Pour la première fois, les huit plus grandes économies industrielles du monde ont reconnu que l’augmentation de la température moyenne mondiale devrait être limitée à 2°C. Selon un large consensus scientifique, c’est la limite supérieure à respecter si le monde veut échapper à un changement climatique catastrophique. 

En conséquence, les dirigeants du G8 ont promis de soutenir un objectif mondial de réduction des émissions de 50 % avant 2050. De plus, ils ont apporté leur soutien à un objectif de long terme de 80 % ou plus pour les pays industrialisés.

Mais l’année de référence pour le calcul des réductions d’émissions est restée floue. Les participants se sont contentés de fixer un objectif de réduction en référence aux émissions de 1990 ou d’années plus récentes. Cette formulation pourrait laisser présager une opposition frontale entre les nations. Une situation qui n’est pas sans rappeler les négociations sur le paquet énergie-climat au sein de l’UE.

"Les conclusions du G8 sur le sujet ont plus progressé que jamais", a déclaré une fonctionnaire de la Commission européenne. "Puisque la définition d’un objectif intermédiaire n’était pas au programme de la réunion, toutes les attentes ont été satisfaites, sauf un accord sur l’année de référence", a-t-elle ajouté.

Mais les organisations de défense de l’environnement se sont montrées beaucoup plus sceptiques, affirmant que le seuil des 2°C serait dépassé en l’absence d’un accord collectif sur un objectif pour 2020.

"Les leaders mondiaux sont redescendus sur terre ; nous accueillons la nouvelle avec plaisir, mais pourquoi ne nous ont-ils pas dit comment ils comptent réussir ce qu’ils promettent ?", a demandé Kim Carstensen, le responsable de l’Initiative Climat du WWF.

Selon le Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), les pays industrialisés devront réduire leurs émissions de 25 à 40 % d’ici 2020 pour éviter un changement climatique désastreux.

Promesse d’investir dans l’énergie verte

Les conclusions du G8 sur l’efficacité énergétique et le renforcement des énergies vertes pour sortir de la crise ont été en revanche mieux accueillies.

Le G8 a reconnu le besoin d’un investissement supplémentaire dans l’énergie pour stimuler l’emploi et assurer la reprise de la croissance économique, en s’assurant d’une réduction des émissions de gaz à effet de serre et d’un approvisionnement plus sûr en énergie. "A une époque d’incertitude généralisée, les gouvernements peuvent et doivent montrer le chemin à suivre, par le biais d’une diversification de l’énergie et surtout de l’efficacité énergétique : ces deux derniers points peuvent réduire la contraction du marché du pétrole et sa volatilité", a déclaré le directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), Nobuo Tanaka.

Les pays du G8 ont attiré l’attention sur la dimension verte de leurs paquets de relance fiscale, y compris des mesures d’efficacité énergétique. Ils soutiennent les technologies d’énergies renouvelables et de charbon propre, et ont promis un engagement continu. 

Ils ont indiqué que les subventions qui encouragent une consommation énergétique intensive en carbone ne devaient plus exister. Des cadres réglementaires visant à soutenir la transition vers une économie pauvre en carbone doivent également être mis en place.

Le G8 a par ailleurs reconnu que les marchés d’échange du carbone sont un contributeur central à la réduction des émissions. Les dirigeants du G8 ont affirmé que l’échange d’émissions est l’un des moyens les plus efficaces pour encourager l’investissement dans l’efficacité énergétique, l’énergie renouvelable et les technologies propres, complété par d’autres outils telles des taxes sur les émissions.

La proposition de l’UE pour un mécanisme sectoriel de crédit, par lequel les pays développés pourraient gagner des crédits d’échange en dépassant les objectifs de réduction d’émission dans un secteur particulier, a été traduite dans le document final du sommet. Celui-ci appelle à une réforme du mécanisme de développement propre (MDP) du Protocole de Kyoto : ce mécanisme est basé sur des projets qui ont été de plus en plus critiqués pour leur échec à atteindre leurs objectifs climatiques.

Une promesse d’aider les économies émergentes 

Les économies riches de la planète se sont enfin engagées à aider les économies émergentes à supporter les coûts relatifs à la réduction de leurs émissions industrielles de carbone.

Geste en direction de la Chine et de l’Inde, le président américain, Barack Obama, a demandé aux ministres des finances de faire part de leurs idées pour aider à financer la réforme des économies émergentes. Celles-ci seront présentées lors d’une réunion du G20 à Pittsburgh en septembre. "Les pays développés ont de véritables et réelles inquiétudes sur le rôle qu’ils auront à jouer dans ces efforts", a déclaré M. Obama. 

"Ils veulent s’assurer qu’ils n’ont pas à sacrifier leurs aspirations au développement et à un niveau de vie plus élevé. Mais comme la majeure partie de la croissance des émissions prévues provient de ces pays, leur participation est indispensable."

POSITIONS :

Le président de la Commission européenneJosé Manuel Barroso, a affirmé que les pays développés endossaient une responsabilité spéciale, dans le contexte de la réduction des émissions. "Mais cela ne suffira pas, a-t-il précisé. Les économies émergentes, par exemple, où les émissions montent en flèche, doivent aussi fournir cet effort généralisé. Nous devons tous y participer, conformément au principe de responsabilité commune. Mais cet effort partagé doit être ajusté en fonction de capacités différenciées", a-t-il ajouté.

La co-présidente du groupe des Verts/ALE au Parlement européen, Rebecca Harms, a affirmé que le sommet n’avait pas répondu aux attentes sur l’avancée des discussions des Nations unies. "Une vague déclaration sur des objectifs lointains ne peut remplacer une action nécessaire et urgente. Des objectifs de réduction des émissions mal définis et non obligatoires prévus 41 ans à l’avance sont totalement insuffisants", a-t-elle dit.

WWF a salué cet engagement à réduire les émissions des pays développés de 80 % à long terme, mais a rappelé l’objectif d’au moins 40 % d’ici 2020. "Sans fixer de chemin pour la réduction des émissions, les obligations exactes des pays seront édulcorées, et rester sous le seuil des 2 degrés sera impossible", a affirmé Kim Carstensen, du WWF.

William Ramsay, directeur du programme énergétique à l’institut français des relations internationales (Ifri), a affirmé que "les défis de l’énergie et du climat resteront inchangés même après la crise économique". 

"L’année 2009 pourrait être un tournant de notre effort collectif, avec la conclusion de la première phase du protocole de Kyoto et notre réunion à Copenhague pour tracer la marche à suivre. La seule manière de relever ces défis est de développer l’interdépendance de chaque acteur du marché énergétique mondial", a-t-il soutenu.

CALENDRIER :

  • 10 au 14 août : Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique (CCNUCC) à Bonn. 
  • 28 sept. au 9 oct. : Sommet de la CNUCC à Bangkok. 
  • 2 au 6 nov. : Réunion de la CNUCC. 
  • 7 au 19 déc. : Conférence des Nations unies sur le changement climatique à Copenhague.