Le couperet est tombé : avec 382 voix en sa faveur et 219 contre, José Manuel Barroso signe pour un deuxième mandat à la tête de la Commission. L’unique candidat s’est félicité de « l’énorme confiance » que les députés lui avaient témoignée. Une confiance pour le moins contredite par la surreprésentation des abstentionnistes : sur 718 députés présents, 117 ont choisi de ne pas se prononcer. Une manière indirecte de désapprouver le candidat sans provoquer de blocages institutionnels majeurs.

La veille de sa réélection, M. Barroso a tenté de mettre ses contempteurs face à leurs propres contradictions. Ces derniers mois, les socialistes, les écologistes et les libéraux européens ont continuellement porté des coups de boutoir à sa candidature sans qu’aucune figure d’opposition ne soit désignée pour lui faire barrage. « Je comprends parfois ceux qui me critiquent, car ils me comparent avec leur candidat idéal. Mais il n’y a pas de candidat idéal », a-t-il ironisé, en s’exprimant devant les eurodéputés.

La stratégie déployée par Martin Schulz, président des sociaux démocrates, a de surcroît attisé les dissensions au sein du groupe politique. Prônant l’abstention plutôt que l’opposition à la candidature de M. Barroso, il n’a pas été suivi par la délégation française du S&D qui a refusé de l’investir. Ces fractures ont brouillé les cartes : « Nous payons l’absence de stratégie anticipée », avoue l’eurodéputée socialiste Pervenche Berès. « On a parfois donné l’impression d’une navigation à vue en fonction des équilibres », admet-elle.

Dans la dernière ligne droite, Martin Schulz a en effet préféré jouer la carte de la conciliation, guidé par la volonté d’obtenir des postes stratégiques. M. Schulz briguerait en effet un portefeuille de commissaire en même temps qu’il balise le terrain pour obtenir la présidence du Parlement européen pendant la deuxième partie de la mandature. Il manœuvre également pour qu’un élu de son camp accède au poste de Haut représentant aux affaires étrangères.

José Manuel Barroso sort donc triomphant, mais sa victoire reste précaire. Le soutien qu’il a obtenu est moins franc qu’en 2004, où il avait récolté 413 voix. Le contexte institutionnel est de plus agité. La ratification du traité de Lisbonne, toujours pendante, pose la question d’un second vote, comme l’avait souhaité Guy Verhofstadt, chef de file des libéraux européens.

Mais avec le score obtenu le 16 septembre par l’unique candidat en lice, « l’argument tombe », précise Pervenche Berès, puisque l’élu répond aux critères électoraux du nouveau traité, lequel exige la majorité absolue des membres du Parlement européen, soit 369 voix (EurActiv.fr 14/09/09). En revanche, la désignation de la nouvelle Commission « doit se faire sous les règles du Traité de Nice », insiste l’eurodéputée française. « Les Etats n’ont pas voulu attendre, il faut qu’ils en assument les conséquences », conclut-elle.

POSITIONS :

Le groupe des sociaux démocrates (S&D) du Parlement européen estime que « M. Barroso est aujourd’hui dans une position plus vulnérable que n’importe lequel de ses prédécesseurs : il est le président le plus faible que l’UE n’ait jamais eu. » Et de signaler qu’il doit en partie sa réélection aux groupes « eurosceptiques, qui s’opposent à tout ce qu’il préconise ».

« La majorité du Parlement ne nous suit pas, les socialistes européens vont même s’abstenir aujourd’hui. Donc c’est une journée un peu noire pour le Parlement européen », a regretté Daniel Cohn-Bendit, co-président des Verts.

« Il est normal que le Président de la Commission européenne soit issu du Parti Populaire Européen (PPE) qui a gagné les élections du 7 juin. Il est normal que notre candidat élu soit José Manuel Barroso car nous nous y étions engagés durant la campagne électorale », a rappelé le député européen Michel Barnier (PPE) dans un communiqué. La reconduction de M. Barroso s’apparente pour lui à « un contrat de confiance, un contrat de volontarisme européen ».

La réélection de José Manuel Barroso est un « grand succès pour le Conseil, pour le PPE mais aussi pour l’UMP car il était notre candidat », a affirmé le secrétaire d’Etat aux affaires européennes Pierre Lellouche à EurActiv.fr. Son investiture donne selon lui « le signal d’une dynamique positive en vue du rendez-vous irlandais ».

Pour le député Pierre Lequiller (UMP), président de la commission des Affaires européennes de l’Assemblée nationale, « ce vote contredit les pronostics pessimistes de certains et constitue une défaite pour ceux qui, ouvertement, avaient fait une campagne anti-Barroso et spéculaient sur son échec ».