Des experts européens et américains, réunis le 10 juin à Bruxelles, se sont interrogés sur l’opacité de l’utilisation des nanotechnologies par le secteur industriel.

Certains produits contenant des nanoparticules ne mentionnent pas cette particularité sur leurs étiquettes. Un phénomène paradoxal puisque des firmes prétendent avoir amélioré leurs produits en utilisant des nanotechnologies.

Le Docteur Andrew Maynard, directeur scientifique du projet sur les nanotechnologies émergentes, au centre Woodrow Wilson, a recensé et examiné une série de produits actuellement sur le marché et dont les fabricants assurent qu’ils contiennent des nanotechonologies.

Il a précisé que 800 produits avaient ainsi été identifiés, dont la majorité relève du secteur de la santé et du fitness. Quelques uns de ces produits génèrent des risques potentiels pour la santé. 

Le scientifique s’inquiète de la controverse, en partie scientiquement infondée, qui agite le secteur des nanotechnologies. Elle a en effet conduit des fabricants à retirer toute mention laissant apparaître l’utilisation de nanotechnologies.

« Nous avons vu des entreprises arrêter de vanter l’usage des nanotechnologies, alors qu’elles continuaient d’y recourir. Cela laisse entendre que les nanotechnologies sombrent dans une forme de clandestinité. »

L’expérience de Harald Throne, chercheur à l’Institut national de la consommation en Norvège, montre que les entreprises seraient moins enclines à mettre en avant l’usage des nanotechnologies. En 2007, M. Throne avait identifié, grâce à une requête sur les sites internet de grandes entreprises de la filière cosmétique, que 29 produits contenaient des nanotechnologies. Lorsqu’il a réitéré l’opération récemment, plus aucun site n’en faisait mention.

“Les entreprises perçoivent les nano comme un label négatif plutôt que comme une plus-value”, a-t-il expliqué.

Sue Davis, responsable de « Which? », groupe de défense de consommateurs en Grande-Bretagne, a signalé que « les données étaient limitées ». Elle s’est inquiétée de la réticence des entreprises à s’engager aux côtés du consommateur sur ce sujet.

“Nous devons distinguer les stratégies marketing des usages réels des nanotechnologies”, a-t-elle indiqué, soulignant que son organisation avait eu des difficultés à trouver des informations fiables auprès des industries.

Elle a ajouté que “Which?” avait mené une étude visant 67 industries cosmétiques mais avait eu un retour d’information pour seulement 8 d’entre elles. Ces dernières ont indiqué avoir incorporé des nanotechnologies dans les crèmes solaires.

“Pourtant, si l’on se rend sur Internet, on peut trouver des produits faisant la promotion du fullerène (molécule de carbone) dans les crèmes anti-âge, et du nano-argent dans les pâtes de dentifrice, malgré la toxicité potentielle de ces substances."

Sue Davis a appelé à une indication obligatoire portée sur les produits, pour lutter contre le manque d’information dans ce domaine, car les codes de conduite non impératifs ne fonctionnent pas.

Cependant, Steffi Freidrichs, directeur de l’Association des industries de nanotechnologie, a précisé que les acteurs de l’industrie avaient été honnêtes à propos de l’usage prometteur des nouvelles technologies, en accomplissant des efforts importants pour s’assurer de la sécurité de leurs produits.

Elle a rappelé la confusion qui gravite autour de la définition des nanotechnologies. « Des ONG les définissent comme étant des matériaux dont la taille est inférieure à 300 nanomètres, contre 100 nanomètres pour l’industrie », explique-t-elle.

“Cette différence génère des plaintes selon lesquelles l’industrie ne serait pas prête à donner l’information. Mais personne ne ment et personne n’induit la population ou les pouvoirs publics en erreur. Accordons-nous sur ce dont nous parlons et travaillons ensemble pour informer les consommateurs », a-t-elle conclu.