Les ministres ont reconnu l’importance du financement à la fois bilatéral et multilatéral de la lutte contre le changement climatique. Ils ont en outre examiné les deux options de financement suivantes: les recettes provenant des enchères des permis d’émissions et un engagement financier annuel attribuant les financements selon les émissions par pays et les évaluations de la puissance économique. 

Néanmoins, Jean-Louis Borloo et ses homologues n’ont pris aucun engagement chiffré. Ce sont donc les ministres de l’Economie et des finances qui hériteront du dossier, lors de leur prochaine réunion à Bruxelles, le 10 mars. Mais aucune décision ne devrait être prise avant le Conseil européen des 19 et 20 mars.

Pour sa part, le conseil Environnement a appuyé l’appel de la Commission européenne aux pays en voie de développement (PVD) à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de 15 à 30% d’ici à 2020 par rapport aux niveaux que l’on attend d’eux à la même date. Les ministres ont demandé à tous les PVD d’élaborer des plans de développement à faible teneur en carbone d’ici à 2012. Quant aux pays les plus avancés du point de vue économique, le Conseil les a appelé à développer au plus tôt des systèmes de plafonnement et d’échange. 

«Tous les pays, même ceux qui sont leaders en matière de climat, comme la Suède ou le Royaume-Uni, cherchent à éviter la moindre référence à des engagements chiffrés dans la déclaration des ministres de l’Environnement», a déploré avant le conseil Tom Sharman, responsable du dossier changement climatique chez l’ONG ActionAid.

Selon le Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), l’investissement total destiné à la lutte contre le changement climatique devra atteindre 175 milliards d’euros avant 2020, afin de mettre un terme au réchauffement climatique avant qu’il ne devienne irréversible.

La proposition de la Commission indique que plus de la moitié de cette somme devait aller aux PVD. Elle n’a toutefois pas présenté de chiffres précis sur lesquels devait s’engager l’Europe. Greenpeace a critiqué le chiffre de 175 millions d’euros. En effet, selon l’ONG environnementale, il ne fixe pas d’objectifs pour l’UE dans son ensemble, mais se réfère aux efforts de toutes les nations dans le domaine du climat et inclut des sources de financement public et privé.

Pas d’argent, pas d’accord

Le commissaire à l’Environnement, Stavros Dimas, a clairement fait comprendre que le financement de la réduction des émissions dans les pays en développement constituera un point de désaccord à Copenhague, indiquant qu’il n’y aurait pas d’accord sans argent.

«La question du financement sera le point clé de l’accord de Copenhague», a indiqué le WWF dans une déclaration parue avant la réunion des ministres de l’Environnement. L’organisation a laissé entendre que les objectifs de réduction des émissions de 30 % d’ici à 2020 –par rapport aux niveaux habituels des pays en développement– sont satisfaisants, mais qu’ils doivent être soutenus par un financement substantiel de la part des pays industrialisés.

L’ONG estime que l’Europe devrait consacrer 35 milliards d’euros par an au développement de technologies propres et à la réduction de la déforestation dans les PVD, en plus des 0,7% du PIB déjà dédiés à l’aide au développement. Elle a déploré par ailleurs le fait que la Commission n’ait pas réussi à aborder la question des économies potentielles d’énergie. Enfin, l’organisation a appelé l’UE à multiplier par dix, par rapport aux niveaux actuels, le financement européen dédié au développement et à la recherche technologique.

Pour sa part, Greenpeace a demandé aux pays développés d’engager, avant 2020, au moins 40 milliards d’euros par an pour les technologies propres dans les pays en développement. «30 milliards d’euros supplémentaires seront nécessaires pour mettre un terme à la déforestation et au moins 40 autres pour financer des mesures d’adaptation dans les pays pauvres», a-t-elle déclaré.

L’accord de Copenhague devrait par conséquent canaliser au moins 110 milliards annuels au soutien des pays en développement d’ici à 2020, selon Greenpeace. L’association abonde dans le sens du WWF sur le fait que l’UE devrait verser une part équitable de quelque 35 milliards.  

Oxfam, qui regroupe treize associations de lutte contre la pauvreté, a mis en garde l’UE contre l’utilisation de la vie des plus pauvres comme un outil de négociation, enjoignant les gouvernements à mettre de l’argent sur la table.

POSITIONS:

«Les gouvernements européens doivent dès à présent envisager sérieusement le remboursement de leur dette climatique aux pays en voie de développement», a indiqué Tom Sharman, chargé du dossier du changement climatique chez ActionAid.

Elise Ford, directrice du bureau européen d’Oxfam International, a estimé que le fait d’attendre que les Etats-Unis fassent le premier pas dans la lutte contre le changement climatique était une «décision bornée». Comme l’a souligné le commissaire Dimas, si l’UE n’offre pas d’argent, il pourrait ne pas y avoir d’accord, selon Mme Ford. Et, à moins qu’il y ait un réel engagement de l’UE, seules de faibles pressions seront exercées sur les Etats-Unis pour qu’eux aussi aillent de l’avant sur le dossier, a précisé Mme Ford. 

«Les ministres de l’Environnement ont esquivé le sujet brûlant du financement de la lutte contre le changement climatique», selon Joris den Blanken, chargé des dossiers climat et énergie auprès de Greenpeace Europe. «Alors que des milliards d’euros sont utilisés pour venir en aide aux banques en difficulté et aux constructeurs automobiles, pas un seul centime n’a été promis pour aider les pays en voie de développement à faire face au problème que les Européens ont contribué à créer», a-t-il indiqué.

«L’Europe se concentre de manière excessive sur le rôle de l’échange de quotas d’émissions», a souligné Katherine Watts, chargée du dossier du changement climatique auprès du WWF - Royaume-Uni. «Les marchés du carbone ont prouvé qu’ils étaient des outils utiles mais qu’ils ne constituaient pas la panacée», explique Mme Watts. Même sur ce point, l’Europe ne fait pas figure d’exemple, ne se montrant que peu disposée aux permis d’émission complets et soutenant l’échange de quotas d’émissions par d’autres instruments, tels que les normes d’émissions.

BusinessEurope a encouragé l’UE à garantir que la compétitivité de l’industrie européenne ne soit pas en mise en péril par le nouvel accord international sur le climat. «Les entreprises fourniront un grand nombre des solutions pour répondre aux défis du changement climatique par le biais de l’innovation technologique et de son déploiement», a indiqué l’organisation dans une déclaration. «Pour encourager l’innovation efficace et le déploiement de technologies et de solutions à faible teneur en carbone, il faut que des cadres de soutien soient créés et que les barrières soient levées», selon la déclaration. «Un des pré-requis est le respect du droit de la propriété intellectuelle des entreprises privées», a-t-il conclu.