Dans leur lettre, les ministres de l’Agriculture français et allemand demandent à la Commission de ne pas exclure la suspension de l’augmentation des quotas laitiers en 2010, «dans le contexte d’un atterrissage en douceur». En effet, la suppression totale des quotas étant prévus pour le 31 mars 2015, Paris avait obtenu pendant sa présidence de l’UE une augmentation progressive des quotas pour permettre au secteur laitier de s’adapter à cette évolution.

«Nous souhaiterions, écrivent les ministres, dans le cadre de l’analyse de marché demandée par le Conseil européen, que le rapport de la Commission ne ferme pas la porte à un gel éventuel de l’augmentation des quotas laitiers prévue pour 2010 dans le cadre du bilan de santé», écrivent-ils dans un courrier daté du 2 juillet. 

Par ailleurs, Bruno Le Maire et Ilse Aigner souhaitent que l’«extension de la période d’intervention pour le beurre et la poudre de lait (…) soit d’une durée adaptée à la gravité de la conjoncture».

Ces mesures de soutien aux laitiers, annoncées par la Commission européenne à la mi-janvier, consistent à soutenir les prix par des mécanismes d’intervention (EurActiv.fr, 16/01/2009). Elles devaient arriver à échéance à la fin août. Avec ce mécanisme, les 30 000 premières tonnes de beurre et 109 000 tonnes de lait écrémé en poudre sont rachetées à un prix déterminé, appelé «prix d’intervention».

Pas "d’amélioration réelle sur les marchés"

700 millions d’euros ont ainsi été injectés par l’UE dans le secteur laitier. «Malheureusement, constatent les ministres, ces dispositions n’ont pas donné lieu à une amélioration réelle de la situation des marchés laitiers.»

Lors de la réunion des ministres européens de l’Agriculture, le 25 mai à Luxembourg, la Commission avait en effet annoncé son intention de prolonger les mécanismes d’intervention «au-delà du 31 août», sans toutefois en dire plus sur la nouvelle date à laquelle ce système arriverait à échéance.

En outre, les ministres français et allemand demandent une revalorisation des «restitutions aux exportations pour les fromages» et l’abaissement du prix minimum des fromages pouvant en bénéficier. 

Les "restitutions" sont l’une des méthodes utilisées par Bruxelles pour écouler les excédents agricoles. Elles consistent pour l’UE à subventionner les exportations agricoles. Les aides sont calculées en faisant la différence entre le prix européen (plus élevé) et le prix mondial. 

La lettre franco-allemande évoque enfin la possibilité d’une «communication [de la Commission, ndlr] sur les lieux de production, respectueuse de la bonne information du consommateur».

Création d’un groupe de travail franco-allemand

Le 22 juillet, la Commission européenne présentera une analyse approfondie du marché du lait, et indiquera des pistes pour stabiliser le marché des produits laitiers. Cette analyse a été demandée par le Conseil européen lors de sa réunion des 18 et 19 juin. Ces jours-là, des centaines d’agriculteurs de toute l’Europe avaient investi une partie du quartier européen de Bruxelles pour protester contre la crise du lait.

Par ailleurs, le ministère de l’Alimentation a annoncé la création d’un groupe de travail franco-allemand pour préparer l’avenir de la politique agricole commune (PAC) après 2013. Ils ont également convenu de l’accueil d’un fonctionnaire allemand dans le cabinet de Bruno Le Maire, et réciproquement. Une méthode déjà employée lorsque Hevé Gaymard était ministre de l’Agriculture.

Pour de nombreux observateurs cette missive commune est loin d’être une surprise: avec plus de 50 milliards de litres par an, la France et l’Allemagne représentent plus d’un tiers de la production européenne de lait.

Bruno Le Maire doit rencontrer le président de la Commission européenne vendredi 3 juillet. 

POSITIONS:

Etienne Fabrègue, de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), association membre de la FNSEA, estime que l’émergence de cet axe franco-allemand est «positive».

«Le fait que les 700 millions d’euros injectés par l’Europe dans le secteur laitier n’ait pas suffit à résoudre les problèmes prouve que la crise est très grave», estime-t-il. Mais pour lui, cette crise n’est pas directement liée aux quotas mais à l’importance de l’offre, bien supérieure à la demande de lait en Europe. «Il faudrait que l’Allemagne, la France et les Pays-Bas produisent moins de lait», explique-t-il.

Il explique également que du côté syndical, la FNPL et le DBV (syndicat d’agriculteurs allemand) ressentent le besoin d’une «nouvelle forme de régulation». «Le fait d’avoir un stock stratégique de beurre et de poudre de lait pourrait, par exemple, contribuer à réduire la volatilité des prix», estime-t-il.

De son côté, le secrétaire général de la Confédération paysanne Henri Bouchut estime que le gel de l’augmentation de quotas laitiers demandé par les ministres constituent "un premier pas". "Il faut aller plus loin, et faire en sorte d’adapter l’offre à la demande", poursuit-il. Il évoque notamment un besoin réel de la diminution de la production. Par ailleurs, il estime qu’il faut également baisser les quotas laitiers européens et organiser une maîtrise publique du marché du lait.

"Si l’axe franco-allemand débouche sur une prise de position contre la vision ultra-libérale de la Commission européenne, nous pourrons nous en réjouir", estime-t-il. Il se prononce également contre les mécanismes d"intervention "s’ils se résument aux restitutions". "Nous demandons l’intégration des surplus dans des productions comme l’alimentation animale, et pas via l’exportation", souligne-t-il.