Quel bilan tirez-vous de vos deux années à la tête du Copa?

J’ai essayé de convaincre de la place prééminente, indispensable des représentants des producteurs dans le débat européens. Il faut absolument éviter le consensus mou, sous peine d’être trop faibles par rapport au Conseil des ministres. La parole politique appartient au Copa. Je crois très important qu’au nom des producteurs européens, nous puissions afficher des positions fortes.

Nous avons par exemple atteint cet objectif dans les dossiers qui touchent à l’Organisation mondiale du commerce (OMC). En 2007 et 2008, nous avons pu développer une position forte, en défendant le maintien indispensable d’une préférence communautaire ou en prenant en compte des indications géographiques.

Mais nous ne sommes pas toujours suffisamment pertinents, à cause de nos divergences, notamment sur des questions de politique agricole communautaire. Même si nous avons une position presque unique en ce qui concerne la lutte contre une renationalisation, nous sommes beaucoup moins unanimes sur des points de détails. Je pense que le Copa doit être offensif.

Vous allez passer le relais à un Irlandais, Padraig Walshe, qui a toutes les chances d’être élu pour vous succéder. Qu’est-ce que ça signifie pour vous?

En acceptant cette présidence du Copa, l’Irlande réaffirme clairement sa volonté de faire avancer l’Europe. L’Europe n’avancera que si les choses évoluent sur le plan institutionnel. A chaque fois que le politique est en retrait, c’est la Commission qui pilote. Or, c’est aux politiques, aussi bien les ministres que les chefs d’Etat et de gouvernement, d’afficher leurs orientations. Il est important d’avancer dans le rôle des gouvernements et du Parlement. D’où l’importance du traité de Lisbonne et de la co-décision.

Comment se profile le débat sur la future politique agricole commune?

Il sera sans doute difficile, parce que le débat qui va anticiper les discussions sur la PAC va être avant tout budgétaire. Et ce débat budgétaire se fera à une autre échelle que celle des ministres de l’Agriculture. 

Cela signifie que dans chacun de nos pays, forts d’une position qu’il nous faut préciser, nous allons devoir aller à la rencontre de nos chefs d’Etat et de gouvernement pour les convaincre de ne pas faire une politique agricole au rabais. Nous voulons vraiment une politique commune. Et celle-ci passe d’abord par l’affichage d’une ambition alimentaire en Europe.

De quelle marge de manœuvre diposez-vous aujourd’hui alors que le débat se situe davantage au niveau budgétaire que sur le fond?

Justement, je ne veux pas que ce débat soit limité au niveau budgétaire. Je veux le mettre au plus haut niveau. Pour nous, la conjoncture économique internationale est une opportunité pour convaincre nos interlocuteurs au plus haut niveau.

Il important que nous arrivions à convaincre nos dirigeants politiques de clarifier leurs positions. Il faut qu’ils répondent clairement à la question: «l’indépendance alimentaire de l’Europe est-elle un enjeu?». Si on arrive à affirmer quelques orientations fortes comme celle-là, le débat sur la future politique agricole ne sera pas que budgétaire. 

Comment voyez-vous l’application du bilan de santé de la PAC en France?

Ceux qui peuvent apparaître quelque peu mécontents sont les céréaliers. Mais ils ont quand même bénéficié de mesures d’accompagnement complémentaires. L’évolution des aides était inéluctable. Le rééquilibrage à l’herbe l’était tout autant. Je pense qu’il est aussi très important d’avancer, aussi bien en France qu’en Europe, sur la gestion des risques en agriculture, ainsi que sur les aléas de marché. 

Dans le rôle qui sera le mien, je vais me battre pour convaincre qu’il nous faut une politique agricole plus souple, plus flexible et plus réactive. Je plaide pour une PAC qui donne davantage quand ça va mal, et moins quand ça va mieux.

Selon vous, l’application du bilan de santé de la PAC peut-elle avoir un impact sur les élections européennes? Il y a quelques semaines, des céréaliers ont publié dans la presse agricole un encart «Michel Barnier, anti-céréalier systémique».

Michel Barnier est candidat en Ile-de-France, et il n’y a pas tant de céréaliers que cela dans cette région. Mais j’adresse une mise en garde aux céréaliers. L’opinion publique, dans la grande majorité, est plutôt favorable aux évolutions de la gestion de la PAC. Il s’agit de la base de l’électorat.

Je pense que l’application du bilan de santé de la PAC aura un effet bénéfique dans les régions montagneuses. Concernant les autres régions, je ne sais pas trop ce qu’il en sera.

Allez-vous continuer à agir sur le plan européen?

Dans les mois qui viennent, je vais multiplier des réunions bilatérales, en voyant notamment les représentants des agriculteurs italiens, allemands et irlandais. Je vais essayer de passer plus de temps auprès de mes collègues. Nous avons un gros travail de compréhension réciproque à accomplir.

Savez-vous qui succèdera à Michel Barnier au ministère de l’Agriculture?

Sincèrement, je n’en sais rien, mais je me réjouis qu’il y ait autant de candidats. C’est un ministère qui a gagné énormément en notoriété, alors qu’il était menacé il y a quelques années. Je crois beaucoup à l’approche agricole, alimentaire et territoriale, parce que on voit bien que ce qu’il y a dans l’assiette du consommateur concerne directement le producteur. 

La personne que choisira le président Sarkozy devra avoir de fortes convictions et une grande capacité à avoir une approche très européenne de la politique, parce que celle-ci est d’abord et avant tout européenne. Tous les mois, c’est à Bruxelles que notre politique agricole se négocie.