Rassurant et inquiétant à la fois. La « réunion de travail » avec Nicolas Sarkozy le 10 décembre a laissé les ONG perplexes. Même si le Président s’est dit prêt à « militer à Bruxelles », il s’est aussi montré « pessimiste sur sa propre capacité à influencer les dirigeants des autres pays », explique le directeur de Greenpeace France Pascal Husting.

Greenpeace, les Amis de la Terre, France nature environnement, la Ligue de la protection des oiseaux, Oxfam, et le WWF étaient invités à dialoguer avec le chef de l’Etat sur ses intentions concernant le déroulement du Conseil européen des 10 et 11 décembre. Le sommet des chefs d’Etat et de gouvernement doit affiner la position de l’UE à Copenhague. Présent également, le climatologue du GIEC Jean Jouzel a déclaré « soutenir » l’action des ONG. Certaines garanties au niveau national ont fait émerger quelques espoirs.

Des objectifs ambitieux

Nicolas Sarkozy s’est engagé sur une réduction de 30% des émissions de gaz à effets de serre (GES) pour la France, quitte à ce que l’UE ne suive pas. Cette promesse satisfait la présidente du Réseau action climat France, Sandrine Mathy, même si elle considère que l’UE ne peut se cantonner à « l’objectif des trois 20 » concernant les émissions. Les anciens pays communistes dont l’économie est encore très carbonée sont cependant réticents.

Le président des Amis de la Terre, Claude Bascompte est plus réservé : « Nicolas Sarkozy ne nous a pas rassurés. Alors que la France pourrait montrer l’exemple en poussant l’Union européenne à Bruxelles, il s’est contenté de messages de bonnes intentions ».

Le président de la République a plaidé pour que les pays industrialisés versent 10 milliards d’euros aux pays en voie de développement (PVD) avant 2013. Ces « financements précoces » ne doivent toutefois pas monopoliser l’attention, au détriment du financement de long terme et surtout de ses mécanismes, a prévenu Sandrine Méthy.

Bonne nouvelle cependant sur le mécanisme de l’aide aux PVD: l’Elysée a annoncé des fonds « additionnels » destinés au climat, en plus de l’aide globale au développement fixée à 0,7% du PIB pour 2013. Enfin, Nicolas Sarkozy a affirmé soutenir une taxe sur les transactions financières pour réunir les fonds.

L’autre cheval de bataille du Président, la création d’un Organisme mondial de l’environnement (OME) a divisé les intervenants à la réunion. Plusieurs ONG doutent de son efficacité et de sa priorité. La mise en place d’un organisme « en face de l’Organisation mondiale du commerce » paraît en revanche nécessaire à Jean Jouzel, quand il s’agit de discuter de l’avenir de l’humanité, même si cela « ne se fera pas tout de suite ». Les grands pays semblent en effet peu sensibles à cette initiative pour l’instant.

L’UE à la traîne

« Y a-t-il un pilote dans l’avion européen pour Copenhague ? », ironise le directeur de Greenpeace.  « L’incapacité des trois grands leaders (Angela Merkel, Gordon Brown et Nicolas Sarkozy) à convaincre les 24 autres » le désole. D’autant plus que « le succès à Copenhague dépendra d’une décision ambitieuse à Bruxelles ».

« Il est temps que l’UE reprenne le leadership », renchérit Sandrine Mathy. Elle juge « inadmissible » que l’UE se cantonne à des objectifs de réduction de 20%, notamment au regard des engagements du Japon et des pays en voie de développement, à l’instar de l’Afrique du Sud.

« Il est important que l’UE justifie son leadership car l’émulation entre les grands blocs doit jouer », conclut Jean Jouzel. Il souligne que là où « on ne peut contraindre», un effet d’entraînement peut être un substitut efficace.