L’opinion publique et le monde politique à l'Est de l'UE remettent en question le poids et l’importance des portefeuilles attribués à leurs commissaires nationaux, révèle un tour d’horizon du réseau EurActiv.
Revue de presse
En Hongrie, le parti d’opposition centre-droite Fidesz a déclaré qu’un rôle «négligeable» avait été attribué au commissaire national László Andor, avec l’Emploi, les affaires sociales et insertion.
Les faits démentent complètement les prédictions officielles, selon lesquelles il aurait du devenir un « poids lourd » de la Commission, a prétendu Fidesz. Selon les sondages, deux tiers des électeurs voteraient en faveur de l’opposition de centre droite au printemps prochain.
László Andor s’est cependant déclaré heureux de la décision, l’Emploi étant le portefeuille qu’il souhaitait.
Les socialistes au pouvoir ont abondé dans son sens. Leur chef au Parlement européen, Csaba Tabajdi, a loué les « connaissances profondes en macroéconomie » de László Andor, avant de qualifier l’Emploi comme un poste de « première importance ».
« Le futur commissaire hongrois jouera un rôle-clé :il s’agira de lutter contre les conséquences sociales graves de la crise économique, le chômage et les différences de richesse dans la société européenne », a déclaré le député européen Kinga Göncz (S&D) dans un communiqué.
La Slovaquie hésite sur la qualification de son poste
Les fonctions attribuées au commissaire slovaque ont déconcerté les politiques nationaux. Des incertitudes règnent en effet sur le contenu du portefeuille des Relations interinstitutionnelles.
Les détracteurs du premier ministre Robert Fico ont observé son incapacité à assurer le portefeuille de l’Energie ou du Transport au commissaire national, Maroš Ševčovič, titulaire finalement d’une « simple fonction administrative ».
En effet, Roberto Fico avait déclaré ces derniers mois que le portefeuille de l’Energie était sa « priorité absolue ». Le 27 novembre, il a cependant annoncé que José Manuel Barroso avait trouvé « encore mieux » que l’Energie pour Maroš Ševčovič.
« Nous sommes très surpris car M. Barroso a désigné M. Ševčovič comme son vice-président le plus important », a affirmé le Premier ministre.
« C’est comme espérer être assis du côté du hublot quand on voyage en classe économique et se retrouver en classe affaires », a estimé le ministre slovaque des Affaires étrangères, Miroslav Lajčák.
Un Polonais « chef des comptables »
En Pologne, le choix de Janusz Lewandowski au Budget est apprécié de manière différente selon les partis.
"Janusz ne sera pas un comptable européen mais le chef de tous les comptables de la Commission. Toute modification du budget nécessitera son assentiment. Il aura une vraie influence sur les dépenses et le fonctionnement de l’UE.”, a indiqué le député européen Krzysztof Lisek (PPE) au quotidien Polska the Times.
La nomination de Janusz Lewandowski est pourtant loin de satisfaire les représentants du principal groupe d’opposition, PiS.
« Le gouvernement polonais n’avait pas d’objectifs ambitieux, et clame maintenant les avoir atteints », a critiqué le député européen Paweł Kowal (CRE).
Janusz Lewandowski est lui optimiste. « Je sais comment intégrer les différentes parties de l’Europe au niveau financier et telle sera ma tâche », a-t-il signalé récemment dans un entretien avec Polska the Times. En tant qu’ancien député européen, le commissaire a également apprécié que le traité de Lisbonne donne le «dernier mot » au Parlement européen en matière de budget.
Un commissaire roumain presque français
En Roumanie, la nomination du commissaire Dacian Cioloş à l’Agriculture et au développement rural a eu lieu en pleine effervescence politique, du fait des élections présidentielles qui s’achèveront le 6 décembre. (EurActiv.com 24/11/09).
Les médias roumains ont largement relayé les journaux occidentaux pour définir Dacian Cioloş comme le « deuxième commissaire français ». Ce dernier a en effet étudié et vécu en France pendant plusieurs années et Paris soutenait sa nomination.
Le Président Traian Basescu essaie de tirer profit de la nomination de Dacian Cioloş dans le cadre de l’élection : il a organisé une conférence de presse au palais présidentiel à cette occasion, et s’est même exprimé avant le commissaire. Cette nomination « est extrêmement importante pour la Roumanie, étant donné que la Politique agricole commune (PAC) est l’un des pilliers de l’Europe », a-t-il proclamé. Et d’ajouter : « l’Agriculture est un portefeuille extrêmement important compte tenu de la part du budget alloué mais surtout du nombre élevé de travailleurs dans le secteur agricole et agro-alimentaire ».
Dacian Cioloş a commenté brièvement sa nomination, la décrivant comme « l’un des résultats de la chance que la Roumanie a eue d’adhérer à l’UE ». Il a déclaré vouloir contribuer à la PAC et à la construction européenne.
Prague tourne le dos à l’Elargissement
Le commissaire tchèque Stefan Füle a obtenu le très convoité portefeuille de l’Elargissement. La Slovaquie, la Bulgarie et la Lettonie s’étaient aussi dites intéressées.
Selon ODS, le parti de centre-droite de l’ancien Premier ministre, Mirek Topolánek, même si l’Elargissement est un domaine plus important que le multilinguisme ou les affaires sociales (le poste de l’actuel commissaire tchèque Vladimír Špidla), le pays aurait pu se montrer plus ambitieux.
L’opposition socialiste partage cette opinion. La nomination de Stefan Fuele apparaît comme un « choix subsidiaire » au dirigeant socialiste Jiří Paroubek. Ce dernier souhaitait le renouvellement de Vladimír Špidla.
La presse tchèque a également contesté la valeur de l’attribution « à un moment où l’élargissement de l’UE n’est pas d’actualité».
A proprement parler, deux pays sont censés rejoindre l’Union européenne : l’Islande et la Croatie. Cependant, leur adhésion serait acquise dans la mesure où les deux Etats sont prêts, selon l’éditorialiste du Mlada Fronta, Martin Komarek.
Selon lui, certains verraient cette attribution comme « une punition due au renversement du gouvernement lors de la présidence tchèque au printemps ». D’autres relèvent que Stefan Füle n’est pas une personnalité influente en politique, d’où un portefeuille modeste.
Cependant, d’autres médias encensent ce choix. Ils approuvent également l’inclusion de la politique de voisinage dans ces fonctions, dans la mesure où l’initiative du partenariat Est était l’une des priorités de la présidence tchèque.
Une « claque » pour la Bulgarie
C’est sans doute en Bulgarie que la tempête la plus violente a éclaté à la suite de l’attribution des portefeuilles. Le dirigeant de l’opposition de centre gauche, Sergei Stanishev, a qualifié l’affectation de l’Aide humanitaire et de la réponse à la crise à Rumiana Jeleva de « claque ». Il s’agit de la première défaite des négociations du gouvernement de centre-droite avec Bruxelles selon EurActiv Bulgarie
La déception est d’autant plus vive que le premier ministre Boyko Borissov voyait bien Rumiana Jeleva à l’Elargissement, à l’Energie ou à la politique régionale.
Pour sa part, Rumiana Jeleva a considéré le portefeuille « satisfaisant ».
Certains médias et commentateurs ont ironisé sur la formation de pompier de Boyko Borissov, en soulignant qu’il avait désigné quelqu’un pour s’occuper des désastres et des feux de forêts.
L’ancienne commissaire bulgare, Meglena Kuneva a refusé de commenter l’affectation de sa remplaçante mais lui a souhaité bonne chance.
CONTEXTE:
Vendredi 27 novembre, le Président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a annoncé la répartition des portefeuilles entre les nouveaux commissaires.
Les analystes remarquent que toutes les fonctions majeures ont été attribuées à des Occidentaux : le Finlandais Olli Rehn a obtenu les Affaires économiques et monétaires et sera également en charge de la stratégie de l’UE pour 2020. Le Français Michel Barnier s’occupera du Marché intérieur et des services. La Concurrence et la vice-présidence de l’Exécutif européenne échoient à l’Espagnol Joaquín Almunia, le Commerce au Belge Karel de Gucht, et l’Industrie à l’Italien Antonio Tajani.
Les Commissaires de l’Est reçoivent les portefeuilles suivants:
- László ANDOR (Hongrie): Emploi, affaires socials et insertion
- Dacian CIOLOS (Roumanie): Agriculture et développement rural
- Štefan FÜLE (République tchèque): Elargissement et politique européenne de voisinage
- Rumiana JELEVA (Bulgarie): Coopération internationale, aide humanitaire et réponse à la criseI
- Siim KALLAS (Estonie): Transport. Vice-président of the Commission.
- Janusz LEWANDOWSKI (Pologne): Budget et planification financière
- Andris PIEBALGS (Lettonie): Développement.
- Janez POTOČNIK (Slovénie): Environnement.
- Maroš ŠEFČOVIČ (Slovaquie): Vice-président de la Commission pour les relations inter-institutionnelles et l’administration
- Algirdas ŠEMETA (Lituanie): Imposition et Union douanière, audit et lutte contre la fraude
Plusieurs pays de l’Est convoitaient les portefeuilles de l’Elargissement (échu à la République tchèque) et de l’Energie (attribué à l’Allemand Günter Oettinger).




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