Pourquoi l’IFP et le BRGM ont-ils conclu un tel partenariat?

La collaboration entre nos deux structures existe, de fait, depuis un bon moment. Nous avons des activités parallèles dans le domaine de la capture et du stockage du carbone (CSC). La volonté de travailler ensemble sur des logiciels de modélisation vient de l’analyse qu’il vaut mieux travailler en concertation qu’être en concurrence dans ce domaine.

Sentez-vous un regain d’intérêt particulier dans ce domaine, tant au niveau des chercheurs que des industriels et des politiques?

Il est très clair que tout le domaine CO2 prend vraiment de l’ampleur depuis quelques années. Du point de vue de l’IFP, c’est très net. Les budgets qui y sont consacrés ont énormément augmenté dans les années passées. Depuis quelques temps, on commence à avoir des projets avec des industriels.

En France, nous sommes par exemple impliqués dans le projet mené par Total dans son usine de Lacq [NDLR: l’usine de Lacq teste une filière complète allant de la récupération de CO2 dans les fumées à sa réinjection dans un gisement de gaz épuisé]. Sur le plan international, nous avons d’autres projets au Brésil avec des industriels. Je pense que les industriels voient à la fois la nécessité et l’opportunité de développer ces technologies qui pourront ensuite se concrétiser dans une filière industrielle.

Mais la question du CSC est avant tout dépendante de décisions politiques à l’échelle mondiale. Ces décisions se font un peu attendre, mais elles murissent tout doucement. A ce titre, je pense que le paquet énergie-climat va dans le bon sens, même s’il reste beaucoup à faire.

Plus globalement, où en sommes-nous sur cette question du CSC?

Le problème le plus crucial est au niveau des décideurs et des politiques. La technologie nécessaire pour la mise en place du CSC est connue, même s’il y a des verrous technologiques sur lesquels nous travaillons. Dans le passé, ces technologies ont été largement développées dans le cadre de l’action pétrolière classique.

On s’intéresse en effet à des zones «vierges» du sous-sol. Elles n’ont pas contenu d’hydrocarbures pendant des millions d’années, et n’ont pas  encore prouvé leur efficacité. Il faut donc s’assurer de la réactivité des substances acides enfouies avec le réservoir qu’est le sous-sol.
Evidemment, on peut toujours objecter qu’il faut attendre 10.000 ans pour savoir si ça marche, mais ce n’est pas un argument recevable. (Lire le dossier d’EurActiv.fr)

La technologie est-elle aujourd’hui suffisante pour être appliquée à grande échelle?

C’est principalement sur ce point qu’il faut travailler. Il faut mettre en place plusieurs milliers d’installations dans le monde.

Un des problèmes les plus sévères qui va se poser à l’avenir est un problème de main-d’œuvre. Jusqu’à il y a quelques mois, l’industrie pétrolière s’arrachait les ressources humaines pour travailler dans le pétrole. Et ce sont ces mêmes ressources dont on va avoir besoin pour mettre en place le CSC.

Les logiciels que vous voulez développer dans le cadre du partenariat avec le BRGM faciliteront-ils le développement à grande échelle du CSC?

Ils serviront à modéliser le comportement du CO2 injecté dans le sous-sol. Aujourd’hui, nous commercialisons déjà des logiciels du même type, mais ils sont destinés au domaine pétrolier. Ils modélisent des réservoirs classiques dans ce secteur, c’est-à-dire qu’ils sont à l’échelle d’un champ, s’étendant ainsi sur quelques kilomètres au maximum. Avec ces modèles actuels, en échelle de temps, on essaye de prédire la production du champ sur un temps assez court, par exemple 50 ans.

Là, le problème est très différent. Nous devons totalement changer d’échelle. Nous devons développer des logiciels qui modélisent des réservoirs à l’échelle d’un bassin, du type bassin parisien, de l’encaissement jusqu’à la surface, ce qui implique de modéliser l’ensemble du sous-sol. Et en plus, en échelle de temps, on ne doit plus modéliser sur 50 ans, mais sur 1000 ans ou 2000 ans, pour voir le comportement du sous-sol sur des durées très longues.

Pour l’instant, on a un a priori très favorable, parce que si on étudie la dynamique du système, on voit que plus le temps avance, plus les composés qu’on injecte dans le sous-sol sont stabilisés et ont tendance à descendre. Mais tout ça doit encore être modélisé.