Le président de la Commission José Manuel Barroso a salué la reprise de la distribution du gaz en Europe, mardi 20 janvier, après deux semaines d’impasse qui ont laissé des millions d’Européens de l’Est sans chauffage au milieu de l’hiver.

Mais il a également averti que des leçons à long terme devraient être tirées. «Nous ne pouvons pas nous permettre de nous retrouver dans une telle position à l’avenir», a-t-il indiqué dans une déclaration. «Le message que je délivrerai au Conseil européen de mars est que désormais, nous devons penser sérieusement à la diversification et à investir dans l’avenir de la sécurité énergétique en Europe», a-t-il ajouté.

M. Barroso a en particulier fait allusion aux 5 milliards d’euros de l’UE non dépensés, qui, selon lui, pourraient être utilisés pour les infrastructures, afin d’encourager tant la diversité des sources énergétiques que celle des circuits d’approvisionnement. Une proposition visant à débloquer ces fonds est examinée actuellement par le Conseil. M. Barroso a d’ailleurs déclaré qu’il chercherait un accord rapide sur l’identification des projets prioritaires avec les 27 Etats membres.

Le projet de gazoduc Nabucco, qui doit acheminer du gaz de la région de la mer caspienne en Europe notamment via la Bulgarie et l’Autriche, devrait à nouveau constituer l’un des projets-clés soutenus par la Commission et la présidence tchèque de l’UE (EurActiv 9/01/09). D’autres projets figurent également dans la révision de la stratégie énergétique de la Commission, notamment celui d’interconnexions de la région balte pour l’électricité.

Centrales nucléaires vétustes

Mais les gouvernements européens essaient également d’utiliser la crise pour soutenir leurs propres priorités. Le ministre de l’Economie allemand, Michael Glos, a quant à lui récemment déclaré au quotidien Handelsblatt que la crise avait montré qu’aucun pays ne pouvait se permettre d’abandonner des sources d’énergie, se référant explicitement au nucléaire. Interrogée par EurActiv.fr, Susanne Nies, chercheur au sein du programme Energie de l’Ifri, Susanne Nies, a d’ailleurs indiqué que le nucléaire constituerait un «enjeu majeur» des élections législatives allemandes de septembre prochain.

Elle a également fait remarquer que la crise avait offert une nouvelle opportunité à la chancelière Angela Merkel, qui a «toujours été favorable» au nucléaire, de soulever la question. 

D’autres pays, comme la Bulgarie et la Slovaquie, ont de leur côté cherché à utiliser les troubles du mois de janvier pour rouvrir des centrales nucléaires vétustes. Elles avaient été fermées au moment de leur entrée dans l’UE en 2004 afin de répondre aux critères d’adhésion à l’UE (EurActiv 12/01/09).

Selon Gazprom, en Russie, le monopole gazier appartenant à l’Etat, la crise a souligné le besoin de construire le gazoduc South Stream. Celui-ci devrait acheminer le gaz russe vers l’Italie en passant par les Balkans. «Plus vite on élaborera une diversification des circuits d’approvisionnement, mieux ce sera pour l’Europe», a indiqué le PDG de Gazprom, Alexander Medvedev, faisant remarquer que ce n’était aussi important du point de vue des risques politiques que techniques.