèce et la Turquie seraient également concernées. “Nous sommes dans une situation de crise”, ajoute le communiqué cité par l’AFP.

En Ukraine, la société Naftogaz a précisé que “d’ici quelques heures”, des perturbations dans l’acheminement du gaz vers l’Europe allaient se faire sentir. La société russe Gazprom auraient diminué les livraisons de gaz à destination des Européens transitant vers l’Ukraine.

Des situations divergentes

La Russie est le principal fournisseur de gaz de l’UE à côté de l’Algérie et de la Norvège, assurant 40% des importations européennes. Mais le niveau de dépendance au gaz russe varie largement d’un Etat membre à l’autre. A titre d’exemple, tandis que 98% du gaz naturel slovaque provient de la Russie, ce nombre est de 20% en France.

Les pays de l’Est de l’Europe sont beaucoup plus dépendants du gaz russe, même si le niveau de stockage diffère entre eux. La Bulgarie ou la Pologne peuvent être gravement affectées par un arrêt de la fourniture de gaz russe, contrairement à la Hongrie ou la Slovaquie.

A l’ouest, un arrêt des approvisionnements russes aurait des effets beaucoup moins graves. Des pays tels que l’Italie, qui peut largement puiser dans ses stocks, ou l’Allemagne, dont les fournisseurs d’énergie sont plus diversifiés, ne seraient que peu affectés.

En France, la situation est également loin d’être préoccupante. La Norvège, l’Algérie, les Pays Bas approvisionnent la France à côté de la Russie, qui ne constitue pas son fournisseur majoritaire. En outre, les énergéticiens français assurent ne pas subir les conséquences de la crise. « Nous recevons nos livraisons de gaz de manière régulière, conformément à ce que prévoient nos contrats avec Gazprom », assure-t-on chez GDF SUEZ, premier fournisseur de gaz en Europe, mais dont le mix énergétique n’est composé que de 10% de gaz russe.

Mais alors quelles seront les conséquences pour l’Europe ? Elles « vont dépendre essentiellement de deux facteurs : de sa durée, et surtout de l’attitude de l’Ukraine concernant le détournement du gaz destiné à l’Union européenne et qui passe par son territoire », estime Pierre Noël, chercheur associé à l’université de Cambridge. « Il ne faut pas surestimer le niveau de dépendance énergétique de l’Europe vis-à-vis de la Russie. Pour le moment, on ne peut pas craindre une pénurie énergétique, ni en France ni en Europe. En outre, un accord entre la Russie et l’Ukraine ne devrait pas tarder à aboutir », estimait encore le chercheur interrogé par EurActiv.fr le 5 janvier.

Cette crise met cependant en lumière les difficultés que pourrait connaître l’UE à adopter une position commune dans ce domaine. « Les contrats de fourniture de gaz se font d’Etat à Etat, explique Pierre Noël. C’est donc surtout au niveau bilatéral que chacun doit se charger d’assurer sa situation. »