Une décision «complètement inacceptable». C’est ainsi que la présidence tchèque de l’UE a qualifié la décision russe de stopper toute livraison de gaz à l’Ukraine. Si la situation n’est pas «rétablie d’ici à demain (ndlr : 8 janvier), il y aura une intervention plus ferme de l’UE», a indiqué le premier ministre tchèque Mirek Topolanek.

Une réunion entre représentants de la société russe Gazprom, de l’entreprise ukrainienne Naftogaz, des gouvernements russes et ukrainiens ainsi que des représentants de l’UE doit avoir lieu jeudi 8 janvier. L’UE a d’ores et déjà proposé d’envoyer des experts techniques en Ukraine afin de surveiller les volumes de gaz livrés. Une manière de vérifier les dires de Gazprom qui accuse Kiev de «voler près de 15% du gaz livré à la frontière entre la Russie et l’Ukraine», selon les termes utilisés par le président de l’entreprise, Alexeï Miller.

«Pas de mesures spectaculaires»

Au-delà de l’envoi d’experts, que peut faire concrètement l’UE? «D’importantes mesures de coordination en matière d’énergie sont possibles au niveau communautaire», a indiqué le porte parole de la DG Energie de la Commission à EurActiv.fr. «Il existe une véritable solidarité entre les Etats membres», explique-t-il.

Le groupe de coordination pour le gaz, crée en 2006 par l’UE, doit se réunir vendredi 9 janvier afin de discuter des possibles solutions à la crise. Présidé par la Commission européenne, ce groupe se compose de représentants des États membres, du secteur du gaz et des consommateurs. Son objectif est d’échanger des informations et d’élaborer des mesures à court et à long terme pour renforcer la sécurité de l’approvisionnement en gaz de l’Union européenne.

Mais la marge de manœuvre de cette structure est très étroite. «On ne peut pas attendre de réunion des mesures spectaculaires», a indiqué Laure Delcour, directrice de recherche à l’Iris à EurActiv.fr. Selon elle, «à court terme, on ne peut prévoir que la médiation comme mécanisme de sortie de crise».

Pour lutter contre ce type de situations, l’UE a progressivement tenté de mettre en place des mécanismes de solidarité.

Une directive de 2004 sur la sécurité de l’approvisionnement en gaz naturel, prévoit quelques mesures à ce sujet. Elle encourage la conclusion d’accords de coopération entre les Etats membres afin de garantir la sécurité des approvisionnements (en permettant l’accès aux stockages de gaz des Etats qui en font partie), et fixe des mécanismes de contrôle pour assurer un degré d’interconnexion minimum entre les systèmes gaziers des pays membres.

La gaz russe: 15% du mix énergétique français

Pour renforcer ces textes, la Commission a également lancé, en novembre 2008 le deuxième plan d’action en matière de sécurité et de solidarité énergétique qui devrait être repris lors du Conseil européen de printemps.

Le texte vise à renforcer une solidarité entre les Etats de l’Union en matière énergétique et à accroître les investissements dans les réseaux d’énergie afin de réduire la dépendance aux  importations.

L’Est de l’Europe est en effet très dépendant du gaz russe: 100% pour les pays baltes, 98% pour la Bulgarie. Les pays de l’Ouest ont plus de moyens pour assurer l’approvisionnement de gaz à ses citoyens, mais plus la crise se prolonge, plus les effets vont s’étendre à l’ensemble de l’Union. Le gaz russe représente 15% du mix énergétique français.

Le plan européen en matière de sécurité, de solidarité et d’efficacité énergétique (lire encadré) se heurte à de nombreuses difficultés techniques. De coûteux investissements sont nécessaires pour matérialiser cette solidarité. Un Livre vert,  présenté en novembre 2008, prévoit la mise en place d’interconnexions gazières entre l’Europe du Centre et du Sud-Est, et la mise en place d’un corridor gazier méridional ainsi que des approvisionnements en gaz naturel liquéfié (GNL) en Europe.